Bilan RTL: "La chaîne a rempli ses objectifs"

Le directeur des programmes de RTL dresse un bilan positif de l’année écoulée. Entretien.

Entretien d'Aurélie Moreau
Sophie Pendeville RTL TVI De quoi je me mele
Sophie Pendeville RTL TVI De quoi je me mele ©STEPHANIE LECOCQ

Sise avenue Georgin, RTL House dresse un dernier bilan d’une saison télé mouvementée. "On s’était fixé trois objectifs, rappelle Stéphane Rosenblatt, directeur des programmes chez RTL. Le premier était de continuer à augmenter notre volume de production pour renforcer notre ancrage local et proposer des nouvelles émissions dans des nouveaux créneaux. Le deuxième, c’était de repenser l’avant-soirée qui a toujours été stratégique pour nous. Au sortir du ‘Dîner presque parfait’, on essayait de reconstruire ce créneau sur le long terme avec un rendez-vous d’ancrage belge francophone, produit localement et qui ne dépende pas d’un partenaire, M6 ou autre. On l’a fait avec ‘De quoi je me mêle’ qui changeait beaucoup les habitudes de consommation de nos téléspectateurs. On devait lui laisser le temps de s’installer et d’évoluer. Le troisième enjeu, c’était celui du dimanche. On sort d’une dizaine d’années de ‘Controverses’. Notre objectif était de devenir une référence sur les audiences mais aussi sur le contenu. Aujourd’hui, nos objectifs sont atteints."

Quel est désormais votre budget consacré à la production propre ?

Je ne peux pas le communiquer. Mais on a créé 18 nouvelles émissions en deux ans. C’est clair qu’avec l’arrêt de "Un dîner presque parfait" (M6) et la production de "De quoi je me mêle", on a doublé la case en termes de coût. Il y a aussi eu des transferts. Il y a quatre ans, on avait "Belgium’s got talent" qui coûtait assez cher.

Sur le terrain de l’info, RTL n’a finalement pas perdu son leadership ?

Nos concurrents prétendaient que le leadership allait se renverser. Cette révolution n’a pas eu lieu. La semaine avant l’Euro, on a encore battu notre record, avec une moyenne de plus de 50 % de parts de marché. Nous allons bien, au niveau des audiences, nous avons fait une belle année. Nous avons même progressé dans un marché européen où la fragmentation est la norme. Sur Plug RTL, on a doublé nos audiences et on se retrouve sur des cibles qui ne sont pas habituelles.

Et pour Club RTL ?

Club RTL reste la chaîne qu’on doit redéfinir. Elle est bonne sur le sport. Mais c’est clair que par rapport à Plug, la redéfinition de la chaîne a beaucoup changé, beaucoup évolué. C’est devenu une chaîne très opportuniste par rapport à ce que font ou non les deux autres chaînes. La meilleure définition, en dehors du sport et de la fiction, reste un chantier en devenir et ça reste un objectif et un enjeu pour la rentrée.

Cette augmentation de l’audience se fait au détriment des chaînes françaises ?

Oui, essentiellement.

Vous recherchez toujours votre primetime de divertissement idéal ?

La réalité, c’est qu’il y a très peu de nouvelles émissions de ce type sur le marché. Je reste convaincu que "Belgium’s got talent" doit évoluer.

Vous travaillez actuellement sur ce format ?

Oui. Quand on parle d’augmentation de la production, on travaille aussi sur la deuxième partie de soirée. Et vous aurez des surprises à ce niveau-là pour la rentrée car l’objectif, c’est d’investir une soirée de production en plus par semaine et de pouvoir investir également la deuxième partie de soirée avec quelque chose de local avec une liberté de ton plus grande que le primetime.

Il semblerait que quelque chose se prépare en ce moment avec Bel RTL pour développer une matinale télé…

Le 6/8 sur La une, ce n’est pas de la radio filmée mais de la télévision car il n’est pas diffusé sur Vivacité. C’est une télévision faite avec des moyens hybrides mais ce n’est pas de la radio filmée. Contrairement à Bel RTL. On n’est pas du tout dans la même ambition. Quand je prends les audiences du 6/8, elles ne sont pas dans des niveaux extraordinaires. Faire 20 000 téléspectateurs quand vous en faisiez zéro c’est bien mais dans nos priorités d’investissement, le primetime du matin, c’est Bel RTL.

On reste donc dans la radio filmée ?

La radio filmée peut évoluer mais c’est notre philosophie, c’est bien celle-là. On ne va pas déforcer Bel RTL pour un demi-point d’audience.

Mais vous envisagez bien de créer un véritable studio pour Bel RTL à l’image de celui du 6/8, non ?

C’est autre chose. Bien sûr, cette réflexion est en cours.


