Les sites d'infos en ligne en pleine mutation

Le quotidien britannique The Times et sa version dominicale The Sunday Times deviendront payants à compter de juin. De son côté, le New York Times compte sur les revenus tirés de l'accès payant aux articles du quotidien en ligne pour obtenir une source "cruciale" de revenus. En France, les sites en quête de rentabilité courtisent leurs abonnés avec une stratégie dite "Freemium" qui panache espaces gratuit et payant. SONDAGE: seriez-vous prêt à payer pour l'info sur lalibre.be?

AFP
Les sites d'infos en ligne en pleine mutation
©Capture d'écran

Les sites du Times et du Sunday Times deviendront payants en juin

Le quotidien britannique The Times et sa version dominicale The Sunday Times deviendront payants à compter de juin, a annoncé vendredi leur éditeur, la société News International, filiale du groupe News Corp. de Rupert Murdoch. Il en coûtera une livre (environ 1,12 euro) par jour ou deux livres par semaine pour consulter les sites internet du quotidien (www.thetimes.co.uk) et du journal dominical (www.thesundaytimes.co.uk), qui seront lancés début mai en remplacement du site commun existant Times Online (www.timesonline.co.uk).

Les paiements seront valables pour les deux sites. L'abonnement à la semaine donnera accès, en plus des informations figurant dans les versions papier des deux titres, à des contenus et services numériques additionnels, a précisé News International (NI) dans un communiqué. Ces services seront également accessibles aux abonnés de la version papier du Times ou de sa version dominicale.

Les deux journaux seront les premiers titres de News International à passer au modèle payant. Ses deux autres journaux, le quotidien The Sun et l'hebdomadaire News of The World, tous deux des tabloïdes à grand tirage, suivront à une date non précisée.

"Ce n'est qu'un début. Le Times et le Sunday Times sont les premiers de nos quatre titres au Royaume-Uni à adopter cette nouvelle approche" et "nous continuerons à développer nos produits numériques et à investir et innover pour nos clients", a expliqué Rebekah Brooks, patronne de NI, citée dans le communiqué.

Faire payer les internautes sera "crucial", dit le patron du New York Times

Le New York Times compte sur les revenus tirés de l'accès payant aux articles du quotidien en ligne pour obtenir une source "cruciale" de revenus, mais le journal imprimé restera important "pendant de nombreuses années", a déclaré jeudi son patron, Arthur Sulzberger.

M. Sulzberger, qui s'exprimait à l'occasion de la Bloomberg Businessweek 2010 à New York, a par ailleurs indiqué qu'il n'avait nulle intention de vendre le journal, l'un des quotidiens de référence américains, qui appartient à sa famille depuis plusieurs générations. Le groupe de presse Times Co. a annoncé en janvier qu'il instaurerait début 2011 un accès payant aux articles en ligne sur le site NYTimes.com.

Ce nouveau modèle permettra de fera payer les internautes au-delà d'un certain nombre d'articles consultés par mois. "Le modèle que nous allons mettre en place début 2011 nous permettra de continuer à faire partie de l'écosystème médiatique et nous apportera une seconde source cruciale de revenus", a dit M. Sulzberger.

Il a estimé que l'accès payant aux articles à partir d'un certain seuil était "ce qu'il convenait de faire maintenant", tout en s'interrogeant sur la suite. "Est-ce ce que ce sera la meilleure chose dans dix ans? Je n'en sais rien", a-t-il avoué. Quant à la version papier du New York Times, elle "ne va pas disparaître". "C'est un aspect crucial (du journal) aujourd'hui et ce sera un aspect crucial encore pendant de nombreuses années", a dit M. Sulzberger, soulignant que l'iPad d'Apple et le Kindle d'Amazon joueraient un rôle tout aussi important.

