ONPC: pour la ministre française de l'Habitat, le mur de Calais n'a rien à voir avec les migrants

Nicolas Lowyck

Ancienne tête de liste d'Europe-Ecologie Les verts (EELV), Emmanuelle Cosse, ministre française de l'Habitat et du Logement durable, peut se targuer d'un parcours atypique. Son parti évincé de l'échiquier politique pour ses irréconciliabilités internes, elle est appelée en février 2016 par Hollande pour relever le défi du logement dans un ultime remaniement.

Chez EELV, on lui a gentiment demandé de remettre son badge vert: en France, les gauches socialiste et écologiste sont traditionnellement rivales.

Hier soir, lors de son passage dans le talk-show On n'est pas couché, elle a été cuisinée durant 40 minutes... et s'est défendue corps et âme sur tous les sujets qu'elle pouvait craindre.

Les chroniqueurs Vanessa Burggraf et Yann Moix abordent, un à un, les dossiers les plus pénibles: le manque de diversité dans certains quartiers français? La ministre rappelle l'objectif en ligne de mire: un ratio de 25% de logements sociaux dans chaque commune. Sa grande trahison politique: son poste de ministre? "Je suis de ceux qui agissent", rétorque-t-elle.

Son conjoint, le politique Denis Baupain, accusé par plusieurs femmes d'harcèlement sexuel et d'attouchements? Yann Moix entame la discussion avec un manque criant de tact, mais Cosse reste impassible: "C'est devant la justice que ça se règle". Nicolas Bedos prend sa défense et rappelle qu'elle est la première victime de ces allégations.


La relocalisation des migrants de Calais? Cosse continue le sans-faute communicationnel en rappellant la bonne volonté du gouvernement. L'exécutif n'a-t-il justement pas attendu que la situation dégénère sur place, jusqu'au "traffic sexuel" en plein bidonville? Au terme de ce chapitre, Cosse rappelle que 6.000 migrants ont été pris en charge avant le démantèlement. D'accord.

Revoir les accords du Touquet

Mais un com'-faux pas est passé inaperçu. Pourtant, il est de taille. Vanessa Burggraf pose la question-pilier du débat: "Pourquoi ne revoit-on pas les accords du Touquet", accords fignolés sous Sarkozy et qui jettent la frontière de l'espace Schengen non pas en plein milieu de la Manche, mais du côté français? "Pourquoi la France reste le bras armé du Royaume-Uni? Pourquoi la France fait-elle le sale boulot?" continue la journaliste.

"Arrêtons de dire que ces personnes veulent aller en Angleterre", répond la ministre, qui rappelle s'être rendue à plusieurs reprises au coeur des baraquements de Calais. "Ces gens ont eu un seul projet, c'est de sauver leur peau." Jusque-là, on la suit. Burggraf objecte en relevant que "ceux qui sont à Calais veulent se rendre en Grande-Bretagne". Pas tous, mais la majorité, avouons-le.

Jusqu'à toucher la corde sensible: le mur érigé en ce moment par le gouvernement français, avec des subsides britanniques. "C'est le premier mur construit en Europe depuis le mur de Berlin", rappelle Burggraf (à 14min30). "C'est le port de Calais qui a demandé ce mur", objecte Cosse. "Ce mur a été construit pour sécuriser les voies ferroviaires parce qu'il y a eu plusieurs personnes mortes écrasées sur ces voies. Vous voulez m'interroger sur le symbole des murs? Oui, ça me dérange".

Le mur de Calais n'aurait donc comme unique utilité de sécuriser les voies ferrées. Ce dernier coup de com' convainc beaucoup moins. Burggraf n'est pas dupe: "[Vous savez que] symboliquement, c'est très fort de construire un mur." Jamais, la ministre n'opérera de lien direct entre le mur et les migrants, rappellant que le gouvernement n'a qu'une idée en tête: "assurer un avenir à ces personnes". Difficile, en effet, de critiquer une mesure tout en étant dans la majorité, surtout quand on sait qu'Emmanuelle Cosse voguait à contre-courant de ses comparses lors des dernières grandes polémiques: la déchéance de nationalité? Elle n'en voulait pas. Le 49/3? Non plus.