"En général, chez RTL, les émissions qui réalisent de bonnes audiences reviennent à la rentrée"

Parmi les magazines confirmés pour la saison 2016-2017, De quoi je me mêle subira quelques « aménagements », poursuit Stéphane Rosenblatt, directeur des programmes. « L'émission a progressé. » « Elle doit continuer à progresser même si elle est leader sur sa case. C'est l'objectif. »

Même son de cloche pour C'est pas tous les jours dimanche, présenté par Christophe Deborsu en lieu et place de « Controverse » depuis septembre 2015. « Christophe est parvenu à trouver le bon ton. Mais on ne va pas se priver de quelques enrichissements. »

Dr. Cath, en revanche, ne connaîtra pas de nouvelle saison. Pour rappel, le Docteur Catherine Dufrane (à l’honneur dans l’émission "Dr Cath & Co" sur RTL-TVI) a été suspendue de l’exercice de la médecine vétérinaire en décembre 2015 pour un mois. L’Ordre des médecins vétérinaires a en effet sanctionné le Docteur en vertu de plusieurs articles du code de déontologie de la profession. Les motifs de la suspension « sont totalement étrangers à l’émission "Dr Cath&Co" à laquelle participe Catherine Dufrane », avait tenu à préciser le groupe RTL. Mais le président du Conseil de l’Ordre des médecins vétérinaire n'avait ni confirmer - ni infirmer - la version de RTL. Il avait par ailleurs rappelé que « l'interprétation des motifs de suspension restait celle de RTL » mais pas celle du Conseil.

Les magazines animaliers, grande tendance de ces deux dernières années sur le marché international des formats TV, ne disparaîtront pas pour autant : « Notre volonté est de poursuivre ce type d'émission, sur le monde des animaux ou des vétérinaires. Mais on ne peut pas encore confirmer la forme. »

Dossiers tabous, magazine d'investigation, reste mais sans son présentateur Jean-Claude Defossé. Selon Stéphane Rosenblatt, ce dernier aurait « exprimé le désir de lever le pied. Ca s'est fait en bonne entente. »

Quant à l'humour, Marc Herman, absent de la grille 2015-2016, ne poursuivra pas l'aventure aux côtés de François Pirette, d'André Lamy et d'Olivier Leborgne (« Votez pour moi »). La maison Georgin souhaite en effet investir dans de « nouveaux talents », à l'image de Gui-Home. « C'est clair que cet humoriste a naturellement sa place chez nous. Encore faut-il trouver la formule qui lui corresponde et qui respecte son expression ainsi que notre public. »

Club Culture, la fenêtre culturelle d'Eric Russon sur Club RTL, pourrait également revenir à la rentrée à condition de « conforter le montage financier actuel. » La chaîne, en effet, ne produit pas le format. Elle ne l'a pas non plus acheté. Elle « offre » en revanche du temps d'antenne à Eric Russon.

Pour le reste - « Still standing », « Les orages de la vie », « Face au juge », « Vu à la télé » - aucun changement n'est prévu pour l'instant.

RTL proposera encore quelques docu drama, dans lesquels le groupe privé investit considérablement depuis quatre ans. « Police de la route » (Stéphane Pauwels) est une série que l'on pourrait voir revenir sur un autre sujet. »


Quid des séries ?

L'année 2016 a été marquée par le succès (en Belgique comme à l'étranger) de deux séries belges estampillées RTBF : « La trêve » et « Ennemi public ». Avec respectivement 363 164 et 354000 téléspectateurs en moyenne, elles ont également été récompensées à l'international.

Coup de Cœur Award aux MipDrama 2016 à Cannes, « Ennemi public » a reçu le prix de la meilleure interprétation masculine (pour Angelo Bison) au Festival Séries Mania, à Paris. « La trêve » (meilleure série francophone au même Festival), tout comme « Ennemi public » ont par ailleurs séduits de nombreuses chaînes étrangères.

« Tous les types de programme qui peuvent assurer une stratégie de développement et de pérennité de notre ancrage dans ce marché nous intéresse », poursuit Stéphane Rosenblatt. Seulement les budgets sont conséquents : 290000 euros par épisodes pour « Ennemi public ». « Ce n'est toutefois pas le seul problème, insiste le responsable qui parle de « concurrence déloyale ».

« Les talents sont issus de la production indépendante. Ce sont des auteurs, des scénaristes, etc. Qui sont au service de ceux qui diffusent les programmes. Or les budgets émanant des autorités, et qui permettent à la RTBF de diffuser ce genre de programme, sont exclusivement destinés à la RTBF. C'est ce que nous regrettons. A notre sens, ces budgets devraient être ouverts à tous, comme au Nord du pays. Quand vous mettez en avant une dynamique locale ou régionale, leurs institutions interviennent. Elles rentrent dans la production et deviennent co-producteurs. Il y a donc moyen de le voir dans une dynamique mixte, publique/privée. Ce qui n'est pas automatiquement de la subsidiation. La RTBF n'a pas payé la série plus cher qu'un épisode de « The voice » alors que ces séries coûtaient bien plus. »