Une voix québécoise dans la "salle des nouvelles" de la RTBF

Thomas Gerbet, journaliste pour Radio-Canada, remplace Baptiste Hupin sur les ondes de La Première. Le reporter de la RTBF a pris, lui, la route de Montréal. Impressions croisées.

Am.C.
Une voix québécoise dans la "salle des nouvelles" de la RTBF
©Photo News/Twitter/D.R.

Si vous vous branchez sur La Première en ce début juillet et que vous entendez un journaliste à l'accent légèrement québécois, pas de doute, vous venez de tomber sur Thomas Gerbet. Ce reporter de Radio-Canada a intégré pour un mois la rédaction radio du service public. Pendant ce temps-là, Baptiste Hupin, journaliste radio pour la RTBF, a traversé l'Atlantique et passera une partie de l'été à Montréal.

C'est une tradition pour les Radios francophones publiques : proposer à leurs employés de partir en échange dans une rédaction en France, en Suisse, au Canada ou en Belgique. "Je continue à être payé par Radio-Canada. Mais nous avons tout échangé : nos rédactions… et nos logements. Baptiste m'a prêté le sien et s'est installé chez moi", raconte Thomas Gerbet.


Le Franco-Canadien fait temporairement partie de la cellule politique de la RTBF. Si certains dans la rédaction du Boulevard Reyers le surnomment pour l'instant "le stagiaire", il est loin d'être un débutant. Fort de 10 ans d'expérience, Thomas Gerbet officie d'habitude dans "Gravel le matin", l'équivalent de notre "Matin Première". Spécialiste de l'actualité internationale, il était envoyé spécial de Radio-Canada à Bruxelles après les attentats du 22 mars.


Comprendre la Belgique

Le reporter québécois a eu l'occasion de se mettre au travail dès son arrivée début juillet. Il a fait office de correspondant local pour sa maison mère après un rebondissement dans le dossier de l'accord de libre échange entre l'Europe et le Canada. Pour le reste, Thomas Gerbet l'avoue : il doit encore rafraîchir ses connaissances sur notre pays. Surtout la structure de l’État fédéral avec ses communautés, ses régions et ses nombreux parlements…

"Sortir de sa zone de confort"

Au même moment, Baptiste Hupin découvre Montréal en famille. Une occasion pour lui de "sortir d'une certaine zone de confort". "Je suis attaché au Québec. J'y ai fait un échange universitaire en 2006. J'étais retourné quelques fois depuis, notamment en reportage au mois de février à l'occasion d'une visite de Rudy Demotte."


Cet échange est aussi l'occasion de comparer les méthodes de travail… et le vocabulaire. Au Québec, les anglicismes ont mauvaise presse. On parle donc de "salle des nouvelles" pour désigner la rédaction et non pas de "newsroom" comme c'est le cas à la RTBF.

Thomas Gerbet poursuit : "A Radio-Canada il y a un 'affectateur' qui dit aux journalistes où ils doivent aller, et un 'chef de pupitre' dont le rôle est de choisir les sujets qui passeront à l'antenne. Chez nous, Web, radio et télé sont mélangés et font des réunions communes. Pas comme à la RTBF où chaque méda organise sa propre réunion."

Baptiste Hupin reconnaît qu'il a "perdu pas mal de repères". Peu de contacts professionnels sur place, logiciels différents et... clavier qwerty obligatoire. "J'ai parfois l'impression d'être revenu à mes tout premiers pas en journalisme. Je retrouve un vrai trac avant d'aller à l'antenne. Il y a un côté rafraichissant", confie-t-il.

Service public bilingue

Au Québec, où Radio-Canada fait face à des restrictions budgétaires, les journalistes sont beaucoup plus polyvalents. Un même reporter peut travailler en même temps pour la télé, le Web et la radio. Et tout ça aussi bien en français qu'en anglais. Selon Thomas Gerbet, "ça peut arriver qu'on demande à un journaliste de CBC, le service anglophone, de poser aussi une question en français pour alimenter un bulletin de nouvelles francophone."

Autre particularité: le calme qui règne au sein de la "Maison de Radio-Canada", une imposante tour de 25 étages située à l'est de l'île de Montréal. "Cela s'explique en partie parce que les studios TV sont intégrés dans la rédaction, précise Baptiste Hupin. Dans la newsroom de la RTBF il y a toujours de l'animation, un collègue qui raconte la dernière anecdote, un autre qui passe une info à quelqu'un à l'autre bout de la table, un téléphone raccroché un peu trop fort. On travaille... mais plus bruyamment. Tout est plus feutré à Radio-Canada."

Les deux journalistes échangent leurs impressions au travers de "lettres" publiées sur les sites de leurs médias respectifs. Premier épisode à lire en cliquant ici.