Toujours au service de sa Gracieuse Majesté

Bluffante. C’est le terme qui s’impose lorsqu’on découvre la transposition du personnage de Sherlock Holmes à notre époque. Aiguillonnés par d’autres exercices de style récents : "Dr Who", "Whitechapel" (sur le retour de Jack l’éventreur) et surtout "Jekyll", il nous tardait de nous pencher sur ce nouvel Holmes; nous n’avons pas été déçus.

Karin Tshidimba
Toujours au service de sa Gracieuse Majesté
©D.R.

Bluffante. C’est le terme qui s’impose lorsqu’on découvre la transposition du personnage de Sherlock Holmes à notre époque. Aiguillonnés par d’autres exercices de style récents : "Dr Who", "Whitechapel" (sur le retour de Jack l’éventreur) et surtout "Jekyll", il nous tardait de nous pencher sur ce nouvel Holmes; nous n’avons pas été déçus.

Comme pour "Dr Who" et "Jekyll", le travail de Steven Moffat et Mark Gatiss marie en effet la fidélité et l’audace, torpillant un mythe pour mieux le recréer. Torpiller ? En le plongeant en plein 21e siècle, en imaginant un être moins mature, plus bondissant, accro aux patchs de nicotine, aux sms et aux smartphones, Moffat aurait pu décevoir les fans, mais il n’en est rien. Son nouveau Sherlock est un Holmes puissance 10. Soit le même que celui imaginé par Doyle mais dopé aux nouvelles technologies et aux avancées de la science d’aujourd’hui, tout en conservant ce qui fait à la fois son attrait et son charme : son incroyable sens de l’observation et sa capacité de déduction.

Revisiter des chefs-d’œuvre de la littérature classique est un exercice qui n’effraie pas les créateurs britanniques. Désinhibés et même particulièrement en verve, leurs créations apportent un démenti cinglant à l’adage qui veut qu’adapter signifie forcément trahir. Nulle trace de trahison dans cette relecture de l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle (1887) car son SherlockH H H reste fondamentalement le même : un cerveau brillant, observateur pathologique, arrogant et asocial tandis que seule la forme (son enveloppe corporelle) change. Et encore, si peu. Il est toujours élancé et guindé, tandis qu’on reconnaît dans son visage étrangement pâle et presque inquiétant la singularité qui faisait le personnage imaginé par Doyle.

Autre temps, autres mœurs; l’esprit, lui, reste bel et bien intact. Il faut dire que l’acteur Benedict Cumberbatch chargé de ressusciter Holmes est extraordinaire. Formidablement expressif, il passe d’un extrême à l’autre en un claquement de doigt : sorte d’anti- yakuza intrépide, il est capable de s’abîmer des heures durant dans une réflexion parfaitement immobile.

Le couple Holmes-Watson gagne également en force avec cette re-création de 2010 qui joue ouvertement sur leur besoin de se confronter au danger et de se dépasser. Le nouveau Dr Watson (Martin Freeman), quoique citoyen d’apparence assez ordinaire, se révèle nettement moins ballot que son lointain aïeul, même s’il continue à s’inscrire dans l’ombre du maître ès déductions. Ex-médecin militaire, revenu blessé d’Afghanistan, il parviendra d’ailleurs à sauver une ou deux fois la mise à son éminent collègue dont il retrace les aventures dans son blog.

La forme de la série, elle aussi tente de se rapprocher du rythme du roman en proposant des enquêtes d’1h30 chacune, afin d’avoir le temps de creuser personnages et fausses pistes et d’imposer une entêtante atmosphère. Si le deuxième épisode marque une légère baisse de régime, la saison 2, elle, est attendue par de nombreux fans.

Sherlock, coffret 2 dvd, France Télévision distributions, env. 18€


Elizabeth Ière, première Dame de fer d’AngleterreLady Elizabeth , fille d’Ann Boleyn et d’Henri VIII Tudor, est soupçonnée par sa demi-sœur Marie d’avoir fomenté un complot pour lui ravir le trône d’Angleterre. La reine Marie, consciente des risques qu’elle encourt, espère retourner dans le giron de l’Eglise catholique et mettre ainsi un terme à l’hérésie protestante. Pour le peuple, Elizabeth est donc signe d’espoir, incarnant la fin possible des persécutions religieuses. Avec le décès inopiné de sa demi-sœur, la voici propulsée sur le trône, enfin libre de sa foi et de ses choix. Enfant, Elizabeth avait juré de ne jamais s’embarrasser d’un époux. "Qui t’en blâmerait après ce qu’a subi ta mère ?" Mais les années passant, pourra-t-elle se maintenir seule à la tête de son royaume d’autant que son ami d’enfance, Robert Dudley, partage ses tendres sentiments ? En secret, la cour lui cherche un époux "politiquement utile" pour le pays. Réchappant de justesse de la variole, Elizabeth annonce au Parlement sa décision de ne jamais se marier. Dudley, forcément, déchante : "Il n’y a pas de mort plus grande que celle de l’espoir." "Il n’y a pas d’amour plus grand que de le sacrifier", lui répond-elle. Pour sauver sa couronne, la voici prête à sacrifier son amour afin de rendre inoffensive sa cousine et rivale, Marie Stuart, reine d’Ecosse Nettement moins frivole que la série qui l’a précédée - "Les Tudor" qui s’attache au règne du père d’Elizabeth -, cette saga produite par la BBC décrit avec soin un règne en tous points exceptionnel, celui d’Elizabeth Ière surnommée La reine viergeH H. Déclinée en deux volets ("Accession au trône et premières années de règne" suivi de "Guerres, complots et luttes de pouvoir"), la fresque est bien menée avec Marie-Anne Duff en reine icône et sage, qui marqua l’Histoire et les mémoires par un long règne ambitieux, faisant de l’Angleterre une puissance reconnue. (K.T.) "La reine vierge", 1 dvd, Sony Pictures, env. 17€