Trullemans porte plainte contre les accusations de propos racistes

Au cours d'une conférence de presse, Mischaël Modrikamen a annoncé qu'il demanderait la réintégration de son client au sein du groupe RTL. Il se déclare prêt à répliquer sur tous les fronts en cas de refus.

Trullemans porte plainte contre les accusations de propos racistes
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C.Le

L'avocat du météorologue Luc Trullemans, Mischaël Modrikamen, par ailleurs président du Parti populaire, va proposer à RTL de réintégrer son client "dans un but de désescalade", après que le collaborateur de la chaîne privée eut été licencié lundi pour la publication de propos qualifiés de "racistes" sur sa page Facebook vendredi dernier. C'est ce que l'avocat a fait savoir vendredi lors d'une conférence de presse. Selon l'avocat, RTL souhaiterait que "l'affaire Trullemans" se termine, mais "elle ne fait que commencer".

"En réalité, c'est le début d'un printemps wallon", a-t-il lancé d'entrée de jeu, osant un parallélisme avec les révoltes dans les pays arabes. "Quelqu'un est victime d'une injustice profonde. Cette injustice catalyse les gens, les mobilise à travers les réseaux sociaux. C'est du jamais vu chez nous jusqu'à présent."

D'après M. Modrikamen, son client a été victime d'une agression sur la route vendredi dernier, alors qu'il circulait chaussée de Louvain pour prendre de l'essence avant de rentrer chez lui. Le conducteur d'une voiture qui le suivait a fait des appels de phares, avant de vouloir le dépasser et finalement lui faire une queue de poisson. La voiture s'est arrêtée et quatre hommes en sont descendus, ont donné un coup dans la voiture du météorologue et sont repartis.

M. Trullemans a ensuite continué sa route vers la station-service mais a constaté qu'il était suivi, a ajouté l'avocat. Afin de semer ses poursuivants, il est entré dans le parking de RTL House et en est ressorti par l'arrière. Une fois rentré chez lui, M. Trullemans s'est connecté sur Facebook et est tombé sur un message "politique" selon lequel "certaines personnes n'ont pas leur place dans notre pays", qu'il a partagé sur son journal. "Dans les 15 minutes, il l'a effacé spontanément", explique M. Modrikamen. "Mais ce message avait entre-temps déjà été repris et retwitté." Après un contact téléphonique dans la soirée avec l'administrateur-délégué de RTL Belgium, Philippe Delusinne, le météorologue a publié sur sa page un message d'excuses et d'apaisement.

Revenant sur un SMS que M. Trullemans aurait envoyé vendredi soir à M. Delusinne, pour expliquer les faits, M. Modrikamen a précisé que le météorologue n'a adressé qu'un seul texto au patron de la chaîne et ce, pour lui confirmer que le communiqué demandé avait été rédigé et publié sur sa page Facebook "avec des excuses clairement mentionnées". M. Delusinne, cité par plusieurs médias, évoque lui un SMS dans lequel M. Trullemans dit avoir "fait chier un type pendant 100 m. Du coup, ça a dégénéré: coups de klaxon, doigts d'honneur et queue de poisson." Pour M. Modrikamen, qui a contacté à ce sujet son client, ce SMS n'existe pas. "La victime d'une agression devient un raciste et ensuite un menteur", s'insurge l'avocat.

Le conseil de M. Trullemans rappelle que tenir des propos racistes est une infraction pénale grave en Belgique. Mais il faut qu'il y ait incitation à la haine ou à la violence contre un groupe ou une communauté de personnes. "Pour le reste, c'est le principe de la liberté d'expression qui s'applique", a-t-il ajouté. "Ici, il s'agit d'une position strictement politique, garantie par la convention européenne des droits de l'Homme."

Lorsque M. Modrikamen aura pris connaissance des griefs reprochés au collaborateur de RTL, licencié pour faute grave, il contestera devant le tribunal du travail "la matérialité de cette prétendue faute grave", a-t-il annoncé. Par ailleurs, précise-t-il, "la jurisprudence exige que la personne soit préalablement entendue pour pouvoir s'exprimer. Or, M. Trullemans n'a jamais été amené à le faire."

"Nous ne sommes pas pour l'escalade, au contraire. RTL et ses dirigeants ont pris peur, paniqué et ont pris des mesures qu'ils regrettent peut-être aujourd'hui. C'est pourquoi nous appelons RTL à réintégrer M. Trullemans d'ici vendredi prochain", a déclaré M. Modrikamen, qui enverra un courrier en ce sens à la chaîne ce vendredi.

