Brève

Documentaire. La deux, 22 h 45.

***Don Quichotte, les coulisses d’un opéra

Documentaire. La deux, 22 h 45.

Les réalisateurs ont fait d’une pierre nombre de coups : un portrait indirect de José van Dam, une rencontre éclairante avec Peter De Caluwe, directeur de La Monnaie, et de ses équipes, l’analyse de tout le processus de production d’un opéra et, de fil en aiguille, la découverte de "Don Quichotte", chef d’œuvre de Jules Massenet.

On sait que cette production signa les adieux à la scène de notre baryton-basse national, c’est donc à travers le regard et les commentaires de José van Dam - qui connaît la maison depuis 30 ans et la "raconte" si bien - que le téléspectateur fait sa "visite des coulisses". Tout ce qui concerne la production matérielle de l’opéra - décors et costumes, en particulier - met en évidence à quel point l’opéra est un fabuleux atelier de rêve : en dialogue avec Barbara de Limburg, qui signe les décors, et Laurent Pelly, le metteur en scène, on assiste aux mille discussions sur la couleur du faux papier-peint qui va servir pour les costumes des chœurs, du modèle du fauteuil qui va faire office de monture pour le Chevalier, de l’organisation des montagnes de papiers qui constitueront le corps même du décor. Le même souci du détail vaut pour chaque élément musical et théâtral : l’équilibre des voix du jeune quatuor des soupirants (de Dulcinée) que l’on voit répéter à la Chapelle musicale Reine Elisabeth, puis en salle de répétition, le travail des chœurs, les "scènes spéciales", tel l’entraînement au combat d’escrime, la création des lumières, élément essentiel du décor. Avec légèreté et efficacité, le film rappelle à quel point l’opéra exige que chaque mission, technique ou artistique, soit menée en profondeur et jusque dans les moindre détails, Avec, pour preuves, d’habiles mouvements d’aller et venue entre les répétitions, généralement chaotiques, et le résultat final, magique. A cet égard, l’évolution des jeunes chanteurs de la Chapelle est particulièrement intéressant à suivre, traités avec plus de douceur par leur "maître de musique" que par le metteur en scène...

A la fin du film, les réalisateurs suivent encore un autre itinéraire, intérieur cette fois, où, les adieux de Don Quichotte se superposent à ceux de José van Dam (à la scène d’opéra). En découvrant de près le visage du chanteur, immobile dans sa soumission aux mains de la maquilleuse, en scrutant son regard, en lisant la force de son expression, le spectateur élargit soudain son champ de vision Pour que l’opéra fonctionne, il faut aussi le génie de l’artiste.

MDM