L’esprit de François Mitterrand

Je crois aux forces de l’esprit. Je ne vous quitterai pas." Le 31 décembre 1994, François Mitterrand adresse ses derniers vœux aux Français en tant que Président de la République. Deux ans plus tard, le 8 décembre 1996, il décède après douze années de combat contre le cancer.

L’esprit de François Mitterrand
©FTV Jean Pimentel
Caroline Gourdin

Je crois aux forces de l’esprit. Je ne vous quitterai pas." Le 31 décembre 1994, François Mitterrand adresse ses derniers vœux aux Français en tant que Président de la République. Deux ans plus tard, le 8 décembre 1996, il décède après douze années de combat contre le cancer. Tout juste trente ans après son accession à la fonction suprême, Mitterrand continue de hanter ceux qui l’ont côtoyé dans l’intimité. Serge Moati, journaliste, écrivain et réalisateur, est de ceux-là. Pendant des années, du congrès d’Epinay en 1971 à la fin de son second mandat en 1995, Moati a suivi de près le Président, le filmant en campagne et dans l’exercice du pouvoir, faisant office de conseiller télé. Rassemblant des archives, parfois tournées par lui, et y faisant répondre des séquences de fiction, le réalisateur, visiblement nostalgique, rend hommage à celui qu’il décrit comme "un grand homme, qui a fait de sa vie personnelle un chef-d’œuvre et qui l’a mise en ordre".

Changer la vie. Mitterrand. 1981-1983H H (à 20 h 35) est un docu-fiction plutôt réussi, mêlant émotion, analyse politique, et rappels historiques, servi par des comédiens convaincants : Philippe Magnan/Mitterrand, Daniel Russo/Pierre Bérégovoy, Hervé Briaux/Pierre Mauroy, Jean-Luc Porraz/Jacques Delors Si l’on met de côté cette tendance agaçante de Serge Moati à se mettre en avant (au travers du comédien Eric Caravaca ou d’archives qui le montrent à l’antenne défendre son approche de la télé publique ), on se laisse aisément happer par cette évocation des deux premières années qui suivent l’accession au pouvoir de Mitterrand. De l’immense espoir qu’a suscité au sein du peuple de gauche cette élection, après 23 ans d’omniprésence de la droite, à la fin des illusions, au tournant de la rigueur en 1983, sur fond de crise économique mondiale.

Programmé dans la foulée (à 22 h 05), le documentaire François Mitterrand, à bout portant, 1993-1996 H se concentre sur les dernières années d’une vie habitée (de plus en plus) par la mort, et par l’esprit. Son obsession des cimetières, sa recherche de Dieu, sa transcendance, ses interrogations sur l’au-delà sont évoquées par des intervenants aussi divers que Robert Badinter, Hubert Védrine, Roland Dumas, Michel Charasse, Franz-Olivier Giesbert, Erik Orsenna, Jean d’Ormesson, Laure Adler, la psychanalyste Marie de Hennezel ou Mazarine et Gilbert, ses enfants. Témoignages auxquels répondent les interventions de François Mitterrand lui-même, brillant orateur. "Je me sens en communication avec les forces telluriques de ce qui fut le théâtre de la France", dira-t-il par exemple, énigmatique.

Le réalisateur et écrivain Jean-Michel Djian revient aussi sur les tragédies qui ont assombri la fin du second mandat de Mitterrand (le suicide de Pierre Bérégovoy, puis de celui de François de Grossouvre), et sur les révélations (notamment son amitié avec René Bousquet) qui ont entaché son image. Le combat contre la maladie est bien sûr omniprésent, sans verser dans le pathos, tandis qu’ici ou là, se glisse son amour des livres, et sa recherche du sacré dans des lieux de nature où s’exprimer la force des éléments. Ce documentaire, qui manque parfois de relief, se sert de manière inédite de documents élyséens, annotés de la main du Président. Il nous emmène encore à Latche, à Venise, à Belle-Ile, à Solutré, à Château-Chinon et dans les Charentes, pour évoquer ses rituels, ses passions. Et pour lever un coin du voile sur l’écrivain, le tribun, le socialiste, l’agnostique et l’épicurien.