"Bureau des légendes" : méthode à toute épreuve

La saison 2 du thriller français débute à 21h sur Be1. Coup d’œil en coulisses. Rencontre.

Karin Tshidimba à Paris
Mathieu Kassovitz (Guillaume Debailly - Nom de code : Malotru)
Mathieu Kassovitz (Guillaume Debailly - Nom de code : Malotru) ©Jessica Forde

En France, Le Bureau des légendesH H H a passé le cap de la saison 2 avec brio. Diffusé en avril sur Canal +, le thriller français s’est vu tresser plusieurs couronnes de laurier. Des critiques élogieuses venant souligner sa pertinence, la qualité de son écriture et de son jeu, en plus de sa rapidité d’exécution. Deux saisons diffusées à une année d’intervalle, cela relève de l’exception (et de l’exploit) dans l’Hexagone. Coup d’œil sur les trois ingrédients qui ont façonné ce succès.

1Par amour des séries. L’enthousiasme du scénariste et réalisateur Eric Rochant n’est pas feint. Il suffit de le voir à l’œuvre auprès de ses comédiens ou en interview. Dès qu’il évoque la genèse de sa série, son regard s’illumine et la narration s’empare de tout son corps. L’exercice de la série, le cinéaste en avait déjà tâté avec la série "Mafiosa", "je me suis jeté à l’eau", se souvient-il. Mais c’est la perspective du "Bureau" qui lui a donné envie de rencontrer le trio KZK à l’œuvre sur "Damages" "pour m’imprégner de leur méthode". "C’est parce que j’aimais les séries que j’ai eu envie d’en faire. J’ai eu une fenêtre de tir après ‘Möbius’, j’en ai profité. Seule la série permet le travail sur la longueur et la profondeur. C’est passionnant de façonner une histoire qui va créer son propre passé, un univers qu’on peut fouiller de façon méticuleuse et soignée." "J’ai réalisé le premier épisode du ‘Bureau’ parce que c’est le plus compliqué : on essuie les plâtres, on expérimente des choix de réalisation et de production." Ses maîtres mots en la matière sont "réalisme, discrétion et grande liberté dans la façon de filmer." Quant au choix des acteurs, il répond à une autre trilogie : "charisme, mystère et personnalité".

2La méthode du tout intégré. "J’ai tout copié des Américains, avoue Eric Rochant tout sourire, qui revendique le titre de "showrunner". Je suis auteur-producteur, je chapeaute l’écriture et je suis aussi responsable de la façon dont la série se fabrique." Son objectif est clair : avoir la main sur toute la chaîne de fabrication et créer une linéarité de production. Pour y arriver, "il a fallu adapter cette méthodologie US et un peu réinventer la roue à la mode française. Il fa llait réussir à condenser le processus de production pour arriver à tenir sur un an. D’où l’obligation de travailler à plusieurs auteurs et réalisateurs. Et l’importance de pouvoir déléguer. I l y a une telle créativité éparse qu’il faut quelqu’un qui assure que tout cela reste bien dans le même cadre. D’où la nécessité de tout rassembler en un seul lieu. Pendant qu’une équipe écrit en bas, je peux aller à la salle de montage et puis passer aussi sur les plateaux." Etre là tout le temps partout, c’est la méthode KZK adaptée à la mode Rochant. "Cela crée aussi une vie de troupe comme au théâtre", témoigne l’acteur Mathieu Kassovitz. Qui dit méthode américaine, dit aussi un autre type de prise de décision, un rôle qui incombait à Canal +. "On pense tout de suite sur plusieurs saisons, pas seulement sur plusieurs épisodes. On voulait copier le rythme américain. On a donc d’emblée programmé la saison 2, ce qui nous a obligés à réagir et à travailler plus vite", explique la chaîne.

3Creuser un sujet qui possède sa propre mythologie. La fascination d’Eric Rochant pour le monde de l’espionnage est connue de longue date. C’est donc sans grande surprise qu’on retrouve ce thème au cœur de sa première série. Un univers où la volonté de réalisme crée une proximité et une identification fortes. "J e voulais parler de gens qui ont suivi une formation spéciale et ont vécu des missions très particulières. Des gens normaux qui sont amenés à mentir tout le temps. Et qui, en même temps, vivent parfois de vraies histoires, avec de vrais sentiments. Comment font-ils pour vivre cela ?" Face à des séries comme "The Americans" ou "Homeland", qui abordent aussi le quotidien des services secrets, il fallait "imposer un univers crédible avec des moyens tout autres, à la française". D’où sa volonté de "montrer des êtres humains obligés de se taire et de souffrir en silence. Ce n’est pas juste un divertissement, c’est interpellant. Nous avons la responsabilité de ne pas être dans le fantasme par rapport à ces gens qui travaillent dans l’ombre." Même si la vie d’une série ne peut exclure le recours à quelques twists dramatiques. Ses rapports avec la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) n’ont pas été simples, reconnaît-il. "On les a eus à l’usure. A chaque rencontre, on a glané plus de détails sur les bureaux et sur leur comportement." Nombre de questions sont restées sans réponse et il leur était interdit de filmer ou de prendre des photos. Le résultat est un "mix entre la réalité et notre imagination".


La saison 2

Précédemment… Dans la saison 1 du "Bureau des légendes", on suivait une triple intrigue imaginée par Eric Rochant : la formation de la jeune recrue Marina Loiseau (Sara Giraudeau) au métier d’agent clandestin, le difficile retour à la vie civile de l’agent Guillaume Debailly, alias Malotru (Mathieu Kassovitz) et l’enquête autour de la disparition de Cyclone, agent infiltré, mystérieusement disparu en Algérie.

Clandestinité et terrorisme. Après une exploration du fonctionnement de la DGSE et de l’organisation du bureau des "légendes" (les agents clandestins) à Paris, la saison 2, qu’on nous promet "explosive", s’attache au travail des agents envoyés sur le terrain. Elle sera donc l’occasion de nombreux allers-retours entre Paris et le Moyen-Orient. On y retrouve notamment Marina, envoyée pour sa première mission clandestine en Iran. Une mission au cours de laquelle il sera beaucoup question de lutte contre le terrorisme…