"En fin de compte, ce qui nous définit n'est pas notre méthode de distribution (mais) la qualité de notre journalisme", a-t-il conclu. Le site NYTimes.com revendique la première place parmi les sites de journaux aux Etats-Unis et figure parmi les cinq premiers sites d'information, selon l'institut Nielsen. Actuellement le Wall Street Journal, propriété du groupe News Corporation de Rupert Murdoch, et Newsday sont les seuls grands journaux américains à avoir des sites internet payants.

Les sites des quotidiens tablent sur le "Freemium", mélange gratuit/payant

Les sites d'informations des quotidiens nationaux en quête de rentabilité courtisent leurs abonnés avec une stratégie dite "Freemium" qui panache espaces gratuit et payant, services personnalisés en prime.

"Freemium" est la contraction de "free" (gratuit) et "premium" (haut de gamme). Le Figaro, dernier en date a adopter cette stratégie, a dévoilé jeudi son offre payante. Le site lefigaro.fr aura désormais un premier espace gratuit (Connect), un deuxième espace baptisé Select (8 euros/mois) et son "premium" intitulé Business, plutôt destiné aux professionnels (15 euros/mois).

La tendance générale des sites est de moduler les prix des abonnements pour des offres qui vont des informations ou des services les plus basiques aux plus priviligiés, allant jusqu'à proposer une conciergerie comme dans les palaces. Avec les offres les plus chères, les internautes peuvent personnaliser à l'extrême leur accès et programmer leur sommaire en fonction de leurs centres d'intérêts. "Aujourd'hui il faut segmenter les offres", explique ainsi Eric Villemin, directeur des activités numériques aux Echos. Il faut "pouvoir offrir différents niveaux, notamment avec de l'information par secteur". Le quotidien économique a été précurseur du payant (dés son lancement en 1996) avec des offres allant de 15 à 29 euros par mois (combiné avec le quotidien papier). Lesechos.fr compte aujourd'hui plus de 25.000 abonnés payants.

Les abonnés aux services haut-de-gamme sont également conscient d'appartenir à une "communauté" et les éditeurs les encouragent à revendiquer leur qualité d'abonnés à tel ou tel site. Cercles ou Clubs d'abonnés tendent à communautariser les internautes et les sites accueillent de véritables réseaux communautaires, style Facebook, permettant d'échanger entre abonnés. Le Monde.fr, premier venu sur le net (avec Libération) en 1995, a attendu 2002 pour lancer son espace payant, qui revendique aujourd'hui 100.000 abonnés. Libération.fr est passé au payant en septembre dernier compte déjà 4.500 abonnés. La Tribune a quant à elle été jusqu'à supprimer son éphémère édition "papier" du samedi pour ne la vendre qu'en version numérique. Pour Ludovic Blecher, directeur des éditions électroniques de Libération, la généralisation du payant doit être saluée: "On peut se féliciter que les différents acteurs se réconcilient en montrant qu'on fixe un prix à l'information, que l'information à un coût de production et un prix de vente".

Dans le bras de fer qui oppose les éditeurs en ligne aux moteurs de recherche accusés de piller les contenus, l'information payante "donne l'opportunité de mieux discuter avec Google ou Yahoo, notamment sur les questions de publicité, en montrant qu'on propose un modèle autre que le gratuit", selon M. Blecher. Tous les sites d'information des quotidiens disposent de prolongement à travers des application pour terminaux mobiles type téléphones multifonctions, mais là, les choix diffèrent entre gratuit et payant. Les Echos, derniers cette fois à se lancer, doivent présenter leurs applications pour iPhone dans les prochaines semaines. Tous les éditeurs de journaux travaillent par ailleurs sur des applications pour l'iPad, bien que la nouvelle tablette d'Apple ne soit pas encore commercialisée, et devraient les présenter d'ici la fin de l'année.

Pour Philippe Jannet, "internet ne sauvera pas le papier, mais ne le tuera pas non plus". Les sites internet du Monde et de Libération sont les premiers pourvoyeurs de nouveaux abonnés aux quotidiens imprimés. Au Figaro, le figaro.fr est le deuxième vecteur d'abonnements "papier".