Karim Rissouli, un journalisme politique cash

On sait que Karim Rissouli a repris "C politique" sur France 5, diffusé avant "C polémique" de Bruce Toussaint. Mais saviez-vous que dans cette nouvelle émission les politiques ne sont "pas au centre du jeu" ?

Caroline Gourdin, Correspondante à Paris
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©FTV

La saison dernière, il n’hésitait pas à chatouiller les politiques sur le plateau de "Des paroles et des actes", en relayant les propos tenus sur les réseaux sociaux. Depuis la rentrée, Karim Rissouli conserve sa place sur France 2, un jeudi sur deux en prime, dans L’Emission politique, présentée par David Pujadas et Léa Salamé.

Cette fois, le journaliste place les invités politiques face aux interrogations de citoyens. Et surtout, remplace Caroline Roux à la barre de C politique , qui propose une lecture décalée de l’actualité de la semaine, sur France 5, le dimanche à 18h35.

Avez-vous la sensation d’incarner une nouvelle génération de journalistes politiques, qui ose le second degré ?

J’en fais partie. J’ai envie de parler de politique sans ressembler aux hommes politiques. Les anciennes générations avaient tendance à être dans un mimétisme avec les hommes politiques. Jusqu’à la question vestimentaire. La politique me passionne, j’y crois, mais j’ai envie d’en parler simplement et librement. Comme d’autres journalistes de ma génération, telle Léa Salamé, je veux casser les codes trop conventionnels de ce journalisme politique un peu froid, solennel, institutionnel. Je veux parler politique à la télé comme j’en parle au bureau, au café, avec mes amis, pour essayer de réintéresser les gens à la politique.

Vous êtes moins sous les projecteurs que Léa Salamé, qui a pu exprimer sa subjectivité chez Laurent Ruquier.

Nous n’avons pas la même fonction, ni la même personnalité. Pour parler de moi, et pas d’elle, je me considère comme un passeur. Mon rôle n’est pas de dire aux gens ce qu’ils doivent penser. Nous essayons dans "C politique" de produire de l’information à partir de la matière politique, d’enquêter, de donner des clés de pédagogie. L’invité politique n’est pas au centre du jeu. Si nous en recevons, ils viendront disserter sur l’actualité politique de la semaine, mais l’émission ne tournera pas autour d’eux.

Ce qui permet de sortir de cette révérence où le politique déroule son discours.

Il y a chaque semaine 90 interviews politiques en France, si on compte toutes les matinales en radio, télévision, et les émissions politiques. Ce qui fait notre originalité, c’est de parler des politiques sans forcément les avoir en plateau. Nous préférons avoir un historien, un spécialiste de la communication politique… qui décryptent l’actu politique de la semaine. Nous avons reçu Laurence Parisot, qui fait de la politique sans en être une professionnelle, ce qui rend sa parole intéressante et libre. France 5 propose une offre complémentaire sur France Télévisions, par rapport à "L’Emission politique" sur France 2, où l’invité politique est au centre du dispositif.

Sur France 2, vous mettez les invités face à des représentants de la société civile, des syndicalistes, des militants… Peut-il y avoir un vrai échange ?

Quand un policier expliquait à Arnaud Montebourg pourquoi sa proposition de revenir au service national obligatoire pouvait être compliquée sur le terrain, ce dernier semblait reconnaître qu’il y avait peut-être des failles dans son dispositif. Face à Alain Juppé, le 6 octobre, nous allons choisir trois thématiques ou propositions et essayer de trouver les Français qui pourront challenger ses idées, sans essayer de le faire changer d’avis, ce qui n’est pas le but. Mais c’est toujours un défi. Après le fiasco de Chirac face à des jeunes, TF1 et France 2 ont longtemps cherché la formule.

Ne risque-t-on pas de décrédibiliser les politiques quand on les met à l’épreuve du réel, avec une pointe d’humour ?

J’y fais très attention. Il y a du second degré, parfois un peu d’humeur et d’humour dans "C politique", mais nous essayons de ne pas tomber dans la dérision. Si Luc Hermann décortique leurs plans de communication, il ne les tourne pas en ridicule. Quand Laurence Parisot dénonce l’asphyxie politique, elle nous parle aussi des politiques en qui elle croit. Notre ambition n’est pas de dissuader les gens d’aller voter.

Quels sont vos prochains invités ?

Michel Onfray est notre invité fil rouge ce dimanche. Et nous recevons des acteurs de la société civile qui, par leur engagement sur le terrain, font de la politique. Comme le maire de Grande-Synthe qui montre, avec ses abris pour les migrants, qu’une autre politique est possible pour leur intégration. J’aimerais aussi faire venir des artistes engagés. Les artistes en France sont frileux quand il s’agit de parler de politique, mais dans le débat présidentiel, cela peut être intéressant d’entendre un Vincent Lindon. C’est un acteur et un citoyen engagé et ses films sont politiques.

Vous êtes quelqu’un d’engagé ?

Je suis engagé sur des valeurs. J’accueille des migrants chez moi. Et je suis toujours membre de l’association Al Kamandjati, qui permet à 500 enfants d’étudier dans des écoles de musique en Palestine. C’est un engagement dont je suis fier, mais ce n’est pas une position politique. Et je m’interdis de voter aux primaires, parce que c’est bien, en tant que journaliste politique, de rester à distance.


Des audiences fluctuantes

Le 22 septembre, 1,94 million de téléspectateurs suivaient la prestation d’Arnaud Montebourg, invité de "L’Emission politique" sur France 2 (pour 8,9 % de part d’audience), un score moyen en prime time. " Pas loin de 2 millions de téléspectateurs pour suivre Arnaud Montebourg pendant deux heures, c’est déjà pas mal. Ce qui prouve que les Français ne se désintéressent pas tout à fait de la chose publique " , tempère Karim Rissouli, qui intervient dans cette émission coprésentée par Léa Salamé et David Pujadas, carte blanche étant donnée par ailleurs à l’intrépide Charline Vanhoenacker en fin d’émission.

Pour la première émission de la saison, le 15 septembre, notons que Nicolas Sarkozy parvenait tout de même à réunir 2,7 millions de curieux sur France 2 (pour 12,6 % de PDA). Mieux que Marine Le Pen, qui attirait sur TF1, le 11 septembre, 2,3 millions de téléspectateurs, sur le plateau de "Vie politique" en alternance avec "Sept à huit", le dimanche à 17h25. Contre 1,5 million en moyenne pour les précédents rendez-vous animés par Gilles Bouleau.

Les audiences sont plus confidentielles sur France 5, avec 445 000 téléspectateurs pour "C politique" dimanche dernier, en progression par rapport à la première (429 000 pour 2,6 % de PDA). Des scores encourageants dans une case qui précédemment, affichait une audience moyenne de 381 000 téléspectateurs (pour 1,9 % de PDA). " La chaîne est contente, on va s’installer progressivement, je suis confiant ", assure Karim Rissouli.

Bruce Toussaint rassemblait, lui, 413 000 curieux à 19h45 (contre 220 000 la saison précédente). Alors que l’offre politique s’avère particulièrement riche en cette saison de primaires et d’élection présidentielle, même C8 propose depuis le 18 septembre un rendez-vous animé par Laurence Ferrari, "Punchline". Et Karine Le Marchand quittera un moment "L’amour est dans le pré" sur M6 pour présenter dès octobre des portraits de personnalités politiques dans le cadre de la collection "Une ambition intime".