I-Télé est-elle à vendre ?

Virginie Roussel Correspondante à Paris
French protester Jean-Baptiste Redde, aka Voltuan holds a placard reading "I support iTele", outside the Canal+ headquarters in Boulogne-Billancourt, on October 28, 2016, during a strike of the staff of French news channel iTele who protest against the hiring of French presenter Jean-Marc Morandini and demand a new code of ethics to maintain editorial independence. Employees of the TV news channel iTele decided on October 28, 2016 to renew their strike until October 31. / AFP PHOTO / ALAIN JOCARD
French protester Jean-Baptiste Redde, aka Voltuan holds a placard reading "I support iTele", outside the Canal+ headquarters in Boulogne-Billancourt, on October 28, 2016, during a strike of the staff of French news channel iTele who protest against the hiring of French presenter Jean-Marc Morandini and demand a new code of ethics to maintain editorial independence. Employees of the TV news channel iTele decided on October 28, 2016 to renew their strike until October 31. / AFP PHOTO / ALAIN JOCARD ©AFP

"Nous continuons de discuter avec la direction. Ça avance doucement, lentement. Mais le canal est toujours ouvert", nous affirme Antoine Genton, président de la société des journalistes, à l’heure où nous bouclons. Hier, les salariés d’i-Télé ont voté la poursuite de leur grève jusqu’à jeudi midi, par 78 % des voix. Et au dix-huitième jour d’arrêt de travail - du jamais vu sur la chaîne du groupe Canal - i-Télé compte quelques départs fort commentés sur la toile. La veille de la Toussaint, Amandine Bégot annonçait sur son compte Twitter : "Triste de vous quitter mais tellement fière d’avoir été des vôtres ces 7 dernières années. Plus que jamais." La journaliste occupait la case 17-19h, avant l’arrivée de Jean-Marc Morandini et de "Morandini Live", diffusé à 18h. Lequel est suspendu depuis quelques jours. Bruce Toussaint lui répondait : "Voilà, l’une des meilleures présentatrices du PAF quitte… Fier d’avoir travaillé à tes côtés." Le 21 octobre, le journaliste qui traitait l’international, Olivier Ravanello, avait annoncé : "Je quitte ce soir ‘Cas de conscience’. Beaucoup de tristesse et de fierté d’avoir été l’un d’entre eux."

Laurence Ferrari et Audrey Pulvar

Poussée par Christophe Hondelatte à sortir de sa réserve, Laurence Ferrari qui anime "L’invité politique" sur la chaîne d’info continue a fini par déclarer : "Le droit d’information est un droit que je ne me vois pas entraver. A titre personnel, j’estime que je ne peux pas faire grève. […] Mais je respecte complètement le droit de grève. Je suis solidaire de mes confrères." Audrey Pulvar, qui anime le débat de "Dimanche politique", ne s’est toujours pas exprimée.

Bolloré contre Pigasse-Niel-Bergé

Les négociations entre les salariés, les syndicats et la direction portent sur la mise en retrait de Jean-Marc Morandini, sur l’élaboration d’une charte éthique, sur le projet éditorial et sur les conditions de départ des salariés qui voudraient quitter la chaîne. Depuis dix mois, les journalistes appellent de leur vœu cette charte tandis que, parallèlement, la proposition de loi déposée par le député socialiste, Patrick Bloche, sur l’indépendance, la liberté et le pluralisme dans les médias, a été votée début octobre par l’Assemblée nationale. Un comité d’éthique devra être mis en place dans toutes les entreprises de presse et de l’audiovisuel avant le 1er juillet 2017.

Un retour à la normale est-il encore possible ? "Bien sûr, je pense qu’on peut y arriver", réitère le président de la SDJ. Tandis que le journal en ligne "Les Jours" livrait un scoop qui devrait singulièrement compliquer la donne. Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, auteurs de "L’Empire" (cf "Quid" du 10 au 16 septembre 2016) annonçaient que Matthieu Pigasse était prêt à faire une offre de rachat d’i-Télé si Vincent Bolloré mettait la chaîne en vente. "Le banquier d’affaires pourrait postuler soit au nom de LNEI, Les Nouvelles Editions indépendantes, au sein desquelles il détient notamment ‘Les Inrockuptibles’ et ‘Radio Nova’, soit via ‘Le Monde Libre’, la structure où, associé à Xavier Niel et Pierre Bergé, il contrôle le groupe ‘Le Monde’."

Bolloré contre Pigasse-Niel-Bergé, deux groupes de médias qui s’opposent sur le terrain des affaires et sur celui de la politique.