Et la paix désintégra l’URSS

Gilles Milecan
Soviet leader Mikhail Gorbachev and US President Ronald Reagan at the Geneva Summit 1986 World History Archive
Soviet leader Mikhail Gorbachev and US President Ronald Reagan at the Geneva Summit 1986 World History Archive ©Reporters / Photo12

"Gorbatchev-Reagan. Duel au sommet", un épisode à revivre sur La Une à 23h10.

Le 29 janvier 1981, Ronald Reagan est élu président des Etats-Unis. Acteur reconverti dans la politique, il semble aux yeux de nombreux observateurs bien peu expérimenté et fort cavalier. Il s’est fait élire en affirmant un anticommunisme puissant. Une conviction qu’il clame dès son investiture en pointant une Union soviétique qui, selon lui "triche" et "commet des crimes" quand il s’agit de son intérêt. Un discours bien peu diplomatique qui secoue Moscou.

Engagées depuis trente-cinq ans dans la guerre froide, les deux nations n’ont cessé de s’armer, accumulant chacune un arsenal nucléaire auquel la planète ne résisterait probablement pas s’il était utilisé. C’est l’équilibre de la terreur.

La ligne de Reagan est dure. Très dure. Et les exercices militaires grandeur nature qu’il échafaude mettent les dignitaires russes à cran. Leur paranoïa vire à la panique. Ils sont prêts à dégainer, mais pas les premiers.

En 1983, Reagan sort de sa manche le programme IDS : Initiative Défense Stratégique, soit "la guerre des étoiles". Moscou est stupéfié. Une arme capable de désintégrer les missiles russes en vol donnerait aux Américains une supériorité absolue.

Le seul "hic" pour Reagan est son opinion publique, qui le juge va-t-en-guerre, assez fou pour pousser sur le bouton. Mais il veut être réélu et change donc de discours. Alors que les mouvements pacifistes battent le pavé contre l’implantation en Europe de missiles Pershing destinés à contrer les SS20 russes pointés sur l’Europe occidentale, Reagan prononce, dans son discours sur l’état de l’Union de janvier 1984, les mots "dialogue constructif" et "diminution de l’armement nucléaire" .

Mais à qui parler ?

Les numéros un russes tombent, à cette époque, les uns après les autres. Mikhaïl Gorbatchev est la nouvelle option du Politburo. Il écoute le peuple russe et ses problèmes.

Gorbatchev-Reagan. Duel au sommetH H retrace, à grands renforts d’interviews de conseillers, experts et interprètes de l’époque, la manière dont s’est mise en place et déroulée une partie d’échecs pour laquelle le joueur américain disposait de quelques pièces de plus que son adversaire, pourtant donné quasi unanimement gagnant sur le plan intellectuel.

Détaillant coup après coup la partie que se livrent les deux dirigeants, le documentaire démontre que la volonté de paix était un camouflage pour l’un et une nécessité économique pour l’autre. Nécessité qui en occulta une autre, celle d’effrayer les autres nations du bloc soviétique. Car en concédant la paix aux Américains, l’URSS n’impressionna plus personne et ne mit plus que quelques années à partir en fumée.