L’Ena, aux marches de l’Elysée

Nullement échaudé par les remous médiatiques causés par sa mini-série "L’affaire Villemin", Raoul Peck, fidèle à son partenariat avec Arte, décidait en 2008 d’ausculter un important pilier de l’Etat français : l’Ena, l’une de ses plus prestigieuses grandes écoles.

Karin Tshidimba
L’Ena, aux marches de l’Elysée
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Nullement échaudé par les remous médiatiques causés par sa mini-série "L’affaire Villemin", Raoul Peck, fidèle à son partenariat avec Arte, décidait en 2008 d’ausculter un important pilier de l’Etat français : l’Ena, l’une de ses plus prestigieuses grandes écoles. Baptisé L’école du pouvoir H H, son projet en décrypte le fonctionnement, tout en suivant les tribulations de cinq personnages aux trajectoires très différentes, tous prêts à devenir "l’élite de la nation".

Près de deux ans d’interviews et de rencontres ont permis à Raoul Peck, Eve de Castro et Didier Lacoste de bâtir ce scénario "plus vrai que nature" car inspiré de prestigieux modèles (de Villepin, Royal, Hollande, etc.) sortis de l’Ena en 1980. Pour les incarner, un quintet de jeunes comédiens : Robinson Stévenin, Céline Sallette, Thibault Vinçon, Valentin Merlet et Elodie Navarre dans le rôle de Ségolène Royal.

Déshabillant avec ironie et efficacité les mécanismes de formation des énarques, dans la première partie, Raoul Peck propose, dans la seconde (diffusée vendredi soir), de revivre un pan important de l’Histoire de France : celui du rêve socialiste envolé au début de la décennie 80 avant qu’il ne vienne se fracasser sur la fragilité du franc, une nouvelle dévaluation et un solide plan de rigueur, images d’archives à l’appui. Après "l’euphorie sociale", c’est le retour de balancier, la fin de l’état de grâce

Pour Laure, Abel, Caroline, Mathieu et Louis, l’heure est alors au bilan et aux décisions : confrontés au difficile exercice du pouvoir, ils découvrent la désillusion. Réunis au cours d’un repas, ils s’écharpent, les uns scandant le "principe de réalité", les autres avançant les "engagements oubliés". Vieux débat auquel cette fiction donne chair avec beaucoup de tact et d’émotion. En ressort une plongée hexagonale majeure, enfin accessible en clair.