I-Télé: attente de propositions écrites

Au 23e jour de grève, les discussions achoppent sur les garanties d’indépendance.

Caroline Gourdin,
I-Télé: attente de propositions écrites
©AP

Privée de direct pour "La Nuit américaine", suite à une décision de la direction d’i-Télé, Laurence Haïm, correspondante à la Maison-Blanche, a dû se contenter de relayer les élections présidentielles sur son compte Twitter personnel, "Les gens d’i-Télé comme moi sommes à bout, physiquement et psychologiquement. Mais c’est très important qu’on ne désarme pas et qu’on fasse jusqu’au bout notre métier", a-t-elle lancé mardi sur France Inter.

"C’est la mort dans l’âme que l’on ne travaille pas. Nous ne sommes sur aucun des terrains de l’actualité en ce moment ! Mais la responsabilité en incombe à la direction d’i-Télé, qui a pris beaucoup trop de temps pour acter de l’urgence de sortir de cette crise. Si elle nous avait remis des propositions écrites plus tôt, on aurait pu travailler dessus", déplore Guillaume Auda. Grand reporter, travaillant en particulier au Proche et Moyen-Orient, il a dû renoncer à trois semaines de reportage aux Etats-Unis.

Social vs éditorial

Guillaume Auda est aussi un des porte-parole du mouvement de grève qui mobilise la rédaction et les salariés d’i-Télé depuis 23 jours. Alors que la grève a été reconduite mardi midi pour 24h (à plus de 80 % des voix de la rédaction), le journaliste expliquait hier que les grévistes devaient recevoir dans la soirée des "propositions écrites" de la direction de la chaîne d’info en continu (filiale du groupe Canal +). "Nous voterons ce mercredi en assemblée générale sur base de ce texte, et cela nous engagera dans la suite ou la fin de ce mouvement. Sans pouvoir détailler ces propositions sur lesquelles nous discutons depuis plusieurs jours avec la direction, il y a deux volets : un éditorial et un social. Alors que nous nous battons pour rester à i-Télé dans les meilleures conditions sur le plan éditorial, la direction nous entraîne toujours sur le terrain social. Ce n’est pas ce qui nous intéresse !"

Médiation sociale

Ce lundi après-midi, des représentants du personnel et des syndicats d’i-Télé étaient reçus par la ministre du Travail et du Dialogue social Myriam El-Khomri. Cette dernière propose une médiation sociale et a convié la direction d’i-Télé pour discuter de ce "conflit inédit dans une entreprise privée".

Mais le soir même, le groupe Vivendi annonçait dans un communiqué laconique "avoir levé le point bloquant majeur pour la SDJ en lui proposant une amélioration des conditions de départ pour ceux qui souhaiteraient quitter l’entreprise". Concrètement, pour les salariés de plus de douze ans d’ancienneté, la direction a proposé de "déplafonner" les indemnités de départ, jusqu’ici limitées à 24 mois.

"Les principaux points de blocage pour la Société des journalistes ne se situent pas sur le plan social, mais éditorial !", insiste Guillaume Auda.

Charte éthique

Le porte-parole rappelle les revendications des salariés de la chaîne : "Nous souhaitons que notre indépendance soit garantie, à l’égard de pressions économiques, politiques et de nos actionnaires, par le biais d’une charte éthique, et par le non-cumul des fonctions entre le directeur général et le directeur de la rédaction pour qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêt entre les questions économiques et de contenu."

Les grévistes demandent aussi que "la direction nous détaille son projet stratégique" pour la future CNews (nouveau nom d’i-Télé), ainsi que le retrait de l’antenne de Jean-Marc Morandini, mis en examen pour corruption de mineurs aggravée.

Les salariés d’i-Télé ont reçu de nombreux soutiens, au nom de l’indépendance de l’information, sur les réseaux sociaux (#jesoutiensiTélé), de la part des sociétés de journalistes d’une vingtaine de rédactions, de Reporters sans frontières (via une pétition sur rsf.org), voire d’élus.

"Nous avons conscience que notre combat résonne dans la sphère publique, et pose la question de l’indépendance, de la rigueur et de la crédibilité d’une rédaction et de ses journalistes dans un univers où les médias sont aux mains d’industriels", conclut Guillaume Auda.Caroline Gourdin, à Paris