Le parquet allemand poursuit les agresseurs d’Esmeralda Labye

"La RTBF se portera partie civile si elle le peut", indique Jean-Pierre Jacqmin.

Au.M.
Le parquet allemand poursuit les agresseurs d’Esmeralda Labye
©DR

Les récentes agressions à caractère sexuel ou gestes déplacés dont ont été victimes Esmeralda Labye et Caroline Hick (journalistes de la RTBF) à Cologne et à Lyon ne resteront pas sans réactions, avait prévenu la RTBF.

Si l’enquête est toujours en cours pour Caroline Hick (un témoin s’est manifesté), la Justice allemande a, en revanche, identifié les deux responsables des faits commis à l’encontre d’Esmeralda Labye. Le parquet a par ailleurs décidé de ne pas classer l’affaire et de poursuivre les deux principaux intéressés (deux jeunes hommes âgés de 17 et 28 ans). La date du procès n’a pas encore été fixée.

"La RTBF évalue, pour l’instant, la possibilité de se porter partie civile , explique Esmeralda Labye, récemment informée du suivi de l’enquête. J’ai également reçu une lettre d’excuses du jeune de 17 ans."

A présent, la journaliste "a tourné la page" même si elle reste profondément choquée par les commentaires publiés sur les réseaux sociaux et les sites d’info en ligne. "Je ne minimise pas ce qu’il s’est passé mais j’ai été soutenue par ma rédaction, les autorités policières, ma hiérarchie et on m’a proposé une aide psychologique et un suivi juridique de ma plainte. Le fait d’en avoir parlé, ça m’a beaucoup aidé même si je reste hallucinée de ce que j’ai lu sur Internet, surtout de la part de femmes. En gros, je l’avais bien cherché parce que c’était trop dangereux. Oui, c’est sûr : un carnaval c’est dangereux, mieux vaut rester dans ma cuisine pour faire la rubrique mode. Un homme disait aussi que j’avais répondu : "Une fois mais pas deux" et que ça sous-entendait donc que la première fois, j’étais consentante. C’est tout simplement hallucinant de bêtises. Beaucoup se moquaient également car je disais que tout allait bien pour les femmes lors de ce carnaval mais je ne pouvais pas réduire ce que j’ai constaté sur le terrain à ma situation personnelle. Tout se passait dans mon dos et j’avais interviewé plus d’une quinzaine de femmes ce jour-là. J’avais les chiffres de la police aussi. Tout se passait très bien. C’était ça la réalité, pas mon cas isolé."

Vendredi, Caroline Hick est retournée sur le terrain, en France, pour couvrir le match des Diables rouges. "Ce n’est pas moi qui étais au contact des supporters mais un collègue masculin. Je m’occupais plutôt des reportages autour de l’événement , indique la journaliste. C’est bien dommage d’en arriver là mais je pense que ce n’est pas seulement dans les contextes de foot que ce genre d’individus passe à l’action. C’est arrivé à des collègues dans des carnavals, des manifestations,… Il y a des hommes qui ne savent pas se tenir."

En 2008 déjà, Christine Lenaerts avait été victime d’attouchements lors d’un direct à Mons. "La RTBF était allée jusqu’au bout pour obtenir condamnation , rappelle Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’info à la RTBF. Nous avons obtenu gain de cause et les intéressés ont même été licenciés."

"L’humain prime"

Désormais, la RTBF a renforcé les conditions de sécurité autour de l’ensemble de ses journalistes sur le terrain. "Depuis la Coupe du monde 2014, on se pose effectivement beaucoup de question non seulement sur la sécurité de nos journalistes, hommes ou femmes, mais aussi sur le contrôle éditorial de tels directs , poursuit Jean-Pierre Jacqmin. Il y a de plus en plus de débordements. Et on se rend compte qu’on ne donne plus le récit d’un événement mais qu’on le fabrique car il s’est développé une forme de jeu où les gens se sentent obligés de déraper quand ils voient une caméra." Barrières Nadar, présence policière, présentations depuis un lieu excentré, ou en hauteur, etc. "Il a également été rappelé aux cameramen que l’humain primait. Qu’il faut laisser tomber la caméra et rendre immédiatement l’antenne s’ils sentent que leur journaliste est en difficulté" , reprend Esmeralda Labye.

Preuve en est qu’il ne faut jamais hésiter à porter plainte : les deux jeunes femmes ont été particulièrement soutenues par les autorités policières. En Belgique, l’attentat à la pudeur et le viol sont des infractions du Code pénal. L’arsenal législatif a également été renforcé grâce à la loi contre le sexisme dans l’espace public (entrée en vigueur en 2014). Toute personne ayant un comportement ou un geste, en public ou en présence de témoins, visant à considérer une personne comme inférieure ou à la mépriser en raison de son sexe ou encore de la réduire à sa dimension sexuelle, peut être punie. La loi est née suite au reportage de Sofia Peeters, "Femme de la rue", qui a beaucoup fait parler de lui.