Cliquez, vous êtes espionnés

Une série documentaire interactive pour défricher l’économie du web. Une particularité : le contenu s’adapte à la situation géographique de l’internaute!

Le tracking, c'est l'art de collecter des informations personnelles d'apparence anodines, laissées par chacun d'entre nous au hasard de notre navigation quotidienne sur Internet. Une fois récoltées ces informations sont publiées, partagées, vendues.
Le tracking, c'est l'art de collecter des informations personnelles d'apparence anodines, laissées par chacun d'entre nous au hasard de notre navigation quotidienne sur Internet. Une fois récoltées ces informations sont publiées, partagées, vendues. ©© Upian
Caroline Gourdin, Correspondante à Paris

I l est temps d’en savoir autant sur Internet qu’Internet sait sur vous." L’ambition de Do not track, série documentaire interactive proposée par Arte sur le Web depuis quelques jours, est de nous éclairer sur le tracking et l’économie du Web, à l’ère du big data. Les sept épisodes de sept minutes sont distillés tous les quinze jours sur le site arte.tv/donnottrack (les deux premiers sont en ligne).

Pour savoir qui profite de ces données générées au quotidien par nos navigations sur Internet, le réalisateur canadien Brett Gaylor reproduit, dans le premier épisode, une routine matinale, en utilisant nos propres liens sur les réseaux sociaux ou sites d’information. L’expérience, interactive et ludique, permet d’expliquer les principes du tracking par les annonceurs et les grandes entreprises du Web.

Un contenu personnalisé

Une particularité : le contenu s’adapte à la situation géographique de l’internaute. "Notre projet était de raconter une histoire à tous, tout en la personnalisant", précise Alexandre Brachet, de chez Upian, coproducteur de la série, rompu à la narration multimédia. Des auteurs et réalisateurs de documentaires, des journalistes, des dessinateurs, des musiciens… : pas moins de 90 personnes figurent au générique de cette prouesse technique, qui a demandé deux ans de conception, et un gros investissement en recherche et développement informatique. Pour un budget global de 640 000 euros.

A chaque épisode, son thème, et son style de réalisation. Dans l’épisode 2, le journaliste Vincent Glad, dans la version française (il en existe trois, en anglais, en allemand, et en québécois), détaille le fonctionnement des "cookies". En rencontrant par exemple l’homme qui a inventé les bannières "pop up" qui fleurissent sur nos écrans comme des parasites.

Le tracking des smartphones

La présentation à la presse nous a permis de voir l’essentiel des deux sujets suivants, en cours de finalisation. L’un (mis en ligne le 28 avril) est consacré à l’utilisation de nos statuts Facebook et autres actions sur les réseaux sociaux à des fins de profiling. Et l’autre (en ligne le 12 mai) démontre comment nos smartphones nous espionnent. Ou comment notre position géographique, notre numéro, nos SMS ou nos contacts sont à la portée des géants du Net, des opérateurs téléphoniques, des agences de pub, etc.

"Il ne s’agit pas de diaboliser les smartphones, mais de comprendre comment nous sommes trackés par nos mobiles, même éteints", précise la journaliste Zineb Dryef. "Cette série aborde des problématiques sociales, technologiques et économiques. Tout en racontant une histoire qui, on le souhaite, interpellera le public d’Arte, et permettra d’engager une réelle conversation", défend Alexandre Brachet.

Différents niveaux de lecture sont proposés. On peut suivre les épisodes comme dans une série documentaire classique, s’abreuver en informations complémentaires au travers d’articles sur des sujets connexes, ou échanger sur un blog interactif.