60 secondes pour être "mort" de rire ?

Facebook est un immense aspirateur à avaler les miettes de vie. Et Fantille, joli brin de fille de 25 ans, nous en montre un bout tous les jours, à 19 h pile. Durant 60 secondes, dans un cadre fictif, elle nous fait part de ses émois de "Parisienne d’adoption". Elle a décidé de se livrer à "une cyber thérapie contrainte" pendant une minute puis de "balancer en direct" sa vidéo sur Facebook : "Je fais ça pour m’imposer une discipline quotidienne et m’offrir un peu de recul sur ce truc chiant et anxiogène qu’est ma vie, et pour "pécho"." "Pécho", terme généralement attribué au gars farouchement animé du désir d’attirer la fille. C’est le vide, dans la vie de Fantille. Et l’agence de com où elle est salariée, c’est le trou noir. On ne sort pas des aspirateurs.

Virginie Roussel

Facebook est un immense aspirateur à avaler les miettes de vie. Et Fantille, joli brin de fille de 25 ans, nous en montre un bout tous les jours, à 19 h pile. Durant 60 secondes, dans un cadre fictif, elle nous fait part de ses émois de "Parisienne d’adoption". Elle a décidé de se livrer à "une cyber thérapie contrainte" pendant une minute puis de "balancer en direct" sa vidéo sur Facebook : "Je fais ça pour m’imposer une discipline quotidienne et m’offrir un peu de recul sur ce truc chiant et anxiogène qu’est ma vie, et pour "pécho"." "Pécho", terme généralement attribué au gars farouchement animé du désir d’attirer la fille. C’est le vide, dans la vie de Fantille. Et l’agence de com où elle est salariée, c’est le trou noir. On ne sort pas des aspirateurs.

Le téléspectateur ayant la fâcheuse idée de vieillir, Arte a décidé de "pécho" dans le réseau des réseaux, Facebook, l’endroit le plus en vue, celui où "les jeunes" se cachent en se mettant à poil. La durée, la fréquence quotidienne et le moyen de tisser une relation différente avec le téléspectateur via à Internet, furent les principaux critères du cahier des charges de cette Websérie commandée au producteur Zadig. Le personnage de Fantille, comme un archétype de jeune, joue la provocation érotico-écolo avec sa courgette ou son concombre, s’avale un flambi écœurant sur une ritournelle "puddi, puddi", est drôle, parfois mais à la manière d’une Fantine, une Misérable contemporaine. En tous les cas, elle est formidablement interprétée par la comédienne Karina Testa, prix d’interprétation féminine en 2009 au festival international du film de La Rochelle pour son rôle dans "Douce France".

"Les jeunes sont pragmatiques, affirme Bruno Nahon, producteur de Zadig Productions qui a déjà réalisé "Twenty Show" (cinq vidéoblogs fictionnels d’adolescents sur MySpace) pour Arte. Cette génération qui arrive est très intéressante, elle n’est pas idéologique. Nous avons choisi de l’aborder sous un thème léger, mais faussement léger. Il ne s’agit pas d’assommer le spectateur en disant : on va avoir un discours sur la jeunesse. Facebook, comme n’importe quel outil, produit du positif et de l’anticorps. Mais, quand on voit le rôle des réseaux sociaux dans ces révolutions arabes, on trouve plein de Fantille. L’idée, c’est de poursuivre au-delà du 21 juin pour la suivre sur plusieurs années. Nous ferons évoluer le concept en introduisant notamment un second personnage pour que Fantille puisse elle-même entrer en interaction avec le monde."

En attenant la maturité, Arte se laisserait-elle aspirer par l’air d’un temps confiné ? Car déjà, l’on se sent étouffer sur www.facebook.com/ 60secondes par une Fantille supposée incarner une jeunesse qui mérite qu’on s’y attarde un peu plus que 60 secondes H .