Enfin, l'avocat invitera le cas échéant M. Delusinne à produire le SMS qu'il prétend avoir reçu du météorologue. A défaut, il déposera plainte pour faux et usage de faux devant le procureur du Roi. Une plainte sera également déposée contre la direction de RTL pour calomnie et diffamation, pour avoir qualifié M. Trullemans de raciste. M. Modrikamen se réserve également le droit de poursuivre tout journaliste pour la même raison.

Par ailleurs, une grande manifestation nationale pour la liberté d'expression aura lieu dans l'après-midi du samedi 18 mai prochain, sous réserve d'obtenir les autorisations nécessaires, a-t-il annoncé. M. Trullemans, qui se trouve actuellement en Suisse dans le cadre du projet Solar Impulse, reviendra en Belgique pour l'occasion. Le météorologue entend aussi participer à des groupes de soutien pour la liberté d'expression.

"Une réponse juste et adéquate"

Le licenciement pour faute grave du météorologue Luc Trullemans par RTL est "une réponse juste et adéquate par rapport à la gravité des propos tenus", estime vendredi le Centre pour l'Égalité des Chances et la Lutte contre le Racisme (CECLR) dans un communiqué. Le Centre prend également acte de l'annonce d'une procédure disciplinaire à l'Institut royal météorologique (IRM), où M. Trullemans travaille à mi-temps. Le CECLR dit avoir été informé du texte publié sur la page Facebook du météorologue par la presse et par "des signalements".

"Il ne fait aucun doute que ce texte constitue une manifestation d'islamophobie qui véhicule des préjugés grossiers à l'égard de la communauté musulmane", souligne-t-il. D'après le Centre, ce discours pourrait donc tomber sous le coup de l'article 22 de la loi antidiscrimination. Toutefois, cet article "requiert que l'on se penche sur l'intention de l'auteur des propos pour pouvoir établir si les limites de la liberté d'expression ont été dépassées".

Le fait que l'intéressé ait rapidement retiré le texte litigieux de son journal Facebook, qu'il ait présenté ses excuses à la communauté musulmane et qu'il ait expliqué la raison pour laquelle il l'avait posté "peut laisser penser qu'il n'y avait pas d'intention au sens de la loi".

Le Centre conclut en précisant qu'il restera très attentif, durant les prochaines semaines, à l'évolution de la situation et proposera, sur son site, "une analyse plus large et détaillée de la nature et du phénomène de l'islamophobie".

Luc Trullemans a été licencié lundi, pour faute grave, par RTL, après avoir publié vendredi dernier sur sa page Facebook un message qualifié de "raciste" par la chaîne privée. Le météorologue, qui prétend avoir agi sous le coup de l'émotion, avait été victime plus tôt dans la journée d'une agression de la route. Il avait rapidement retiré le message incriminé et publié des excuses.

Luc Trullemans aussi sur un siège éjectable à l’IRM

L’affaire Trullemans, suite : l’ex-M. Météo devra aussi se justifier devant son employeur permanent, l’Institut royal météorologique. C’est ce que nous a confirmé le responsable de la Politique scientifique fédérale Philippe Mettens dont dépend l’institution uccloise.

"Dans un premier temps" a-t-il expliqué à "La Libre", "il est exact que l’IRM n’a pas voulu investiguer plus avant mais depuis lors sont intervenus des éléments nouveaux dont des déclarations et écrits totalement inacceptables pour quelqu’un qui travaille dans la fonction publique. M. Trullemans sera soumis à une enquête disciplinaire". Dans un délai à préciser, l’ancien animateur météo devra s’expliquer devant ses employeurs principaux qui instruiront son dossier à charge comme à décharge.

Du côté du projet "Solar Impulse", à savoir ce projet d’avion solaire lancé par Bertrand Piccard et dont Luc Trullemans était aussi le conseiller ès-météorologie, on se refusait jeudi à tout commentaire.

Dans les couloirs de RTL-TVi, enfin, on ne nous a pas caché un sentiment d’effroi face à certains messages et menaces reçues. Il est même question de faire protéger le bâtiment en vue d’éviter tout incident, d’autant plus qu’on annonce une manifestation de soutien au météorologiste. Enfin, on a appris via le site du "Vif" que RTL-TVi allait porter l’affaire devant le tribunal du travail. Dans une interview, son "patron" Philippe Delusinne a expliqué qu’il avait tenté de trouver une solution autour de ce qui avait commencé comme une "altercation entre automobilistes malpolis dont Luc Trullemans". Le CEO de RTL était prêt à envisager une mise à l’écart temporaire. Mais au lieu d’observer le devoir de réserve, Trullemans est vivement revenu à la charge.

"L’homme tombait le masque, alors que j’ai le plus grand respect pour le scientifique qu’il est par ailleurs", a conclu Philippe Delusinne. Dès lors "la décision de le licencier était inévitable"


Philippe Delusinne sera l'Invité du Samedi de LaLibre.be

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