L’inédit au-delà des clichés

Jean-Claude Pambè Wayack, à qui le film est dédié, danseur, chorégraphe et pédagogue français d’origine camerounaise disparu à l’aube de ses 40 ans, l’avait maintes fois constaté : les spectacles de danse hip hop restent pour l’essentiel absents des grandes scènes. Le milieu hip hop d’une part et les acteurs culturels de l’autre forment deux mondes distincts et qui se méconnaissent.

Marie Baudet

Jean-Claude Pambè Wayack, à qui le film est dédié, danseur, chorégraphe et pédagogue français d’origine camerounaise disparu à l’aube de ses 40 ans, l’avait maintes fois constaté : les spectacles de danse hip hop restent pour l’essentiel absents des grandes scènes. Le milieu hip hop d’une part et les acteurs culturels de l’autre forment deux mondes distincts et qui se méconnaissent.

Ce constat mena en 2009 le Centre culturel Jacques Franck (avec ses partenaires : Charleroi/Danses, Théâtre de Namur, Cie Victor B, Maison folie à Mons, Halles de Schaerbeek, Lézarts urbains) à imaginer, lancer et coordonner une expérience pilote soutenue par les pouvoirs publics. Baptisée "Hip Hop : du tremplin à la scène", elle avait pour but de rompre l’isolement des artistes et des structures, et de contribuer au développement de ce secteur bien vivant de la danse. Ainsi fut fait. Une centaine de danseurs hip hop ont été identifiés comme actifs et désireux de se produire sur les scènes de la Communauté Wallonie-Bruxelles ; 25 d’entre eux ont été sélectionnés et ont suivi une formation inédite, intensive, encadrée et outillée pour leur permettre d’évoluer vers et dans le monde professionnel. C’est cette formation, avec ses enthousiasmes et ses découragements, ses défis et ses acharnements, que suit Anne Closset (réalisation, image, son), au plus près de ses participants et enseignants.

Diffusé ce soir dans "Quai des Belges", "Get Your Funk" " H H , sans une once de glamour façon séduction facile (on est plus près du "full survêtement informe" que de la scintillante poudre aux yeux propre aux actuels télé-crochets), a le double mérite de s’adresser aux aficionados du hip hop - presque aussi rare en télé que sur les plateaux des institutions théâtrales - et d’y donner accès au plus grand nombre, par-delà clichés et préjugés.

Non, le hip hop ne se limite pas aux "battles" dans la rue, ni sa technique au breakdance, ni sa bande-son au rap. Même si, pour les participants, c’est aussi "se battre", "une guerre avec soi-même", "devenir son propre superhéros", le hip hop c’est "une façon de vivre, dit l’un d’eux. Mais si on te demande ton boulot, tu diras plutôt que tu fais de la danse..."

En suivant au gré du film les modules de formation, donnés par des spécialistes renommés, on découvre une palette en partie insoupçonnée de disciplines qui historiquement font partie du mouvement et continuent de le nourrir : b-boying, locking, boogaloo, popping, house dance, mais aussi danse contemporaine, contact improvisation Le tremplin par ailleurs offre à ses participants de s’initier ou se former à la régie de plateau, à la vidéo interactive, à la dramaturgie, à la diffusion, au montage de projet, autant d’aspects indissociables d’une éclosion scénique.

Les performances créées à l’issue de ce tremplin, déjà présentées aux Ecuries de Charleroi et au Grand Manège de Namur, seront données le 21 avril dans le cadre de la Semaine hip hop et du festival Lézarts urbains au Centre culturel Jacques Franck, à Saint-Gilles. Infos & rés. : 02.538.90.20, www.lejacquesfranck.be, www.lezarts-urbains.be