Biarritz essuie les Larmes du seigneur afghan

Les accents belges ne manquent pas cette année au Fipa. Pascale Bourgaux est sélectionnée dans la catégorie “Grands reportages” avec son film “Les larmes du seigneur afghan”.

KARIN TSHIDIMBA ENVOYÉE SPÉCIALE À BIARRITZ
Biarritz essuie les Larmes du seigneur afghan
©n.d.

Les accents belges ne manquent pas cette année au Fipa. Outre Marco Lamensch et Jean Libon, récompensés par un EuroFipa d’honneur ce jeudi soir, pour “leur contribution à une télévision créative et impertinente” ; d’autres concepteurs sortent du lot dans les catégories-phares de festival. Citons Kenneth Michiels avec “Eenentwintig + zeven” et Steve Thielemans avec “L’île déserte”, sélectionnés dans la compétition “Documentaires”. Jan Eelen concourt avec la série “De ronde”, une production Woestijnvis, et Pascale Bourgaux est sélectionnée dans la catégorie “Grands reportages” avec son film “Les larmes du seigneur afghan”.

Une grande joie pour celle qui avoue avoir terminé le montage de son film à l’arraché, grâce au soutien de son coproducteur Iota Production, après une période mouvementée, et un voyage non autorisé (en Libye) qui lui a valu d’être mise en congé par son employeur, la RTBF. “A l’époque, je n’ai pas fait tout comme il faut, c’est sûr. Je reconnais mes erreurs, tout comme je tiens à souligner que ce documentaire n’existerait pas sans la RTBF. En 2001, c’est elle qui m’a envoyée en Afghanistan pour couvrir la guerre. C’est là que j’ai rencontré Mamour Hasan, seigneur de guerre. Je me suis installée chez lui, dans sa maison, proche du front. Ce film est un regard belge sur un petit village situé en zone de surveillance belgo-allemande, durant les dix années écoulées.”

Fruit de 200 heures de rushes et de quatre périodes de tournage différentes, ce film est l’aboutissement d’une longue réflexion sur la situation de la population afghane. “Pas celle que l’on a l’habitude de voir à Kaboul et qui est sans doute la plus proche de notre regard d’Occidentaux. Celle que l’on connaît moins parce qu’elle habite dans la campagne lointaine et que les militaires n’en ont qu’une vision tronquée, à travers les régions qu’ils survolent ou sillonnent. En 2002, j’ai souhaité y retourner car avec le 11 septembre, nous avions tous découvert le terrorisme au nom de l’Islam; je voulais comprendre. Ça a été une révélation pour moi de voir ce musulman, plutôt conservateur, en lutte contre les Talibans, plus conservateurs encore, sur des questions aussi importantes que la conception de la liberté. Les différences fondamentales sont là : Mamour Hasan encourage l’éducation des filles et refuse la pratique religieuse forcée prônée par les Talibans. Même s’il ne partage pas toutes nos valeurs, Mamour Hasan est acquis à notre cause; il s’élève contre le fascisme et prône une lecture moderne du Coran.” A l’époque, le tournage est financé par la Communauté française, la RTBF et une partie de fonds privés, déjà.

“En 2008, grâce à François Tron, j’ai pu retourner avec un très bon matériel et une équipe complète de femmes, ce qui représentait la seule solution pour pouvoir filmer les femmes de Mamour Hasan. Depuis 2007, j’étais habitée par mon projet et pour moi, cela devenait une nécessité de ne pas oublier ces gens qui comptent sur nous.” Son dernier voyage, en 2010, elle le financera grâce au soutien de son cameraman, Gary Wautiez.

“J’ai été très surprise, parce que malgré nos contacts téléphoniques fréquents, je ne m’attendais pas à ce que la situation se soit dégradée à ce point.” Le film témoigne de cet étau qui, peu à peu, semble se refermer sur la population de Dasht-e-Qaleh. “Nous avons découvert que les Talibans étaient à cinq kilomètres du village et que les choses étaient en train de tourner à l’aigre dans la famille de Mamour Hasan. La seule raison pour laquelle je me suis endettée et j’ai risqué ma vie, c’est parce que je pense qu’on est impliqué dans la situation en Afghanistan. On a une responsabilité en tant que membres de l’Otan et comme forces en présence. C’est d’ailleurs pour cela que le ministère des Affaires étrangères nous a financés. Heureusement, la Belgique n’a pas perdu d’hommes en Afghanistan mais on est encore là pour deux ans. Que se passera-t-il après le retrait des troupes de l’Alliance ? Je n’ai pas de solution , prévient Pascale Bourgaux . J’apporte des éléments de réflexion. Car j’ai aussi eu la chance d’aller dans des endroits où les militaires ne vont pas.”

Invitée par le Fipa à venir présenter son film, Pascale Bourgaux espère voir se poursuivre le débat lors de la diffusion sur la RTBF. Peut-être coïncidera-t-elle avec son retour au bercail, après le 31 mars prochain.

© La Libre Belgique 2012