Michel Field, patron de l’information de France Télévisions, irrite journalistes et syndicats

Michel Field déplaît. Cet ancien militant politique révolutionnaire qui, en 1973, pensait changer la société par "la lutte armée" irrite et s’agace face aux syndicats de France Télévisons.

Roussel Virginie
Michel Field, directeur exécutif de France 5.
Michel Field, directeur exécutif de France 5. ©PAVIOT Tristan

Michel Field déplaît. Cet ancien militant politique révolutionnaire qui, en 1973, pensait changer la société par "la lutte armée" irrite et s’agace face aux syndicats de France Télévisons.

Nommé directeur de l’information par Delphine Ernotte, le 7 décembre dernier, sa mission est de préparer le nouveau rendez-vous politique de France Télévisions dans la perspective des primaires aux Etats-Unis et des présidentielles de 2017. Il est aussi chargé de la création de la nouvelle chaîne d’information en continue du groupe qui devrait être lancée en septembre prochain.

Projet info 2015

Son intervention, le 10 avril dernier, dans le "Supplément" de Canal+, a choqué le syndicat CGT.

"Au-delà de la grande vulgarité et du mépris affiché envers tous les salariés de FTV et envers les organisations syndicales, Michel Field, au cours de l’émission, a voulu minimiser l’ampleur de la mobilisation du 7 avril contre le projet ‘Info 2015’ de fusion des rédactions." Un projet qui menacerait le pluralisme.

Michel Field irrite aussi les sociétés des journalistes de France 2, France 3 et Francetv info qui ont souhaité discuter et évoquer en assemblée générale, hier après-midi, "une liste de préoccupations qui ne cesse de s’allonger depuis plusieurs semaines".

"Chacun a pu dire l’ensemble des griefs portés contre la gestion de Michel Field, et son ressenti. Tous se retrouvent pour dire que l’indépendance et l’image des journalistes de France Télévisions sont menacées. Michel Field a montré qu’il n’était pas en mesure de répondre au cahier des charges fixé dans la programmation d’émissions politiques, sans qu’elle soit taxée de collusions avec l’Elysée. Son indépendance est mise en question par la manière dont il veut externaliser une partie des émissions politiques à KM production", détaille Manuel Tissier, président de la Société des journalistes (SDJ).

Mélange des genres

KM production, c’est la société de production historique de Canal Plus qui produit actuellement "La nouvelle édition". "Certes, ce sont des journalistes qui ont prouvé par leur travail qu’ils avaient déjà fait de bonnes choses, mais dans un mélange des genres. Le problème, c’est que rien n’a été discuté en interne, au préalable. Tout se décide dans une tour d’ivoire. Et ce sont des sujets un peu explosifs dans une période politique tendue. On a besoin de sécurité là-dessus. Priver une partie de la rédaction de tranches d’infos, le jeudi, pour les livrer à des boîtes privées, c’est une attaque frontale. Une émission remplacerait ‘Des paroles et des actes’, une fois par mois, et un module politique et société, fabriqué par Karim Rissouli et KM, serait proposé tous les jeudis. En fait, on ne sait plus distinguer le vrai du faux. On navigue au fil de l’eau avec quelqu’un qui ne sait pas maîtriser sa parole publique, qui attaque de manière débonnaire, sympathique, brillante, rigolote, certes, mais qui attaque. Et c’est très déstabilisant pour la rédaction. Notre réponse est à la mesure du danger que certains imaginent", poursuit Manuel Tissier.

A l’issue de l’AG, les journalistes ont décidé de rédiger une motion de défiance contre leur directeur de l’information qui sera soumise au vote mardi.Virginie Roussel, à Paris