Nicole Ferroni passe l'année 2016 au crible, avec humour (RETROSPECTIVE)

Nicole Ferroni passe l'année 2016 au crible, avec humour (RETROSPECTIVE)
©REPORTERS
Entretien: Caroline Gourdin, Correspondante à Paris

La chroniqueuse et humoriste observe les médias avec distance.

Depuis Aubagne (Sud-Est de la France), où elle vit, Nicole Ferroni passe l’année 2016 au crible de la critique, et de l’autocritique. S’interdisant par exemple de "cliquer sur le moment gênant, le clash" qui font le buzz sur Internet, elle s’interroge : "Je constate que la presse écrite, très consommée en format Web, a développé la culture de la petite phrase qui se partage. Va-t-on continuer dans cette voie en 2017 ?"

La chroniqueuse, qui se "sert de sa page Facebook pour interpeller les hommes politiques", note aussi que "les nouveaux médias ne sont plus marginaux mais quasiment indispensables, intégrés à des domaines aussi sérieux que la politique. C’est un virage que Jean-Luc Mélenchon ait ouvert sa propre chaîne Youtube, ce que faisaient jusque-là des Youtubeurs dans le domaine du divertissement."

Quel événement vous a le plus touchée ?

Malgré la tristesse après une période d’attentats, il y a eu un sursaut en début d’année. C’est en tout cas ce qu’on a promis. Du coup, ça a été encore plus triste de voir comment l’unité nationale a vite volé en éclats. Les mêmes personnes qui faisaient des bisous aux flics les prenaient pour cibles dans les manifs contre la loi travail. En cette fin d’année, on se concentre déjà sur 2017.

On est passé rapidement à autre chose ?

Nous sommes dans une fuite en avant. Notre classe politique semble dire que ce qui compte, c’est le prochain mandat. Les médias, comme les hommes politiques, sont très centrés sur ça. Face à M. Bayrou, j’ai fait une chronique où j’ai mesuré, dans le JT de France 2 pendant deux semaines, que le temps attribué à la primaire de la droite, à l’annonce de la non-candidature de M. Hollande et à la candidature de M. Valls, représentait minimum 20 % du temps.

Quelle est la part de responsabilité des médias ?

C’est une responsabilité partagée par les médias et par leurs utilisateurs, y compris moi-même. Je peux comprendre que peu de journaux vivent de façon indépendante et ont besoin de faire du flux d’information. Ils se saisissent du sujet censé générer le plus d’audience, et participent à le rendre important. C’est un cercle vicieux. On a besoin de trois ou quatre débats sur les primaires, pas d’en entendre parler tous les soirs au JT. C’est de l’autodigestion. Cette énergie qu’on pourrait attribuer à redresser notre pays, on la met au service de l’année d’après. Au service de rien.

Vous vous situez en observatrice critique ?

A France Inter, ils aiment le ton de mes billets d’humeur, et sont contents que mes vidéos se partagent. Le rôle que je m’attribue est de dire ce que je vois et me choque, pour donner un autre point de vue. Je pars de constats objectifs, dont je mets les sources sur le Web. Comme ce jour où François Hollande a annoncé sa non-candidature, c’est le seul sujet qui a été abordé alors que 5 sujets avaient été annoncés en début de JT !

Vous trouvez un ton accrocheur tout en gardant votre réflexion de prof de sciences de la vie et de la terre.

J’utilise beaucoup le protocole scientifique pour écrire mes chroniques. Je pars de l’observation, qui pose une question. J’émets une hypothèse, je la teste, j’interprète les résultats, puis je conclus.

Qu’avez-vous retiré de votre expérience dans "Folie passagère" ?

J’ai appris une méthode travail plus chirurgicale. La télé ne pardonne pas le manque d’efficacité, les ventres mous. Ce qui nous oblige à couper nos textes avec moins d’empathie.

Quel est votre rapport à l’image ?

Ce que j’aime à la radio, c’est qu’il n’y a pas de pression de l’image, du cadre. Même si c’est filmé en radio, c’est filmé tel qu’on est. On ne passe pas une heure au maquillage. Cependant, l’émission de Frédéric Lopez m’a permis de venir en défricheuse avec ma chronique, face à des scientifiques qui amènent un éclaircissement ensuite. Alors qu’en radio, je suis un peu comme la guillotine. Et la personne invitée, qui est plus spécialiste de son domaine, se retrouve supplantée par quelqu’un comme moi.

Les caméras dans les studios de radio vous dérangent ?

Pas du tout. Outre le fait de pouvoir avoir un autre usage de ma chronique, je trouve très intéressant de voir l’attitude de la personne au moment où je lui parle. Comme Manuel Valls qui rougit ou François Fillon qui ne me regarde pas pendant toute ma chronique. C’est aussi pour cela que je fais sept heures de train depuis Aubagne chaque semaine.

Votre regard est-il plus décalé parce que vous ne vivez pas dans le microcosme ?

Le fait de ne pas être dans le flux tendu de la matinale me permet de regarder les choses avec objectivité. Il y aussi ce décalage entre un média national et la manière dont il est perçu en province. Il me suffit d’ouvrir mon journal local, qui parle par exemple d’une épidémie de gastro, pour voir que la première page n’a rien à voir avec le monde ou les chiffres du chômage. Je fais aussi beaucoup référence à mon quotidien pour parler d’un sujet. J’aime partir de la vie d’"en bas".