L’ennemi n° 1 des années ‘80

C’était avant que Marc Dutroux ne marque au fer rouge les annales judiciaires du pays. On était dans les années ‘80. Une des figures marquantes du banditisme était Patrick Haemers. Devenu l’ennemi public numéro 1, son parcours en a fasciné plus d’un. C’était ce qu’on appelait un "blouson doré", un jeune issu d’un quartier aisé, qui voulait mener la grande vie à coup de braquages de banques ou de bureaux de poste et d’attaques de fourgons.

J. La.

Destins

C’était avant que Marc Dutroux ne marque au fer rouge les annales judiciaires du pays. On était dans les années ‘80. Une des figures marquantes du banditisme était Patrick Haemers. Devenu l’ennemi public numéro 1, son parcours en a fasciné plus d’un. C’était ce qu’on appelait un "blouson doré", un jeune issu d’un quartier aisé, qui voulait mener la grande vie à coup de braquages de banques ou de bureaux de poste et d’attaques de fourgons.

Sa course effrénée aux millions sera marquée par la mort de trois transporteurs de fonds, déchiquetés dans leurs fourgons attaqués à l’explosif. Mais s’il reste surtout dans les mémoires, c’est pour l’enlèvement de l’ancien Premier ministre Paul Vanden Boeynants, qui sera séquestré pendant un mois dans une villa du Touquet et qui sera libéré après le paiement d’une rançon. En fuite au Brésil, il y a été arrêté avec sa femme, Denise Tyack et un complice, Alex Zeyen en 1989.

C’est de Rio que sa légende naîtra : interrogé par la presse télévisée, les Belges découvrent alors un homme séduisant, avec une jeune femme souriante, qui confie ne pas se souvenir du nombre d’attaques qu’il a commises. Et qui rejette la responsabilité des morts, indiquant à propos des artificiers qui l’ont aidé : "J’avais besoin de techniciens ? Je leur ai fait confiance. Ils n’ont pas fait le travail comme ils devaient le faire. Les conséquences sont celles que l’on connaît." Incarcéré en Belgique, il est mort le 18 mai 1993 quelques mois avant la tenue de son procès.

Denise Tyack n’échappera pas aux assises où elle a été condamnée à cinq ans de prison. Elle est revenue, pour Questions à la uneH H H , sur le parcours de son mari qu’elle a connu avant ses plus gros forfaits et la vie de cavale qu’ils ont menée. "J’étais suffisamment amoureuse pour ne pas faire marche arrière. C’était trop tard. J’étais folle de lui", explique-t-elle lorsqu’elle a appris qu’il avait déjà commis un braquage.

Denise Tyack est le véritable fil rouge de ce reportage. Et son témoignage fait parfois froid dans le dos, comme quand elle raconte, en riant, qu’il a assisté à son accouchement "puis est allé faire un hold-up. Relax. Il me l’a annoncé le lendemain. Très content. J’étais un peu saisie quand même. Car, quand vous venez d’accoucher, vous vous dites si cela s’était mal passé. J’aurais été seule avec mon bébé. Je ne l’ai pas félicité."

Ou qu’elle ne peut pas davantage retenir ses rires quand elle raconte que la Bande à Haemers s’est dit que c’était Paul Vanden Boeynants qu’il fallait enlever pour se renflouer.

Denise Tyack tient aujourd’hui un café à Wavre. Son fils Kevin a 28 ans. Patrick Haemers s’est suicidé dans sa cellule de la prison de Forest quelques mois avant l’ouverture de son procès. "J’aurais fait comme lui. Je me serais aussi suicidée. C’était mieux aussi pour Kevin parce que sinon, il aurait grandi dans les parloirs", dit-elle.