Vers un apaisement sur La Première?

Le directeur du pôle radio de la RTBF, revient sur une fin de saison agitée. Bilan.

Aurélie Moreau
Vers un apaisement sur La Première?
©Virginie Nguyen Hoang st. LLB

Le directeur du pôle radio de la RTBF, revient sur une fin de saison agitée. Bilan.

La Première pour voisine, au Boulevard Auguste Reyers à Bruxelles, Francis Goffin, directeur du pôle radios de la RTBF, évoque une saison mouvementée quoique « positive du point de vue des audiences ». « Globalement, dit-il, c'est une bonne année pour Vivacité, Classic 21 et Pure FM qui réalisent des audiences records. » Musiq'3 et La Première, reconnaît le responsable, ont en revanche connu quelques turbulences. « Il faut rester prudent car les audiences de la saison 2015-2016 ne sont pas complètes. La télé peut tirer un bilan au jour le jour mais la radio va devoir attendre le 18 août pour obtenir les résultats de la fin de saison (mars à juin 2016, NdlR.). On a donc deux vagues pour mesurer la saison : 2015-3 (de septembre à décembre 2015) et 2016-1 (de janvier à mars 2016). »


Le nouveau projet de Musiq'3 (le classique décomplexé) n'a pas séduit ?

C'est trop tôt pour se prononcer mais j'ai l'impression que la dynamique qu'a mise en place Laetitia Huberti depuis septembre va finir par prendre. J'en suis convaincu. Quant à La Première, on ne peut pas dire qu'elle a fait une bonne saison. J'avais cru, au cours de la saison 2014-2015, qu'on avait enrayé l'érosion mais les dernières audiences montrent que ce n'est pas le cas. Le chantier est important. J'avais, dans un premier temps, souhaité réagir vite, c'est-à-dire pour la prochaine rentrée mais je me suis rendu compte que les conditions n'étaient pas réunies et qu'il fallait mieux prendre du temps. On a donc décidé de travailler plus en profondeur pour préparer un changement plus important qui se profile pour janvier 2017.


La rentrée était trop proche ?

Oui, on doit attendre le mois d'août pour que le Cim publie les audiences de fin de saison. Or, à la RTBF, les nouvelles grilles doivent être approuvées par la CA au cours du mois de juin ou juillet. C'est donc difficile d'effectuer des changements importants, qui était le signal que nous envoyaient les auditeurs. Et puis surtout, on a connu une situation difficile qui ne nous a pas permis de travailler dans un cadre stable et serein. Des articles écrits récemment donnent l'impression que la maison est à feu et à sang. On traverse quelques difficultés, c'est vrai, le choc a été difficile à encaisser pour tout le monde à La Première mais il ne faut pas exagérer. Tout n'est pas résolu mais on a eu une réunion avec l'équipe où on a présenté un plan d'action. Il est apprécié. On prendra le temps nécessaire pour redessiner La Première beaucoup plus largement que ce que nous avons fait jusqu'à présent.


Les dernières vagues d'audience étaient pourtant stables du point de vue des parts de marché pour La Première. Que s'est il passé ?

Cette fois, on est passé sous la barre des 6% de parts de marché, psychologiquement, c'est dur à encaisser. Et puis surtout, on a une érosion importante du nombre d'auditeurs.


La faute aux attentats ?

Leur impact sur cette vague est faible car c'était le 22 mars.


Il ne s'agit donc pas d'un rejet de l'info ?

Non. C'est multi-factoriel. Un des côtés difficiles, c'est le côté anxiogène de l'information. Or, La Première est l'une des radios qui la traite le plus. Quand je regarde l'audience des généralistes en France et en Belgique, elle s'érode. On va essayer de faire le tri et de réaliser les analyses nécessaires.


Vous n'avez pas encore identifiés ces autres facteurs ?

Non. On a une idée quand même d'une série de facteurs mais on va passer l'été à compiler nos analyses et à en commander des complémentaires pour affiner nos choix. Ensuite, on travaillera à reprofiler La Première après la rentrée. Je ne vais pas dire qu'on va repartir d'une page blanche mais presque. L'ADN de la radio ne va pas changer : info, culture, découverte et connaissance.


L'émission « Entrez sans frapper », fonctionnait pourtant assez bien ? Du point de vue des audiences mais aussi de la critique...

On a certains succès d'audience et d'estime qui se sont améliorés notamment sur cette émission mais on peut mieux faire, globalement. Il y a des responsabilités individuelles mais aussi collectives. Ici, on va impliquer toute l'équipe dans les changements. On a vu toute l'équipe en deux semaines et on voit enfin des signaux d'apaisement.


Concernant La Première, il était notamment question de développer différemment la conduite de Matin Première pour la rentrée, avec des formats plus courts, plus rythmés, etc.

On viendra à la rentrée avec un Matin Première remodelé par des groupes de travail.


Il ne sera pas raccourci ?

On a décidé de ne pas toucher aux horaires, au découpage général de la grille ou aux principaux titulaires. Ce qui n'empêche qu'à l'intérieur, tout ce qui est améliorable, on le fait. Et les équipes y travaillent.


Tout ce qui a été écrit était donc faux ? Entrez sans frapper, par exemple, reste en l'état ?

