Spicee veut pimenter les documentaires

Le site web créé il y a bientôt un an bouscule le marché de la télé. Et voit grand.

Ambroise Carton
Spicee veut pimenter les documentaires

Lancé en juin 2015, le site Spicee.com a franchi en quelques mois le cap des 5 000 abonnés (dont 40 % ont moins de 25 ans). Prochain objectif pour cette plateforme de vidéo à la demande spécialisée dans le documentaire et le grand reportage : conquérir le monde et fidéliser un million de clients d’ici cinq ans.

Derrière Spicee, il y a Antoine Robin (ancien de Canal+ et de l’agence Havas) et Jean-Bernard Schmidt (passé par la rédaction de France 2 où il a participé à la création de "Complément d’enquête"). Les deux quadragénaires lassés des magazines de reportages de la TNT sur "la folie pâtisserie ou la passion macaron" (dixit Antoine Robin) ont eu l’idée de ce "média d’info 100 % vidéo et 100 % digital".

Au menu épicé de Spicee, on trouve par exemple une plongée dans "les camps de la honte" où l’Australie enferme les migrants illégaux (prix du jury jeunes au Figra), un sujet sur l’avortement au Chili ou encore une enquête sur le trafic de la drogue captagon au Moyen-Orient.

Au total, le site propose déjà 80 heures de programmes. "On n’achète pas des choses déjà diffusées. C’est du contenu original, précise Antoine Robin. On collabore avec l’agence de presse Babel qui nous fournit des reportages et nous avons notre réseau de pigistes dans le monde."

Pour se financer, la start-up mise sur un système d’abonnement. "On ne dépense rien en marketing. On a fait le pari de ne passer que par les réseaux sociaux. Cela implique pour nous des droits et des devoirs. Si on a le droit de demander à nos utilisateurs de payer, on a aussi le devoir de leur offrir de la qualité", note Antoine Robin.

"Une grande partie des documentaires que nous proposons ont été refusés par la télévision. Les chaînes considèrent que leur public n’est pas armé pour regarder ce genre de sujets. On se rend compte que c’est le contraire. Mais produire de la qualité a un prix. Pour amortir nos investissements, nous vendons aussi nos contenus."

Contrer les complots

La RTBF fait partie de ces acheteurs. En mars dernier, le service public diffusait "Conspi Hunter", une enquête produite par Spicee et sous-titrée "Comment nous avons piégé les complotistes". L’idée : créer de toutes pièces une théorie du complot et observer sa propagation sur la toile. Le projet dépassera les espérances des équipes de Spicee. La théorie farfelue a trouvé son public, ce qui a permis de mettre en lumière certains mécanismes de la "complosphère" en ligne. "On a reçu plein d’appels d’écoles qui voulaient nous inviter pour parler du film", s’enthousiasme Antoine Robin.

Prochain projet dans les cartons de Spicee : une série à destination des jeunes sur le thème des arts plastiques.

"Il y a un complexe vis-à-vis de l’art. Parce que c’est sur Arte avec une voix ronronnante et des sous-titres écrits en jaune à propos d’un artiste pakistanais", sourit le producteur pas avare en punchlines. "Avec ‘L’art du scandale’, on va rencontrer des artistes qui ont choqué. Notre premier numéro disponible en juin sera consacré à Wim Delvoye…"

Pour conquérir de nouveaux abonnés, le site veut conclure des partenariats avec des opérateurs téléphoniques. Ceux-ci pourraient alors inclure un accès à Spicee dans leur offre mobile. Avec le risque de perdre en indépendance ? "T out à fait", reconnaît celui qui a travaillé sous les ordres de Vincent Bolloré chez Havas. "On ne fait pas ça pour retrouver ce qu’on a vécu de négatif dans les grands groupes. On veut continuer à faire des choix pour des bonnes raisons."

Et quand on compare Spicee à Vice News, un média qui a fait son succès en traitant des sujets - parfois trash - dont personne ne voulait parler, Antoine Robin a une réponse toute trouvée. "Vice vend de la pub enrobée dans du cool. Toutes leurs chaînes sur YouTube sont sponsorisées. Je nous vois plutôt comme Vice… mais avec la vertu." Encore une punchline.