Sans chichis: malaise au sein des rédactions de la RTBF

Si le MR a été heurté par le passage de Di Rupo à "Sans Chichis", les journalistes de la RTBF aussi... Témoignages.

F.C.
Sans chichis: malaise au sein des rédactions de la RTBF
©RTBF

Officiellement, la RTBF ne voit pas où est le problème : le passage d’Elio Di Rupo dans l’émission "Sans chichis" la semaine dernière n’a rien à voir avec les élections. Il s’agissait d’une émission de divertissement, la date de diffusion était préalable à la période de prudence qui démarre le 25 février où un équilibre entre partis politiques doit être strictement préservé en vue des élections.

Mais qu’en pensent les journalistes des rédactions télé, radio et web de la chaîne publique ? Le son de cloche est bien différent. Contactés hier, plusieurs professionnels de l’info au sein de la RTBF ont livré, sous la protection de l’anonymat, leurs impressions sur le "Sans chichis-gate" qui déchaîne les passions. En particulier au MR, outré par la supposée "faveur" médiatique accordée par la chaîne à un Premier ministre socialiste.

Jean-Pierre Jacqmin était réticent

En fait, le malaise par rapport à "Sans chichis" est déjà apparu avant la diffusion de l’émission : le directeur de l’information de la RTBF, Jean-Pierre Jacqmin avait des réticences à l’égard du timing de l’émission. Il aurait formulé ses remarques en interne auprès de Jean-Paul Philippot, le dirigeant de la RTBF, mais elles n’auraient pas été suivies et l’émission a finalement bien été diffusée. Les journalistes de la RTBF n’étaient d’ailleurs pas au courant du tournage avec Elio Di Rupo pour le "Sans chichis" de la semaine dernière.

"Tout ça pose des questions, c’est sûr, explique l’un des journalistes contactés hier. Avec une diffusion de l’émission fin 2013, à la rigueur, on aurait encore pu se dire que c’était en quelque sorte pour clôturer l’année. Or, au contraire, l’émission est passée juste au moment où les partis présentaient leurs vœux un peu partout. Le timing me paraît donc limite… Même si en effet on est toujours en dehors de la période de prudence préélectorale qui démarre le 25 février."

"Servir la soupe à Di Rupo…"

Ce qui atteint plus particulièrement le moral des journalistes ertébéens, c’est la remise en question de leur indépendance politique : " En interne, on s’est dit en voyant l’émission ‘voilà, on a fait la campagne de Di Rupo’… C’est une simple boutade qui court au sein de nos rédactions mais il n’y a pas de fumée sans feu. Quand on a appris que c’était Di Rupo qui viendrait aux ‘69 minutes sans chichis’, on s’est dit, ‘ça y est, on va encore lui servir la soupe… Et ensuite, on se fera tous accuser d’être des gauchistes ’", explique encore une source à Reyers.

Pour être de bon compte, il faut préciser que certains journalistes ne voient pas où est le problème et estiment que le programme de divertissement où est apparu Elio Di Rupo n’a absolument rien à voir avec le travail journalistique. Mais cette opinion est minoritaire : la majorité des journalistes ont un point de vue sur la question qui va de "diffuser cette émission, c’était complètement déplacé" à "c’est une indélicatesse".

Qu’est ce qui est du travail journalistique et qu’est-ce qui fait partie du divertissement ? C’est tout le débat. Parmi les personnes que nous avons interrogées, ce point inquiète particulièrement. La RTBF, comme d’autres médias, a tendance à brouiller ces deux métiers à la base bien différents, nous confie-t-on. Joint par téléphone hier soir, Jean-Pierre Jaqmin a brièvement réagi aux inquiétudes émises par ses journalistes : " Nos équipes de journalistes sont indépendantes et se battent tous les jours. Et avec tout ce brouhaha, je comprends le questionnement actuel. Mais je mène un débat en interne sur la distinction entre information et divertissement. Et ce débat est serein.