L'année 2016 d'Adrien Devyver

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©Christophe Bortels
Entretien: Lola Lemaigre

Adrien Devyver a passé tous les soirs de la semaine dernière à Charleroi, pour assurer le direct depuis le cube de “Viva for Life”. Entre deux réunions, il s’offre une pause, autour d’une table d’une chaîne de boulangerie, et dresse le bilan d’une année mouvementée. Entretien.

Vous avez eu pas mal de propositions en 2016. Comment avez-vous opéré les choix ?

J’ai la chance d’avoir une femme qui travaille aussi dans les médias et qui est plus réfléchie que moi. On échange donc beaucoup. J’ai déjà refusé des propositions. On m’a notamment demandé de présenter une émission de téléréalité en France et j’ai dit non. L’émission “Vis ta mine”, c’était vraiment ma volonté depuis des années donc forcément j’ai sauté les deux pieds joints. “Le Grand Cactus”, c’était une évidence parce que j’avais envie de revenir dans le divertissement et le direct. Pour le moment, j’accepte tout ce qui me permet soit de trembler un peu soit d’avoir une obligation de résultats qui soit très forte.

Vous aimez le direct ?

Oui, c’est l’exercice que je préfère et dans lequel je m’amuse le plus parce qu’il y a une adrénaline que je n’ai nulle part ailleurs. J’aime beaucoup ce challenge, cette pression du direct. “Viva for Life” m’offre gracieusement ce plaisir une semaine par an, c’est agréable !

Vous avez démarré vos chroniques dans l’émission “Amanda” sur France 2. Comment ça se passe ?

J’ai l’impression de tout recommencer à zéro. J’arrive comme le petit nouveau qui ne connaît rien donc je suis repassé dans un univers très stressant. Je dois prendre le Thalys alors que je suis casanier mais j’aime bien qu’on me fasse sortir de mon confort.

Que pensez-vous de la place de la télévision en Belgique ?

J’ai une grande confiance en la télévision. J’entends tout le temps dire autour de moi que dans dix ans, c’est fini et qu’il faudra trouver un autre job. Pour moi, c’est un média d’accompagnement et qui donne un rythme de vie avec le JT. Il ne faut pas sous-estimer la force que peuvent encore avoir ces rendez-vous.

Même pour les jeunes qui, davantage encore en 2016, donnent la priorité à l’information sur le Web ?

C’est notre challenge. Peut-être qu’entre 14 et 19 ans, c’est foutu mais à partir de 19 ans, quand ils sont en kot, en communauté, qu’ils vont à l’université et qu’ils s’ouvrent l’esprit, on a une place à prendre. La RTBF est assez professionnelle pour faire ça en mettant en place un cross média (présent en télé, en radio et sur le Web, NdlR) ultra-pertinent du Web vers la télé et de la télé vers le Web. La télévision reste un média partagé en famille et entre amis qui permet un échange franc et pas anonyme, contrairement aux réseaux sociaux où tout est dans la superficialité.

Et une émission magazine comme “Vis ta mine” trouve sa place aussi ?

Selon moi, c’est la mission d’un service public de mettre ce type de magazine santé en place. Il y avait un manque à combler après la fin d’“Un gars, un chef” et puis la santé est un sujet à la mode. Il fallait inclure les questions des téléspectateurs et les réponses des experts pour proposer une émission sérieuse mais agréable à regarder. Je lis beaucoup sur la santé, je fais du sport dès que je peux donc j’attendais ce magazine avec impatience. Il faut le temps que l’émission s’installe mais je pense que ça va le faire.

“Le Grand Cactus” a connu un beau succès en 2016. Quelle part prenez-vous dans cet exercice ?

C’est une émission très rythmée dans son schéma de construction donc même si quelqu’un n’adhère pas à une thématique, dans les minutes qui suivent, on va passer à autre chose. On ne s’ennuie jamais. On a vraiment voulu imposer ce rythme constant et je pense que c’est une des raisons pour lesquelles la production m’a proposé le poste pour présenter l’émission. Je suis garant du rythme et je suis quelqu’un de “speedé”. Ça correspondait donc bien. C’est aussi la force de notre duo. Jérôme (de Warzée, NdlR) est garant de l’humour, moi je suis toujours là pour accélérer, pour dire “on passe à autre chose”. J’ai tout de suite été convaincu du succès de l’émission. Ça a séduit parce c’est authentique et très belge : des problématiques belges, de l’humour belge et des talents belges. On a tout de suite montré qu’on assumait tout à fait ce côté 100 % belge.

