Bol d’oxygène pour séries belges

Les budgets investis ont été revus à la hausse. "La Trêve" et "Ennemi public" respirent…

Tshidimba Karin
Bol d’oxygène pour séries belges
©Hélicotronc

En arrivant ce lundi à la RTBF, Sylvie Coquart-Morel, nouvelle responsable Fiction, a trouvé sur son bureau une pile de projets de séries à éplucher, encadrer, encourager… Mais elle a aussi, d’emblée, une belle épine hors du pied. Juste avant son entrée en fonction, la délicate question des budgets à allouer aux productions des séries belges a enfin été tranchée.

Si la part investie par la RTBF et la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) ne varie pas, en revanche, celle d’autres investisseurs (Proximus, Tax Shelter, Wallimage, etc.) a été revue à la hausse, offrant à tous les producteurs en lice un bon bol d’air (potentiel).

Longues négociations

L’accord, rendu public en fin de semaine dernière, est l’aboutissement d’un long processus de négociations. Après le succès des séries belges - dans les audiences et sur le marché international (ventes à France 2, la TSR ou la VRT pour "La Trêve"; vente à la VRT pour "Ennemi public") - on pouvait croire que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais il n’en était rien.

Réalisées dans des conditions financières extrêmement serrées, les nouvelles séries belges avaient occasionné de nombreux grincements de dents du côté des producteurs, des acteurs, des techniciens et des scénaristes impliqués. Si bien qu’au moment de sceller la mise en chantier des saisons 2, l’enthousiasme n’était pas du tout de mise.

En décidant de remonter les plafonds des budgets de production à hauteur de 275 000 € par épisode pour la saison 1 et à 330 000 € par épisode pour la saison 2, la RTBF et la Fédération Wallonie-Bruxelles ont suivi les demandes adressées par les équipes de "La Trêve" et d’"Ennemi public". Le texte prévoit d’ailleurs que ces plafonds puissent encore être relevés de 20 % (pour une saison 1) et 30 % (pour une saison 2) au maximum, pour autant que cela soit justifié, dans le devis, par l’un ou plusieurs des éléments suivants : l’expérience des talents attachés au projet (réalisateur, comédiens…), le nombre de jours de tournage par épisode, le budget des décors et costumes, ou le budget des effets spéciaux.

Une étape décisive

"C’est une première étape et elle est importante parce que cela nous montre que les choses évoluent dans le bon sens. Cela va nous permettre d’envisager la saison 2 dans des bonnes conditions, souligne Anthony Rey, producteur de "La Trêve". Dans les faits, notre budget fixé entre 2 et 2,5 millions pourra grimper jusqu’à 4,290 millions au maximum. Ce n’est pas le jackpot, mais cela va permettre que tout le monde soit payé décemment. On avait fait l’exercice avec le producteur d’‘Ennemi public’ (François Touwaide, NdlR) et la projection sur la saison 1 en payant tout le monde correctement et en ajoutant un jour de tournage en plus par épisode - ce qui n’est tout de même pas énorme - nous amenait à un budget entre 4,3 et 4,5 millions d’euros. On est donc dans les clous, tout en conservant le caractère ‘home made’ cher à la RTBF et à nous tous aussi."

"Au fur et à mesure que les projets se sont montés, on en a parlé ensemble. Je dois encore parler de tout cela avec d’autres producteurs (parmi les 15 projets actuellement en production à la RTBF, NdlR). On se rencontre aussi au sein de l’Union francophone des producteurs de films (UPFF) qui rassemble les producteurs de courts et longs métrages, de documentaires et aujourd’hui aussi de séries."

Un cadre artistique plus souple

Concrètement, les producteurs souhaiteraient encore un peu plus de souplesse. "On se prononce pour un déplafonnement total tout en gardant le cadre des séries belges. Il ne faut pas que ce fonds reste statique, on souhaite que l’on réfléchisse à la possibilité d’ouvrir les formats : que ce ne soit pas forcément 10 épisodes ou uniquement du 52 minutes. Mais ces négociations devront forcément se mener pas à pas", concède Anthony Rey.

"On a lâché du lest parce qu’on s’est rendu compte qu’on avait été trop stricts, concède, à son tour, Jeanne Brunfaut de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce cadre visait avant tout à assurer que cela reste des productions ‘bien de chez nous’ afin d’éviter la mainmise ou une participation étrangère trop importante", rappelle-t-elle.

Ces bonnes nouvelles tombent à point nommé pour accueillir les 15 nouveaux postulants qui ont rendu leur dossier fin août et espèrent faire partie du nouveau train de séries belges. Verdict attendu ce vendredi.Karin Tshidimba