Bras de fer entre Bolloré et les journalistes d’iTélé

Grève reconduite à iTélé et suspension de l’émission de Jean-Marc Morandini.

Virginie Roussel, correspondante à Paris
Employees on strike answer reporters as they gather in front of the ITele television channel headquarters in Paris, Monday, Oct. 24, 2016. The staff of French news network I-Tele are on strike for one week to protest management's refusal to suspend high-profile broadcast personality Jean-Marc Morandini after he was given preliminary charges of corrupting minors. Morandini, who denies wrongdoing, has been accused of sexual abusing young men during casting calls. (AP Photo/Francois Mori)
Employees on strike answer reporters as they gather in front of the ITele television channel headquarters in Paris, Monday, Oct. 24, 2016. The staff of French news network I-Tele are on strike for one week to protest management's refusal to suspend high-profile broadcast personality Jean-Marc Morandini after he was given preliminary charges of corrupting minors. Morandini, who denies wrongdoing, has been accused of sexual abusing young men during casting calls. (AP Photo/Francois Mori) ©AP

La grève à iTélé a été votée jusqu’à aujourd’hui 11h30. Hier, 114 voix (2 contre et 17 abstentions) décidaient de la reconduction d’un mouvement qui dure depuis l’arrivée de Jean-Marc Morandini sur la chaîne. "C’est un élément déclencheur, mais le malaise est plus large que ça", nous assurait hier soir le président de la société des journalistes d’iTélé, Antoine Genton. Un mouvement de colère et de crainte historique dans la vie de la chaîne qui compte un peu moins de 200 journalistes. Entre juin et octobre, la rédaction a voté deux motions de défiance contre la direction d’iTélé et a mené deux grèves. La première, qui a duré quatre jours, et celle-ci, depuis huit jours. Un malaise très profond qui a commencé à naître il y a un an quand la nouvelle direction a été mise en place par Vincent Bolloré.

Double jeu ?

"Le discours était plutôt positif. La direction nous disait qu’iTélé était une chaîne importante pour Canal + et pour le groupe Vivendi. Vincent Bolloré nous a expliqué que quand une entreprise va mal, pour la redresser, il faut investir. Que c’était sa manière de faire. Qu’il avait un super projet pour nous. Que les meilleures idées venaient de la base, qu’il fallait proposer des choses. C’est ce qu’on a fait pendant quelques semaines. Des propositions restées lettre morte. Et quelques mois plus tard, changement de discours avec l’obligation de faire des économies. On a perdu pas mal de moyens et une quarantaine de postes en juin. C’est pour ça que la grève a été menée", détaille un journaliste.

Nouvelle stratégie ?

La chaîne d’information continue devrait s’appuyer sur les atouts du groupe Vivendi et Canal + : le sport, le cinéma, la culture internationale. Eric Zemmour et les frères Bogdanov ont été pressentis pour travailler sur la chaîne. Mais le seul marqueur, pour le moment, c’est Jean-Marc Morandini, en pleine tourmente avec la justice et les médias. Son magazine, le "Morandini Live" est suspendu depuis hier pour des raisons "opérationnelles". "En réalité, les techniciens extérieurs qui assuraient la réalisation de l’émission la semaine dernière sont en vacances", murmure une source proche du dossier.

Défiance des journalistes

Les journalistes qui ont manifesté leur refus de voir venir Morandini au sein de la chaîne ont été invités à partir. Olivier Ravanello, spécialiste des questions internationales, a quitté iTélé, vendredi dernier. Mais le président de la société des journalistes alerte. "On peut faire jouer une clause de conscience, mais elle nous a été présentée comme hors du cadre légal strict dans une lettre envoyée aux journalistes d’iTélé par la direction. Cette manière de poser la clause soulève beaucoup de problèmes juridiques. Le texte légal prévoit une indemnité versée au titre de la clause de conscience non imposable et donne droit à des indemnités de chômage. Des avocats nous ont alertés. Hors du cadre légal strict, les Assedic ou les impôts peuvent nous réclamer de l’argent."

Des journalistes qui s’étonnent aussi des méthodes assez brutales comme ce déménagement express, durant le week-end, de la direction de Direct Matin (propriété de Vincent Bolloré) dans les locaux occupés par iTélé avec des affaires personnelles de journalistes mises dans une benne à ordures.

C’est Vincent Bolloré, qui, en septembre 2015, avait nommé Virginie Chomicki, directrice adjointe d’iTélé en charge de la mise en place et du développement de CNews. "Plus d’un an après, CNews n’est toujours pas lancée et le projet n’est toujours pas clair, confirme un journaliste de l’antenne. Officiellement, la chaîne n’est pas à vendre, mais les journalistes ne savent pas très bien la direction prise. Les difficultés financières étaient déjà là, mais on n’avait pas d’inquiétude sur l’indépendance et sur la rigueur du travail journalistique. Aujourd’hui, on en a".