Oui. Ce qui a été écrit, était partiellement vrai. Le problème, c'est que quand on est dans un processus de changements, on lance des « ballons-sondes » pour voir. Et s'il y a une fuite - et que l'on considère cette fuite comme quelque chose d'acquis -, ce n'est pas tout à fait vrai et on perturbe tout le processus. Je reconnais que dans un premier temps, je voulais lancé un signal fort pour la prochaine rentrée. Et on a finalement opté pour une rentrée plus conservatrice par rapport à l'ambition première, qui est par conséquent reportée pour 2017.


Le 6/8 sur La une était également l'un des gros paris de cette saison. Validé ?

En radio, on remarque que, au cours de la période de septembre 2014 à Mars 2015, Vivacité était deuxième entre 6 et 11h, avec 16,7 % de parts de marché. Un an plus tard, après la création du 6/8 sur La une, elle est désormais première avec 18,6 %. Il y a donc eu une progression, et un leadership a été pris. Certains avaient émis des craintes quant à un cannibalisme possible des audiences de La une sur Vivacité mais ça n'est visiblement pas le cas. En télévision, si on compare les mêmes audiences mais sur La une, la première chaîne du service public est passée de 10,1 % à 21,4 % de parts de marché.


Cette progression se fait au détriment de RTL-TVI ?

Oui, mais aussi au détriment du Télé Matin de France 2. C'est même France 2 qui perd le plus. On note un rapatriement des audiences sur la Belgique.


Pourquoi ?

Parce que c'est la seule émission réellement comparable au 6/8. C'est un talk-show live et ce que fait Sara de Paduwa aussi. Ce qu'on est parvenu à faire, c'est converger la radio et la télé dans un seul et même studio. Ce succès est examiné de près par beaucoup de nos collègues. Cette saison, on a eu droit à un véritable défilé de responsables étrangers, français, suisse, etc. Les groupes radios/télé sont évidemment interpellé par cette convergence.


C'est une convergence que vous comptez renforcer ?

Oui, on est en train de voir ce qu'il est possible de faire. On l'a déjà étendue à « Coupé au montage », au « Grand Oral », « 7 Eco » et « Samedi d'enfer ». Ce n'est pas non plus la volonté de le faire pour toutes les émissions car elles ne s'y prêtent pas toutes. C'est une forme de radio télévisée qui va plus loin que la simple radio filmée mais l'avenir de la radio est pluriplateforme et pluriforme.


L'autre chantier de l'année, c'était la radio numérique terrestre. Des fonds ont été débloqués mais sont-ils suffisants ?

C'est un dossier qui date de plusieurs années. Il a abouti au mois de mai à une solution de financement. Mais il faut encore se mettre d'accord sur l'architecture et ça revient au gouvernement de le faire.


Tout reste à faire...

Des propositions sont sur la table du ministre qui doit lui même faire une proposition au gouvernement. Ce sera à ce gouvernement de décider ensuite. Le cadastre dépend de lui, comme ça a toujours été le cas depuis la bande FM. Pour les radios privées, le CSA doit attribuer des autorisations. Il y a donc encore du chemin législatif. Si on regarde un calendrier réaliste, ça devrait permettre de rendre le tout opérationnel pour la fin 2017, début 2018. Sachant que du côté flamand, on a le même type de calendrier, on a donc une chance de coordonner un lancement massif de la DAB+.


Vous avez avancé sur la radio numérique « Media Z » ?

Media Z est un énorme challenge pour la RTBF. Comment toucher les jeunes de 15 à 25 ans qu'on touche peu, ou en tout cas insuffisamment ? On a une vraie volonté de les suivre et de développer un projet qui n'est pas que radio. Il est multimédia.


Ce n'est pas qu'une radio numérique musicale hip hop ?

Non. On partira d'une offre digitale sous forme d'application interactive. C'est encore à décider mais ce sera probablement le cas. L'un de ses débouché sera une radio numérique sur la DAB+. On se documente, on se nourrit. Maintenant, on doit recruter toute une équipe. Elle n'existe pas encore. On doit inventer un média.


L'idée, c'est de créer un média par et pour les jeunes ?

Oui, majoritairement. Je ne dis pas qu'ils auront tous entre 15 et 25 ans. Pour faire des Pampers, ce ne sont pas les bébés qui les font.


Des youtubeurs belges, notamment ?

Oui, tout à fait. On s'intéresse à tout ça. Ce projet implique la télé, iRTBF, le marketing stratégique, la production, la cellule technologies. Il y a huit directions impliquées dans ce projet. La date n'est pas encore fixée. La deadline sera le lancement de la DAB+. On a lancé un appel à candidatures pour un chef éditorial pour lequel on a reçu une quarantaine de projets. D'ici la mi-juillet, on devrait avoir sélectionné la personne. Elle aura pour directeur, Joël Habay (Nostalgie/Chérie FM), qui arrivera en octobre et qui prendre la direction de Media Z, Pure FM et Classic 21 après le départ à la retraite de Marc Ysaye.


Il était également question de lancer deux autres radios numériques avec la DAB+...

Non, il n'y a qu'un seul projet validé. Pour 2017, on lancera probablement un autre chantier sur un deuxième projet. Dans le plan stratégique, on avait évoqué une radio senior, est ce que ce sera ça ou autre chose ? A confirmer. On va commencer le travail début 2017. On travaille vraiment par étape.