Espionnage amoureux version 2.0

Espionnage amoureux version 2.0
Caroline Gourdin Correspondante à Paris

Une websérie aux accents de comédie romantique, à voir sur creative.arte.tv. 

Bertrand et Magalie font un "break" dans leur relation de couple. Il le vit mal et tente de reconquérir sa belle par… Facebook et technologie interposée. Mais ne s’en contente pas. Il a emménagé chez le voisin du dessous, et a découvert que ce dernier espionne ses voisins depuis des années.

Trop tentant. Bertrand va surveiller sa belle (qui a un nouveau colocataire canon), et prétendre faire un tour du monde pour la rendre jalouse. Quiproquos et situations cocasses sont au menu de Il revient quand Bertrand ? H H, websérie en 10x10 minutes, où réel et réalité virtuelle se télescopent en permanence.

Le réalisateur Guillaume Cremonese a pu y mettre sa patte et planche déjà sur la saison 2. "Arte a manifesté son intérêt en 2012 et les scénaristes se sont rapprochés de moi en 2015. On est proche du développement d’une série en 8x52 minutes, alors que nous avons 98 minutes en tout !", note-t-il.

Comment avez-vous procédé pour imbriquer la vie de ceux qui espionnent et de ceux qui sont observés ?

Nous avons d’abord enregistré les scènes qui se déroulent sur l’écran. Et Bertrand pouvait ensuite interagir avec ces images préenregistrées, notamment lors d’une conversation "Skype". On n’avait pas envie de tourner avec des écrans verts. La difficulté a été de faire du montage dans l’image. Avec ces écrans partout, notamment en arrière-plan, ce fut une vraie tannée pour le chef-opérateur. Il fallait garder une ligne claire. Avec 10 minutes utiles par jour à tourner, il a fallu être malin et mettre les moyens là où ils pouvaient être les plus efficaces. Nous avons tourné une semaine dans l’appartement du dessus, et dix jours en studio pour les autres scènes.

Le peu de moyens stimule votre créativité ?

Oui, parce qu’on doit être très efficaces, avec peu de prises et peu d’axes. Alors, on répète avant avec les comédiens. La contrainte de cette série, c’est qu’elle se déroule à huis clos, et je craignais que cela soit étouffant. Il fallait rendre le décor le plus fonctionnel possible, pour pouvoir créer le maximum de fiction. Par exemple, pour susciter de l’originalité, on a installé un fauteuil à une place devant l’écran géant, pour que le deuxième doive s’installer soit debout, soit sur l’accoudoir, soit sur une chaise…

Vous incrustez dans le récit des textos, des conversations sur Facebook messenger…

Nous avons eu par exemple une réflexion sur la manière dont on allait afficher les textos. Dans la série de Netflix "House of Cards", les messages s’affichent en petit sur l’image. Mais comme le procédé a été beaucoup utilisé, nous avons essayé de trouver autre chose, et opté pour un "splitscreen", avec l’image coupée en trois : deux interlocuteurs et au milieu, la conversation par messagerie. Comme la série est destinée à être vue sur smartphone aussi, cela facilitera le visionnage. Il faut être limpide. La comédie ne souffre pas qu’on ne soit pas clair. Par ailleurs, comme les scénaristes travaillent sur le projet depuis 2012, il y a des choses qui sont devenues obsolètes. Et nous avons ajouté des applis comme Periscope, Tinder ou WhatsApp.

Quel public visez-vous ?

Pas forcément des très jeunes. Plutôt un public de 20, 30 ans. Et j’espère, équilibré entre garçons et filles. Les fictions sur Youtube sont plutôt regardées par des hommes. Mais là, nous sommes dans une comédie romantique, et cette websérie est une idée de filles avec, il est vrai, un personnage principal masculin… J’ai insisté pour que les scénaristes développent davantage le personnage de Magalie, et à partir de l’épisode 6, un autre personnage féminin vient dynamiser l’intrigue.

Quel est l’intérêt d’une websérie pour un réalisateur ?

Déjà, cela crée un appel d’air pour notre génération. J’ai 38 ans, mais pour les téléfilms, les chaînes vont chercher des gens plus installés, et le volume horaire est plutôt à la baisse. Le milieu se contracte. J’ai commencé par autoproduire deux webséries, "Post-coïtum" et "Paris by night", qui ont été sélectionnées dans des festivals, mais dans la dernière des catégories, avec une image un peu péjorative. Aujourd’hui, les webséries se développent, sous l’impulsion d’Arte avec Arte Creative, de Canal + au travers de Studio +, ou encore du département des Nouvelles Ecritures à France Télévisions. C’est un défi d’être intéressant sur des écrans difficiles à capter, comme les smartphones ou les ordinateurs, avec des tas d’onglets ouverts. Le web est une jungle.