Le débat de la présidentielle française : un rituel républicain

Le Président sortant, arrivé en deuxième position au premier tour, se place dans la posture du combattant dans ce débat unique, le candidat socialiste ayant refusé de participer à trois débats, comme l’y avait invité son rival.

Le débat de la présidentielle française : un rituel républicain
©Christophe RUSSEIL/FTV

Caroline Gourdin, à Paris

Je n’ai pas envie de garder de ce débat ce qui pourrait être autant d’insultes ou de mises en cause. Je préfère que nous gardions ce qui nous élève" militait, dimanche, François Hollande dans un entretien accordé à Laurent Delahousse sur France 2, à quelques jours du débat qui l’opposera ce mercredi à Nicolas Sarkozy. Un duel retransmis en direct par France 2, TF1, BFM TV, ou France Inter.

Le Président sortant, arrivé en deuxième position au premier tour, se place dans la posture du combattant dans ce débat unique, le candidat socialiste ayant refusé de participer à trois débats, comme l’y avait invité son rival. "Un débat, on ne l’a jamais gagné d’avance, ça ne se gagne pas sur le papier. C’est une confrontation de projets et de personnalités", affirmait dimanche le candidat UMP.

L’impact de cette rencontre de l’entre-deux-tours sur le vote est limité. Selon un sondage TNS Sofres-Sofra Group pour i > Télé, les trois quarts des électeurs estiment que ce face-à-face ne les fera pas changer d’avis. Néanmoins, depuis sa mise en place en 1974, sur une idée de l’équipe de Valéry Giscard d’Estaing (cette pratique existant aux Etats-Unis depuis le débat Nixon-Kennedy de 1960), ce rituel républicain est devenu un moment hautement symbolique de l’histoire politique nationale. En 2007, la confrontation Sarkozy-Royal avait attiré plus de 20 millions de téléspectateurs.

"Le débat entre Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand est sans doute le seul qui pesa réellement sur le résultat" soutient, comme nombre d’observateurs, Alain Duhamel, coprésentateur de ce premier face-à-face entre les candidats de 1974. Chacun se souvient de Giscard lançant à Mitterrand : "Vous n’avez pas le monopole du cœur". Le lendemain, Giscard, qui remporta l’élection avec 50,81 % des voix, gagna un demi-point dans les sondages.

En 1981, Mitterrand, davantage préparé à l’exercice, lança à Giscard : "Vous avez tendance à reprendre le refrain d’il y a sept ans : l’homme du passé. C’est quand même ennuyeux que, dans l’intervalle, vous soyez devenu, vous, l’homme du passif." En coulisses, le candidat socialiste avait imposé à Giscard, 21 conditions au débat, dont il reste des traces aujourd’hui dans une réalisation corsetée (pas de plans de coupe, pas de contrechamp ).

Seul Jacques Chirac s’est opposé à cette tradition en 2002, face au président du Front national Jean-Marie Le Pen. Mais l’on se souvient de cette passe d’armes qui l’opposa à Mitterrand en 1988 : "Ce soir, je ne suis pas le Premier ministre, et vous n’êtes pas le président de la République, nous sommes deux candidats à égalité [ ], vous me permettrez donc de vous appeler Monsieur Mitterrand." François Mitterrand lui répondit ironiquement : "Mais vous avez tout à fait raison, Monsieur le Premier ministre."

Le débat fut moins tendu en 1995, Lionel Jospin lançant seulement à Jacques Chirac à propos de la réforme du quinquennat : "Il vaut mieux cinq ans avec Jospin que sept ans avec Jacques Chirac. Ce serait bien long."

En 2007 enfin, le débat fut marqué par la colère de Ségolène Royal, qui dénonça le "summum de l’immoralité politique" du candidat UMP quant à l’accueil des handicapés dans le système éducatif. Sarkozy lui rétorqua qu’il "fallait être calme pour être président de la République". Pour la première fois dans l’histoire de l’élection française, la deuxième candidate qualifiée pour le second tour, Ségolène Royal, avait débattu avec le troisième candidat non qualifié, François Bayrou.

En 2012, décor, taille et disposition de la table sont toujours âprement débattus, et l’autonomie du réalisateur (Jérôme Revon pour cette édition) demeure limitée. Quant aux journalistes, Laurence Ferrari pour TF1 et David Pujadas pour France 2, ils sont priés de ne pas sortir de leur réserve.


Suivez en direct vidéo et commentez le débat Hollande-Sarkozy ce mercredi à 20h30


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