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©Christophe Bortels



"Hanouna […] c’est dans le clash et j’aime moins cette philosophie"

Adrien Devyver n’est pas un “bon client”, dit-il, de la télévision. Mais il s’intéresse beaucoup à l’évolution des médias. Selon lui, l’année 2016 fut “une bonne année” pour la télévision, en laquelle il “croit” beaucoup. Attentats, séries belges, course à l’information en continu, polémiques déclenchées par Cyril Hanouna… L’animateur pose son regard sur les événements médiatiques de l’année écoulée.

1. Les attentats

"L’année médiatique a été marquée par des événements malheureux mais cela a démontré la généralisation de l’information en flux continu, c'est devenu un modèle de référence. On invite des experts sur le plateau pour expliquer les faits et les enjeux. Je trouve ça intéressant."

2. La course à la notification

"C'est le fait de chercher la moindre info, de recevoir des alertes sur son smartphone. On ne lâche jamais rien. Les médias balancent des éditions spéciales avec la volonté de plus en plus affirmée de montrer qu'on est à l'affût et de tout expliquer aux gens. On accompagne l'info tout le temps."

3. La naissance des séries belges

"J’ai testé ‘La Trêve’ mais je n’ai pas accroché puis j’ai essayé ‘Ennemi public’ que j’ai adoré. C’est génial que la RTBF et la Fédération Wallonie-Bruxelles prennent le risque d’ouvrir un budget pour ce type de production. Il y a une volonté de la télé belge d’être précurseur et anticipatif, c’est super. C’est une authenticité qui manquait en Belgique et qu’on a retrouvée."

4. Les émission "feel good"

"Ce sont des émissions où il n’y a ni enjeux ni méchants. Et on remarque qu’elles ne fonctionnent pas bien. Par exemple, l’émission de RTL ‘L’arbre à souhaits’, ce n’est pas un genre attendu, contrairement à ‘L’amour est dans le pré’ dont je ne m’étonne pas du tout du succès. En 2016, les émissions qui ont fonctionné sont des émissions qui donnent du poil à gratter, qui cassent les codes de la télé mais avec franchise et authenticité. Je pense que c’est ce qu’on a réussi à faire pour ‘Un gars, un chef’ et ‘Le Grand Cactus’."

5. Cyril Hanouna

"J’ai découvert Cyril Hanouna et son émission il y a deux ans. A ce moment-là, il y avait encore un contenu assez intéressant dans son analyse des médias. Il suscitait ma curiosité et je le trouvais efficace. Puis j’ai lâché l’affaire et je m’y suis réintéressé début de cette saison-ci. Là, j’ai compris qu’on avait basculé vers autre chose. J’entends bien sa volonté de faire du buzz et de faire parler de lui mais c’est dans le clash et j’aime moins cette philosophie. Que ça soit mis en scène ou pas, je ne comprends pas le message final. Je suis aussi moqueur et ironique mais de là à ce que ça devienne quelque chose de régulier et une marque de fabrique, ça me dérange un peu."

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©Christophe Bortels

Son parcours

Diplômé en journalisme (2007), Adrien Devyver intègre rapidement la RTBF. Après les "Niouzz" et le JT, il rejoint Joëlle Scoriels dans "Sans chichis". Il seconde ensuite Maureen Louys à la présentation de "The Voice" et Elodie de Sélys dans "Génies en web". En 2013, contre toute attente, l’émission culinaire "Un gars, un chef" (qu’il coanime avec Gerald Watelet) remporte un véritable succès auprès du public. Un tour de force qu’il reproduit avec "Le Grand Cactus", grande surprise de la saison 2015-2016. En octobre, le talk-show (qu’il présente avec l’humoriste Jérôme de Warzée sur La Deux), a même dépassé les 18 % de parts de marché. Depuis septembre, il anime par ailleurs une nouvelle émission, "Vis ta mine", consacrée à la santé et au bien-être. Et répond à l’appel de France Télévisions…