Un documentaire, pénible, sur Dominique Strauss-Kahn

Tenter "une lecture rationnelle de la problématique personnelle" de Dominique Strauss-Kahn. C’était l’objectif du psychanalyste Gérard Miller et de la sociologue Anaïs Feuillette, avec leur documentaire sur DSK intitulé L’Homme qui voulait tout I . On peut rester sceptique sur l’accomplissement de cet objectif.

Bernard Delattre

PORTRAIT Correspondant permanent à Paris

Tenter "une lecture rationnelle de la problématique personnelle" de Dominique Strauss-Kahn. C’était l’objectif du psychanalyste Gérard Miller et de la sociologue Anaïs Feuillette, avec leur documentaire sur DSK intitulé L’Homme qui voulait tout I . On peut rester sceptique sur l’accomplissement de cet objectif.

La thèse des auteurs ? Si l’homme a fini par chuter dans les circonstances que l’on sait, c’est parce qu’il "ne voulait renoncer à rien : il voulait jouir de l’amour, du pouvoir, du sexe et de l’argent". Et savourer "cet enivrement pernicieux que procure l’irresponsabilité à ceux qui se croient sans maîtres".

Psychologie de comptoir de bistrot

Pour appuyer cette thèse, le psy Gérard Miller se plonge dans le passé de son sujet, et y exhume ce qu’il appelle des "secrets de famille", sur lesquels il "pose un regard freudien".

Cela donne un DSK enfant entouré de grands-parents aux mœurs conjugales très libérées. Et vivant dans une maison familiale d’Agadir qui, par miracle, ne fut pas dévastée par le séisme de 1960. Emballé, c’est pesé, suit le diagnostic : "Son inconscient l’a convaincu qu’il ne sert à rien de se cacher dans les placards, comme les amants craintifs. Et pas davantage dans les alcôves et sous le toit des maisons, qui peuvent s’effondrer et vous ensevelir". Il sera donc, toute sa vie , "l’homme d’une libido à ciel ouvert, craignant surtout d’être enterré vivant sous les précautions et les contraintes".

Tout cela est si rapidement dit, asséné de manière si définitive, et si proche d’une psychologie de café du commerce, qu’à l’écoute d’un tel diagnostic, on ne sait trop si l’on doit s’en effarer ou éclater de rire. D’autant que le cathodique Dr Miller, quand il ne tutoie pas son patient, se pique d’un phrasé très emphatique. Voilà donc DSK dépeint en "bête du Gévaudan", en "enfant obscène que Don Juan aurait eu avec Jack l’éventreur", en "prince des 1 001 nuits se déguisant en mendiant" pour mener sa double vie. Bref, en "demi-dieu" dégénéré en "demi-monstre".

Tant dans les mots que dans le ton, on croit voir une nécrologie télévisuelle de star dite par un Frédéric Mitterrand de la grande époque, mais en méforme. Ou, pire, entendre un sketch de Nicolas Canteloup en train d’imiter ce dernier.

Beaucoup de redites, rien de neuf

Pour l’essentiel, le déroulé du CV de l’intéressé, factuellement exact - c’est bien le moins - n’est prétexte qu’à redites ("les garçonnières" de DSK, la fortune d’Anne Sinclair, etc.). Et ne donne lieu qu’à la répétition de questions déjà 1 000 fois posées, mais toujours sans réponses ("Comment un homme aussi intelligent a-t-il pris tant de risques ?", Pourquoi cette "inclairvoyance de son entourage ?", etc.). De même, les témoignages des personnalités sollicitées n’apportent pas grand-chose de neuf.

Sortent du lot, tout de même, quelques trouvailles d’archives : l’une ou l’autre petites phrases de DSK a posteriori confondantes (comme ce "La vie privée, c’est la vie privée : si on veut qu’elle soit respectée, il ne faut pas que vous l’étaliez"), ou un spot électoral de 1986 très comique, tant l’homme ne réalise pas combien il y est complètement ridicule.

Pour le reste, par moments (à l’évocation des deux premières femmes de DSK, singulièrement), le documentaire hume l’hypocrisie : il feint d’être dans le respect de la vie privée, alors que, par ailleurs, il n’est pas rarement racoleur. En outre, il ne fait que paresseusement effleurer les thèmes qui, pour le coup, auraient mérité d’être approfondis : la surpuissance du réseau de communicants au service de DSK, par exemple, ou ce que la direction du PS savait réellement, ou non, de sa vie.

Enfin, contrairement à ce qu’il prétend ("Le donjuanisme ou le libertinage n’ont jamais été le problème"), ce portrait suinte en permanence le moralisme méprisant et donneur de leçons. Ce qui est parfaitement le droit de ses auteurs, a fortiori vu la vie que mena DSK. Mais au moins auraient-ils pu/dû avoir la franchise de l’annoncer d’entrée de jeu.

Ce documentaire sera également diffusé demain soir à 20h45 sur France 3.