Katumbi ou la tentation du pouvoir

Voilà un film qui va faire parler de lui, de Kinshasa à Bruxelles. Portrait contrasté du richissime homme d’affaires et gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, il fait l’objet de rumeurs persistantes et de coups de fil impétueux, avant même d’avoir été vu. Car c’est ce soir qu’il sera montré pour la première fois dans le cadre du Festival international des programmes audiovisuels (Fipa) de Biarritz.

Karin Tshidimba

Festival à Biarritz

Voilà un film qui va faire parler de lui, de Kinshasa à Bruxelles. Portrait contrasté du richissime homme d’affaires et gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, il fait l’objet de rumeurs persistantes et de coups de fil impétueux, avant même d’avoir été vu. Car c’est ce soir qu’il sera montré pour la première fois dans le cadre du Festival international des programmes audiovisuels (Fipa) de Biarritz.

Sachant que Thierry Michel a rencontré nombre de ses détracteurs (syndicalistes, journalistes et activistes des droits de l’homme) et opposants politiques, l’entourage de Moïse Katumbi s’était montré nerveux à l’annonce de la réalisation du projet.

Pourtant, au départ, tout se passait bien entre les deux hommes qui s’étaient rencontrés lors du tournage du précédent film de Thierry Michel : "Katanga Business" sorti en 2009.

A l’époque, l’homme d’affaires et politicien débutant volait de succès en succès, semblant instaurer une nouvelle ère dans ce Katanga tant pillé. Il faut dire que la région (de la taille de la France) est la plus riche du pays, son sous-sol constituant l’essentiel du "coffre-fort" congolais.

Club de foot

Homme au physique sportif, à l’allure altière et à l’incroyable charisme, Moïse Katumbi avait visiblement impressionné Thierry Michel, comme beaucoup d’autres : investisseurs, hommes politiques ou journalistes. Lors de ses tournées sur le terrain, le cinéaste l’avait filmé tandis qu’il haranguait la foule, calmait les contestataires, écoutait les doléances, promettant des solutions et, surtout, galvanisant une population forcée de se nourrir de fols espoirs. Sur ces images, éclatait la formidable capacité de Katumbi à retourner les situations à son avantage, savant mélange de populisme et de démagogie. Le ver semblait déjà dans le fruit

Membre de la même famille politique que le président Kabila, originaire comme lui du Katanga, certains prétendaient, déjà en 2008, que Katumbi finirait président ou, du moins, ferait pas mal d’ombre à l’actuel dirigeant de la nation. On percevait en effet à quel point sa popularité, et sa façon de jouer cavalier seul, déplaisait au pouvoir central, d’autant que ce dernier ne pouvait pas perdre un tel allié.

Revenant sur ce personnage clé, Thierry Michel creuse deux nouveaux sillons, laissés en jachère dans son précédent film : son rôle en tant que président du club de foot "Le tout-puissant Mazembe" et ses récents investissements dans le secteur minier. Deux piliers fondamentaux de sa politique et de son ancrage au Katanga. Sur ces deux sujets, le film, intitulé "Moïse Katumbi, foot, business et politique", se révèle éclairant et met au jour le "système Katumbi" comme certains observateurs l’ont nommé : système qui favorise la "politique de la main tendue", Katumbi faisant de ses concitoyens des "obligés", d’une "façon paternaliste".

En quelques années, grâce à sa fortune (ses dons, tous secteurs confondus), à ses réalisations sociales et au prestige de son équipe de foot - l’une des meilleures d’Afrique -, Katumbi est devenu l’homme politique le plus populaire du Congo.

Prenant la suite de "Katanga Business" thriller politico-financier en pays minier où Moïse Katumbi apparaissait déjà à de multiples reprises, le film retrace la lente ascension de l’homme d’affaires, bien avant de devenir gouverneur, et explore ses autres sphères d’influence. Sa société de sous-traitance MCK multiplie en effet les contrats avec de nombreuses multinationales. A croire que tout ce que Katumbi touche se transforme en or. Depuis sa légendaire réussite dans le secteur de la pêche, il a bâti un véritable empire financier : dans l’agriculture, l’alimentation, l’immobilier, l’industrie et maintenant les mines.

On lui reproche d’être à la fois juge et partie du grand Monopoly économique qui se joue au Katanga. Même si, officiellement, Katumbi n’est plus actionnaire de MCK, puisqu’il a cédé ses actions à sa famille. Planent également des soupçons de collusion, de trafic d’influence et d’abus de pouvoir. Katumbi est d’autant plus suspect que ses supporters forment désormais une sorte de milice privée prête à menacer quiconque le critiquerait. Le journaliste Christophe Yantumbi, auteur du livre "Moïse Katumbi ou l’ambition du pouvoir", et son ex-associé Jean-Claude Muyambo en savent quelque chose. Toutes les personnes témoignant face caméra n’en ont que plus de mérite

Enquête judiciaire

Avec l’épisode saisissant de l’annonce de son possible retrait de la politique, il apparaît en tout cas que Moïse Katumbi sait merveilleusement s’imposer aux foules Tandis que ses partisans pointent ses bienfaits et l’indéniable modernisation de la province (routes, électricité, hôpitaux, écoles, etc.), une enquête judiciaire est ouverte à son encontre pour fraude, corruption et trafic d’influence.