"Le Petit Journal", la fin d’une "histoire de c…" (VIDEOS)

Der des ders pour Yann Barthès, dernier représentant de l’esprit Canal, ce jeudi soir. Découvrez son portrait ainsi que le compte-rendu de l'audition de Vincent Bolloré, qui s'est exprimé sur l'avenir de la chaîne et du groupe Canal+.

C. G. et V.Rou., à Paris
LE PETIT JOURNAL 2012 - 2013 YANN BARTHES
LE PETIT JOURNAL 2012 - 2013 YANN BARTHES

Lundi soir, les métalleux du festival Hellfest ont montré leurs fesses, en hommage au "Petit Journal" de Canal +, dont Yann Barthès présente la der des ders ce soir. Des tatoués, des chevelus, des moustachus, capables de pousser des cris de guerriers comme de se faire des bisous, ça lui va bien au teint, à Yann Barthès. "Cette histoire de cul ne s’arrêtera pas là", glissa-t-il, sourire en coin, en plateau.

Décryptage politique

Depuis 2011, dans ce "JT générationnel" alliant info et humour, Yann Barthès, en costume cravate, manie l’ironie grinçante pour "gratter là où ça déconne". Par des montages incisifs, des parodies et autres facéties, il décrypte les discours des politiques de tous bords, et dévoile leurs artifices de communication. Un Jean-Luc Mélenchon a même interdit l’accès aux caméras du "Petit Journal" dans ses meetings, tout comme le FN, dans ses conférences de presse.

Révélé dans "Le Grand Journal" de Michel Denisot avec "Le Petit Journal People" et "Le Petit Journal Actu", en voix off puis en plateau dès 2007, le patron de la société de production Bangumi a fait de son émission un moment culte, faisant le buzz sur les réseaux sociaux avec, entre autres, les sketches de Catherine et Liliane.

L’animateur de 41 ans a souvent été copié, pour son ton insolent et indépendant.

Dernier représentant de l’esprit Canal

Après le départ, l’été dernier, d’Antoine de Caunes du "Grand Journal" et le passage en crypté des "Guignols", sur décision de Vincent Bolloré, Yann Barthès demeurait l’unique représentant de l’esprit persifleur des débuts de la chaîne cryptée. "Le Petit Journal" n’attirait plus, ces temps derniers, qu’entre 1,1 et 1,4 million de téléspectateurs (contre 1,8 million à son meilleur), mais restait la plus regardée des émissions en clair de Canal. Alors que la chaîne avait envisagé un passage en crypté du "Petit Journal" et demandé à Bangumi de consentir d’importantes économies, Yann Barthès a finalement décidé, en mai dernier, de quitter Canal +, pour rejoindre… TF1. Il y animera un talk-show nocturne le samedi soir, pour concurrencer le poids lourd "On n’est pas couché" de Laurent Ruquier sur France 2. Et c’est Cyrille Eldin qui sera aux manettes du "Petit Journal" à la rentrée.


Bolloré, en Clovis des médias

"Le Petit Journal", la fin d’une "histoire de c…" (VIDEOS)
©DR


"Vous voulez un champion national ?" : le défi de Bolloré aux sénateurs.

L’audition de Vincent Bolloré sur l’avenir de la chaîne et du groupe Canal + était particulièrement attendue. Plusieurs fois repoussée, elle a finalement eu lieu, mercredi matin, durant plus de deux heures. Le président du conseil de surveillance de Vivendi souhaitait une audience à huis clos, nous confirme la sénatrice Catherine Morin-Desailly, présidente de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication.

Elle a finalement été ouverte à la presse et retransmise sur le site du sénat.

"Ça fait 35 ans que je dirige le groupe Bolloré. Le groupe Bolloré est passé d’un euro de valeur, ou plutôt d’un franc, à une dizaine de milliards de valeur." Pour défendre sa stratégie, Vincent Bolloré a fait la démonstration de sa force de frappe financière et de la menace qui pèse sur le pays. "Si vous ne voulez pas de champion national, c’est relativement facile. Vous mettez des mesures anti-concentration et vous aurez ce que vous avez aujourd’hui, c’est-à-dire aucun groupe français qui essaie de porter la culture française à l’extérieur. Et donc, mourront petit à petit, tous ceux qui sont dans le secteur."

Le passé plaide pour l’avenir

La menace, ce sont les Gafa (Google, Apple, Facebook et Amazon). Et de citer les scores - trop fragiles - des rivaux nationaux : un milliard de valeur en bourse pour le groupe M6, 2 milliards pour TF1, 3 milliards pour Lagardère. "Vivendi, c’est 25 milliards de valeur en bourse. Mais les Gafa, c’est 500 milliards de valeur en bourse. C’est comme les invasions dans les années 400 et bien après. Il y a eu des vagues et malheureusement, les vagues qui viennent après sont généralement encore plus fortes."

"Je ne suis pas la cause des problèmes de Canal. Je suis la conséquence. Et peut être la solution, s’est défendu Vincent Bolloré. On nous a présenté des résultats de l’exercice 2015 de moins 260 et quelque millions d’euros. Et un budget pour l’exercice 2016 qui était de moins 400 millions pour les chaînes Canal plus."

Une stratégie payante ?

Des pertes depuis 2011 imputées aux nouveaux concurrents. Quant à son impopularité, elle viendrait de la politique de "diète" imposée à l’ensemble du groupe. Mais, au final, sa stratégie serait payante : "Je pense qu’en réalité Canal est redressé." Le tout, sans avoir eu recours au licenciement. "Dans Canal, il y a 8 000 personnes. Nous avons changé 21 dirigeants […] dans des conditions financières extraordinairement agréables."

Interpellé sur son ingérence dans la ligne éditoriale par les sénateurs, il en a appelé à ses aïeux qui ont défendu la liberté de la France et a affirmé : "Je n’ai pas le pouvoir physique ou moral de demander à qui que ce soit de retirer quoique ce soit, je suis obligé de passer par la hiérarchie."

La hiérarchie, c’est Maxime Saada, 14 ans de maison, propulsé directeur général de Canal par Vincent Bolloré. Pour justifier la déprogrammation du documentaire d’investigation sur le Crédit mutuel, partenaire de Vivendi, Maxime Saada a affirmé : "A un moment, j’ai jugé tout seul que je n’étais plus intéressé par le documentaire que nous avions financé après que les informations étaient sorties. Ce qui intéresse nos abonnés, quand on fait un documentaire d’investigation, c’est qu’il y ait des révélations."

Maxime Saada qui déclare, aussi, à propos d’iTélé : "Les journalistes nous ont dit être libres, parfois trop libres." Une intervention qui n’a pas convaincu. Mais Arnaud de Puyfontaine, président du directoire de Vivendi, a rappelé que l’enjeu était ailleurs : l’appareil réglementaire, en France, permettra-il à Vivendi de porter son projet à l’international ? En septembre, la présidente de la commission nous informe qu’une nouvelle audition aura lieu sur le thème de la concentration.

Les vidéos de l'audition de Bolloré au Sénat