Nagui se met à la place… des candidats

Trente-six champions s’affrontent jusqu’au 3 juillet. France 2, 12h. Entretien.

C.G., à Paris
Nagui
Nagui ©GHOSAROSSIAN Delphine / ftv

A l’occasion des 10 ans de "Tout le monde veut prendre sa place", Nagui a rassemblé cette semaine 36 champions. Ils s’affrontent au profit d’une association de leur choix. "Leur présence n’est pas intéressée. Et ils ont toujours la grinta, l’envie de gagner. C’est après qu’ils nous aient dit ‘ok’ que l’on a rajouté un voyage à la clé", précise l’animateur et patron d’Air Prod, encore dopé à l’adrénaline à la sortie du plateau de La Plaine-Saint-Denis.

Ce qui frappe, de prime abord, c’est la proximité entre les candidats et avec Nagui. "Il y a des histoires d’amitié. Ils se retrouvent en dehors des émissions, et ont développé une communauté sur le web. C’est le cas aussi pour ‘N’oubliez pas les paroles’. Et moi, quand je les retrouve, j’ai envie de savoir comment ils vont, de les embrasser."

Au-delà de l’esprit familial, quelles sont les recettes du jeu ?

C’est un mélange d’humeur, de culture générale, de tension, et d’attachement. Ça a été le premier jeu avec un candidat qui revenait, avec un côté feuilletonnant. Il y a un effet d’attachement et de curiosité lorsqu’un champion reste longtemps et l’audience monte. Il y a aussi un effet d’escalier : quand le champion s’en va, l’audience redescend un peu, mais moins qu’avant son arrivée. Et enfin, on me le rapproche assez pour que j’en fasse un avantage, la première partie de l’émission repose beaucoup sur les anecdotes.

Et sur les vannes ?

Les candidats sont de plus en plus chevronnés en matière de télé, radio, ils savent raconter des histoires, ménager la chute. Moi-même, j’ai une vraie curiosité pour le genre humain, et les écouter est un formidable vivier de plaisanteries, et de blagues sous la ceinture, en veillant à ce que les enfants ne puissent pas les comprendre. On me reproche de couper la parole aux candidats, c’est toujours un effet de vanne, pour rebondir ou dynamiser l’émission. Avec deux heures de jeu par jour à la télé, plus une heure et demie de radio, j’essaie de trouver des petites ficelles pour ne pas saouler les gens.

Comment se renouveler ?

On réfléchit à des évolutions de règles du jeu, de décors, dans le sens du divertissement. Mais la mécanique est extrêmement bien huilée, et donc, il n’y a pas de révolution.

Y a-t-il une différence de ton entre ce jeu du midi et "N’oubliez pas les paroles" en access ?

Oui, on est plus posé, moins speed que le soir, et il y a une différence de mode de production. La lumière, la réalisation, l’ambiance d’un access est proche du prime. Le midi, on doit être dans des tons, des couleurs, des ambiances plus pastel, plus lumineuses. D’ailleurs, dès qu’on passe à l’heure d’été, tous les access perdent de l’audience. Il fait jour plus longtemps et il y a un décalage entre l’intention sur le plateau et la vraie vie.

Regardez-vous ce qui se fait à l’étranger ?

En permanence. Les Américains, les Australiens, les Israéliens sont forts en la matière. On peut regarder la réalisation, prendre des idées de décors, de lancements, des tics de langage. Sans forcément copier. Si vous n’êtes pas au fait des tendances, si vous n’avez pas un train d’avance, vous êtes rapidement dépassés. La machine télé va aller plus vite que vous et vous allez lasser. Mais nous créons des jeux en France. "Tout le monde veut prendre sa place" a beaucoup été adapté, y compris au Japon, qui n’adapte jamais de formats étrangers.

Y a-t-il une spécificité française ?

Nous sommes plus proches des candidats. Aux Etats-Unis, les candidats ont peu de temps de parole. Il y a essentiellement des effets d’annonce, des paillettes. Cependant, on voit arriver en France ce jeu japonais adapté par TF1, "Ninja Warrior", avec des gens entraînés, des musclors. On n’est plus dans l’humain, mais dans l’exploit. Or, en France, on a toujours aimé les histoires, le feuilleton.

Vous planchez sur la production d’un nouveau jeu ?

Nous avons tourné un pilote autour de l’intrus, qui plaît à France 3. Avec une question, trois possibilités de bonnes réponses et un intrus, on apprend davantage, sans être austère.


"Les 12 coups de midi est un jeu gai" souligne Reichmann

Avec 23,2 % de part d’audience (en France), "Tout le monde veut prendre sa place" réduisait vendredi l’écart avec le jeu concurrent de Jean-Luc Reichmann sur TF1, "Les 12 coups de midi", qui oscille autour des 30 % de pda. Face à son vieux pote Nagui, l’animateur et comédien réunit cette semaine, dès ce mardi, les plus grands "maîtres de midi". Lui aussi a le sentiment d’avoir "créé une famille, heureuse de se retrouver. C’est assez joyeux, gai, comme vous dites en Belgique", sourit Jean-Luc Reichmann.

Son approche de l’exercice est instinctive. "J’essaie avant tout de ressentir l’instant présent et de le partager. Je ne suis pas dans la réflexion. A chaque fois, nous racontons une histoire. Nous sommes dans la vraie téléréalité, dans la télé du réel. Nous avons envie de savoir jusqu’où les candidats vont aller. Certains sont plus faibles émotionnellement, d’autres plus forts sportivement. Certains sont plus pudiques ou renfermés. A nous de les mettre à l’aise pour qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes face aux caméras ."

Sur le plateau, l’ambiance est bon enfant. L’un pousse la chansonnette, une autre récite des poèmes. "J’aime improviser avec les éléments qui arrivent. Du moment que l’on reste sur des valeurs positives", poursuit l’animateur. Egalement proche des candidats, il a participé aux côtés de l’un d’entre eux, Xavier, 20 ans, à "Qui veut gagner des millions ?". "Nous avons gagné 48 000 euros pour SOS Addictions. On m’a d’ailleurs proposé de parrainer le Téléthon belge, et je vais tout faire pour me libérer pour l’émission en direct."