Les séries RTBF ont relevé un pari improbable

François Tron, le directeur des antennes TV se félicite du succès des séries belges à l’étranger. Entretien.

Aurélie Moreau
Les séries RTBF ont relevé un pari improbable

Alors que les esprits bouillonnent, avec la rentrée pour horizon, François Tron évoque un bilan "positif" de la saison écoulée. Certes, le Conseil d’administration validera les nouvelles grilles de la RTBF (programmes 2016-2017) dans quelques jours seulement, mais le directeur des antennes TV peut d’ores et déjà se prononcer sur quelques nouveautés.

"Sur l’ensemble de la grille 2015-2016, on a lancé pas mal de nouvelles émissions et dans tous les genres, indique le responsable. ‘Au tableau’, ‘Lieux interdits’, etc. On fait des expériences, on prend des risques qui sont salués par le public. Notre approche doit être éclectique pour répondre aux attentes de tous les publics. De ce point de vue-là, globalement, c’est plutôt une bonne saison. Après, on peut détailler…"

"Les décodeurs" par exemple ?

J’ai lu qu’il s’agissait d’un échec. Pas pour moi. On a tenté une nouvelle expérience de magazine politique. Il y avait une fonction de décodage et de décryptage. Quand on regarde le différentiel de public entre l’émission concurrente et celle-ci, il n’est pas énorme. J’estime qu’on a tenté quelque chose de nouveau. Ça ne correspond pas encore tout à fait à ce que l’on voulait mais on va retravailler tout ça. On a essayé d’occuper des champs plus compliqués, moins concernants, et plus en distance. Il faut trouver la voie moyenne, on ne l’a pas encore trouvée mais on la trouvera. Ça ne s’appellera peut-être plus "Les décodeurs" à la rentrée.

Qui remplacera Florence Hainaut ?

Tant que les grilles ne sont pas validées, je ne peux pas en dire plus. En revanche, on peut souligner que "Le grand cactus" est quand même un grand succès parce qu’on faisait un gros pari. L’idée, c’était d’explorer l’actualité avec un regard très impertinent en alternance avec "69 minutes sans chichis" qui a fait l’une de ses meilleures saisons. On a aussi lancé les "D6bels Music awards" qui a fait plus de 200 000 téléspectateurs sur La Deux. "The Voice" aussi a fait l’une de ses meilleures saisons alors qu’au début, c’était plutôt mal engagé. "Les héros du gazon" aussi, ont été un grand succès. Plusieurs pays sont intéressés par le concept. C’est un format que nous avons co-développé. "Les pigeons", ça fait quatre ans qu’on l’a vendu en France. On n’est plus seulement acheteurs de formats internationaux. C’est aussi une force cette année.

La version française d’"On n’est pas des pigeons" s’arrête la saison prochaine, non ?

Oui, mais ils vont peut-être le prendre ailleurs que sur France Télévisions. On a vendu "Sans chichis" en France aussi. "Libre échange" est diffusé sur la chaîne parlementaire. On est donc aussi dans une dynamique de rayonnement. On est sur le marché belge mais petit à petit, on acquiert des savoir-faire qui s’exportent. Nos trois chaînes ont plutôt bien réussi puisque nous sommes à 25,6 % de parts de marché. Ce qui fait de la RTBF le leader en Belgique. C’est historique. C’est que notre stratégie fonctionne. Il y a indéniablement l’Euro 2016 qui a joué mais on n’aurait jamais atteint ce niveau-là si l’ensemble de la grille n’avait pas été aussi performant. On a déjà eu des Coupes du monde et des Euro auparavant mais on n’était jamais passé devant RTL. Il faut saluer aussi le travail collectif sur la couverture des événements. Sur les attentats notamment, à travers l’information, ça a permis de montrer qu’on était dans une dynamique de couverture et de distance, et ça a révélé aussi des jeunes talents, une nouvelle génération de journalistes. Ils ont couvert de manière calme et sereine des événements quand même catastrophiques.

Et du côté des fictions ?

Elles ont très bien fonctionné. Je ne peux pas dire mieux. J’étais à Fontainebleau au festival Série Series. "Unité 42" est déjà préachetée. Souvent, les Belges prennent les Français pour modèle en télévision. Ici, c’était l’inverse… J’ai eu des contacts avec les Allemands, les Suédois. Tout le monde dit qu’on a réussi quelque chose d’inimaginable. J’espère qu’on va continuer sur cette lancée. Le travail collectif qu’on a mené avec les auteurs, les réalisateurs, la Fédération Wallonie-Bruxelles, est extraordinaire. On est parti d’une feuille blanche et deux ans après, on est dans un système américain. Aux Etats-Unis, les grands studios produisent des séries ou des films et ont amorti leurs dépenses sur leur marché domestique et le reste, plus ou moins 60 % des recettes, proviennent du marché étranger. En Belgique, on a inventé un modèle qui est le même. En gros, par les investissements qu’on a consentis, on a amorti le budget sur notre marché domestique et aujourd’hui, les séries sont vendues dans le monde entier. "La Trêve" et "Ennemi public" ont été achetées par l’Angleterre, la France, le Nord de l’Europe, l’Allemagne. Des pays d’Amérique du Sud sont intéressés. Vous n’imaginez pas, c’était improbable.

RTL parle d’ailleurs de concurrence déloyale à ce sujet…

RTL n’avait qu’à prendre des risques, comme nous. La Fédération Wallonie-Bruxelles et la RTBF, ce sont des investissements en Belgique, pas au Luxembourg.


La réforme culturelle est en marche

Suite… et fin ? Cette année, s’est également achevée la grande réforme culturelle entamée il y a deux ans, suite à la suppression de l’émission "50°Nord". "On a eu ‘L’invitation’ qui fonctionne très bien. Et qui va continuer, reprend le directeur des antennes TV, François Tron. On a aussi lancé ‘C’est Cult’ qui continuera, ‘La cité du livre’, ‘Coupé au montage’, ‘Sensations’, ‘Jeune soliste, grand destin’, ‘Je sais pas vous’. On a diffusé Fabrice Murgia en primetime sur La Une et du théâtre populaire. Le Concours Reine Elisabeth a par ailleurs réalisé ses meilleurs résultats d’audiences depuis sa diffusion en télévision."

Les autres magazines Dernière pierre à l’édifice : le chantier "Noms de dieux". Depuis le départ à la retraite (fin 2015) d’Edmond Blattchen, l’émission philosophique se cherchait un nouveau capitaine. Un temps pressentie (par la direction TV) pour prendre la relève, l’animatrice de Musiq’3 Pascale Seys cédera finalement la présentation de la nouvelle mouture à Caroline Veyt. Rebaptisé "Les sentinelles", le magazine mensuel - axé sur le débat d’idées - reviendra dès la rentrée. "Voisins, voisines", la vitrine de l’éducation permanente à la RTBF a en revanche cédé sa place à des émissions produites par les télévisions locales. "Le banquet", enfin, jeu de piste culinaire un temps pressenti pour revenir sur les écrans, retourne dans les cartons. Les tests effectués cette année, ne se seraient pas avérés concluants.