Guy Carlier: "Je crois aux forces de la voix"

Vendredi dernier, Guy Carlier était au théâtre 140 avec son spectacle "Ici et maintenant". Une heure trente qu’il veut au plus près des êtres -quitte à en égratigner certains du coup de griffe qu’on lui connaît- mais qui marque aussi un aboutissement personnel. Avant de nouveaux projets radio et télé qu’il évoque ici.

Guy Carlier: "Je crois aux forces de la voix"
©Reporters
Véronique Leblanc

Entretien Correspondante à Strasbourg

Vendredi dernier, Guy Carlier était au théâtre 140 avec son spectacle "Ici et maintenant". Une heure trente qu’il veut au plus près des êtres -quitte à en égratigner certains du coup de griffe qu’on lui connaît- mais qui marque aussi un aboutissement personnel. Avant de nouveaux projets radio et télé qu’il évoque ici.

Pourquoi ce spectacle ?

Il s’intitule "Ici et maintenant" et s’articule sur le moment de la rencontre, sur cet incroyable hasard qui fait que l’on se retrouve pour traverser un moment avec tout ce que l’on trimballe : nos peurs d’enfant, nos passions, nos habitudes, nos lassitudes. Il y a l’heure d’avant et puis paf ! On se retrouve là pour la rencontre et ce qu’elle va laisser en nous. Mais je ne voulais pas que cela ressemble à des chroniques, jouer de phrases qui défilent avec des vannes. Je joue du Miles Davis à la trompette. Un train passe dont le bruit couvre un cri de colère

Cela implique un changement de cap dans votre carrière ?

Je vais jouer à Avignon en juillet et ensuite au Théâtre des Champs Elysées à Paris jusque 2013. Il sera dès lors exclu que je me lève à 2 h 30 chaque matin pour assurer ma chronique sur Europe 1 mais je resterai sur cette station, je m’y sens bien. Une émission hebdomadaire est à l’étude. Je réfléchis également avec Marc-Olivier Fogiel sur un projet pour la télé mais rien n’est fait.

Votre complicité avec Fogiel, bien perceptible à l’époque de “On ne peut pas plaire à tout le monde”, est donc restée vivace…

Nous sommes restés très proches l’un de l’autre malgré nos différences. Marco aime être très près de ce qu’il appelle "le cœur du réacteur de la télé". Moi je n’y tiens pas mais on se comprend toujours d’un regard, même si aujourd’hui on se voit moins.

Vous venez de publier “Guy Carlier allume la télé”, recueil de chroniques douces-amères, certaines diffusées, d’autres pas. On vous y retrouve acide avec certains mais aussi attendri par d’autres, voire admiratif en ce qui les concerne. Sur quel fil tenez-vous entre ces deux regards sur vos contemporains ?

Mon but n’est jamais de blesser gratuitement mais plutôt d’appuyer là où ça fait mal. Cela a été un tout, un parcours. Au début, sur France Inter, je me suis pris pour le José Bové des médias, le chevalier blanc qui délivrerait les bons et fustigerait les mauvais. Les gens m’avaient placé dans ce rôle et je l’endossais avec une espèce d’euphorie. Ensuite, comme dans "On ne peut pas plaire à tout le monde", j’ai été parfois cruel avec des invités que je considérais comme des Tartuffe, Elisabeth Tessier par exemple. Mais j’essayais de le faire avec esprit, créativité. Il peut y avoir une vraie vulgarité dans le ghetto du politiquement correct ou du compassionnel.

Comment réagissez-vous quand c’est vous qui faites l’objet d’une chronique ou d’un sketch ?

Dans son spectacle, Nicolas Canteloup -qui est un type bien - met en scène un "Rendez-vous en terre inconnue". Il évoque une tribu bizarre qui me regarde d’un drôle d’air et m’inquiète parce que j’ai peur que les indigènes ne décident de me manger. "T’inquiète pas", dit Frédéric Lopez mais moi je rétorque que j’ai de bonnes raisons de m’inquiéter car il y en a un qui m’a fourré des olives entre les fesses. Il n’y a rien à dire à ce sketch. Il est bien fait et je l’accepte même si, sur le fond, il s’attaque à ce poids qui est ma déchirure.

C’est vrai que votre spectacle draine l’enfance, les souvenirs de jeunesse mais aussi la douleur du surpoids en refusant l’auto-compassionnel tout en montrant combien celui-ci est cruel à porter, combien il peut rendre cruel et combien il a pu être sordide parfois. Vous parlez aussi du temps qui passe et citez votre âge : 60 ans. Quel regard avez-vous aujourd’hui sur le chemin parcouru ?

C’est en cela aussi que ce spectacle est un pur bonheur. Je suis heureux, j’ai réalisé mes rêves d’enfant. A l’école, on m’avait dit que j’étais fait pour un métier de séduction en lien avec le public mais j’ai été orienté vers la comptabilité et la gestion. Cela ne m’a pas empêché de jouer devant ma glace et aujourd’hui, je joue devant un public. Fondamentalement, je voulais vivre de l’écriture et c’est ce que je suis parvenu à faire en arrivant à la radio sur le tard, à quarante ans.

C’est ce sillon que vous allez continuer à creuser pour la radio et la télévision grâce à ces deux émissions en projet ?

Oui. Les mois qui viennent vont être très pleins et m’éloigner de ma famille. J’emmènerai mon fils autant que possible en tournée mais cela ne sera pas simple. Ensuite, j’écrirai, je resterai plus près de la maison. Fondamentalement, je me dis que le média que je préfère est la radio. Mitterrand croyait aux forces de l’esprit, je crois aux forces de la voix pour toucher au plus près des replis de l’âme.