En immersion discrète au 16 rue de la Loi

"De 16", produite par la VRT, explore la vie dans les cabinets politiques. Be1 20h30.

Entretien Karin Tshidimba
"DE 16", komedie-drama-reeks, een fictief "leven-zoals-het-is’ op het kabinet van de vice premier en minister van Begroting van de federale regering. Regie Willem Wallyn, productie Luna Films voor Canvas / © Eric de Mildt. All rights reserved
"DE 16", komedie-drama-reeks, een fictief "leven-zoals-het-is’ op het kabinet van de vice premier en minister van Begroting van de federale regering. Regie Willem Wallyn, productie Luna Films voor Canvas / © Eric de Mildt. All rights reserved ©© Luna Films, Canvas © Eric de

Scénariste et professeur, Willem Wallijn a eu l’occasion de tester de nombreux styles de séries. "Script doctor" en Belgique et en France (sur des séries comme "Bevergem" ou "Beau Séjour"), il a l’habitude d’intervenir sur les scénarios d’autres auteurs. Un rôle périlleux qui consiste le plus souvent à faire des coupes sévères ou des corrections "dans les textes des autres". Peu de séries en Flandre ne sont pas passées sous son couperet.

Elevé dans un cabinet

"C’est en tant que script doctor que Wouter Verschelden (ex-journaliste du Standaard, NdlR) est venu me voir avec l’idée de ‘De 16’ mais je ne pouvais pas travailler sur cette série car j’avais une vision personnelle de cette histoire. Je lui ai dit : la seule chose que je peux faire, c’est prendre ton idée et l’écrire moi-même. Et je veux écrire seul de peur que mon idée soit diluée." Il faut dire que Willem Wallijn est tombé dans la politique belge quand il était tout petit…

"La vision de Wouter était celle d’un journaliste alors que moi, je connais bien les cabinets de l’intérieur. Il y avait cette couche qui manquait et il voulait que cela devienne une série. Wouter était d’accord pour dire qu’il n’était pas scénariste. Et moi j’avais besoin de lui car il connaît bien tout ce qui se passe sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, on ne peut plus imaginer une série sans cette composante."

Willem Wallijn a donc écrit des mini-épisodes spécifiques pour certains sites ("Het belang van Limburg", "Studio Brussel", etc.) "Avec l’équipe, on a pu improviser sur des thèmes qu’on n’avait pas la place de mettre dans la série."

La politique : un duel verbal avant tout

Cette série politique est une expérience unique. "J’ai écrit très vite : en six semaines. La dernière version du scénario date de septembre 2015." Le dossier a été introduit au VAF en novembre, les aides sont tombées en mars mais entre-temps, Wallijn avait déjà reçu le feu vert de la VRT et du Tax Shelter.

"J’ai pris le risque de tourner en février car Jan (Hammenecker, NdlR) n’était libre qu’à ce moment-là. Pour la première fois de sa vie, il doit parler très rapidement. Il s’est entraîné à le faire. Dans ce monde-là, on parle énormément. L’idée de départ est que chaque scène est un duel et l’arme, c’est la langue. Cela m’a guidé dans l’écriture. Et cela a représenté un beau défi pour Jan car j’ai fait beaucoup de plans séquences assez longs" représentant jusqu’à 8 minutes de dialogues…

Sur la question du ton utilisé, il y a eu débat. "Wouter voulait que ce soit plutôt du ‘West Wing’ ou ‘C’est arrivé près de chez vous’ version 2015 et je voulais me rapprocher de la patte de ‘The Office’. De ma part, c’était aussi une petite attaque contre la presse. Car tout ce qu’ils font dans les cabinets, c’est pour être dans la presse ou pour lui plaire. J’ai assisté à des réunions ‘tweets du matin’ dont le but est celui-là. Les dilemmes de ‘The West Wing’ ne correspondent pas à la vie d’un cabinet. Tout est de l’improvisation, on règle les problèmes à mesure qu’ils se présentent, cela donne lieu à plus de comédie et c’est très réaliste."

La preuve ? "Lorsqu’on a présenté la série au Parlement, on a pu voir que les politiques et leurs assistants se reconnaissaient dans les situations montrées car ils en riaient. Les journalistes politiques flamands ont bien aimé, ils savent que j’ai beaucoup de respect pour la politique car ma famille y est très impliquée. Ce n’est pas une vengeance, je connais bien le milieu donc je peux en rire. En même temps, on voulait éviter de sombrer dans le compromis car le public n’aime pas les séries tièdes ou ‘fast food’ qui ne prennent pas parti. J’ai fait mon plat à moi et personne n’est intervenu. C’était la première fois."

Cette liberté peut effrayer… "Canvas avait peur mais ils avaient très envie de le faire. Ils avaient lu un épisode et la bible. Je leur avais dit que je ne voulais pas trop d’argent pour rester libre, justement."

Liberté sur la forme et sur le fond

D’où le choix de tourner entièrement avec un iPhone. "Je voulais que l’image soit belle quand ils mentent et qu’elle soit chaotique dans le réel. Enfin, ça, c’est la réflexion sur la forme : la façon de filmer l’équipe qui filme le ministre. C’est le méta sur méta sur méta sur méta."

Une liberté qui passait aussi par le choix d’acteurs peu connus ou inconnus, venus principalement du théâtre afin de former une véritable troupe "où chacun, au fil des 28 jours de tournage, apporte son feedback". Une liberté poussée jusque dans le format des épisodes : certains font 30 minutes et d’autres 42…

Sa plus grande satisfaction est la diffusion côté francophone. "Quand le radar de Be TV a fait bip sur ma série, ça a vraiment fait du bien car on ne travaille plus dans un petit coin, on entre dans l’arène belge. Je suis bruxellois et je sais comme c’est difficile pour des francophones d’aller vers une série flamande qui n’est pas doublée et qui parle de politique. Mais Be TV a insisté et m’a envoyé un contrat dans les 24h. Ça a rendu fière toute l’équipe."


Négociations en coulisses

Charles Van Praet (Jan Hammenecker) surnommé "le bulldozer" est envoyé au cabinet du vice-Premier Steven Kennis (Michael De Cock) pour y remettre bon ordre. Il faut dire que l’équipe de Kennis ne brille pas par son efficacité ou son sens des priorités. Or le pouvoir ne se conquiert pas sur un coup de chance ou un coup de poker. Entre le chef de cabinet, Alain Pieters (Dries Heyneman) champion des entourloupes et des heures de récup et la secrétaire Denise Van Steen (Isabelle Van Hecke) plutôt psychorigide, la ligne de conduite est loin d’être claire… La dernière trouvaille de Kennis, pour se rapprocher du citoyen, a été d’inviter une équipe de la VRT à le suivre au quotidien. Mais il pourrait bien s’en mordre les doigts car entre remarques acerbes, coulisses pas si reluisantes et actions obscures, il n’est pas sûr que cette initiative donnera l’image escomptée de son cabinet en charge du budget.

Tourné à la façon d’un documen- taire en immersion, "De 16" partage, avec "The Office", cette attention portée sur le quotidien le moins glamour (banalité de la vie de bureau, longs couloirs déserts, discussion d’états-majors paniqués et négociations sur les jours de congé) et forcément le plus drôle, loin de la haute mission de service public affichée par certains. Entre "House of cards" et "Veep", la preuve est faite qu’une multitude de genres existe sous le vocable série politique. Du plus idéaliste - l’américaine de "The West Wing" - au plus retors - la française "Baron noir" - en passant par la plus drôle et la plus réaliste ?….