En Norvège, le numérique a déjà tué la FM. Il y a trois semaines, le pays scandinave a en effet annoncé la fin de la radiodiffusion par modulation de fréquence (née en 1933) pour 2017. Il s’agit du premier pays au monde à prendre date, avec des décennies d’avance sur d’autres pays européens.

Alors que la diffusion en DAB + a débuté en 1995, 55 % des foyers norvégiens sont d’ores et déjà équipés d’un récepteur compatible et 56 % des auditeurs écoutent la radio numérique tous les jours. La transition définitive débutera dès janvier 2017 et se poursuivra région par région jusqu’à la fin de l’année.

Un avantage économique

Non seulement le DAB + est plus ergonomique, permet d’associer des métadonnées (images, vidéos, textes, coordonnées GPS d’un accident), améliore la qualité sonore et le confort d’écoute (pas de brouillage) mais il réduit également les coûts de diffusion.

En Norvège, les chaînes radio FM épargnent plus de 25 millions de dollars en passant de 3 000 à 1 000 émetteurs (une seule fréquence peut accueillir 12 à 18 radios selon le taux de compression). Le DAB + est huit fois moins cher que la FM (4 à 5 fois moins en Belgique). "Cette technologie est par ailleurs sept fois moins énergivore et émet 38 fois moins de radiations", indique Francis Goffin, directeur des radios RTBF. "Enfin, elle est plus démocratique puisque nous prévoyons une égalité de diffusion et de réception entre les radios publiques et privées."

En Belgique, le défi est financier

Néanmoins, en Belgique, le DAB + ne va pas automatiquement reproduire le plan de fréquence FM mis en place en 2008. D’autant que de nouveaux entrants (français, notamment) risquent de s’installer. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) devra donc délivrer de nouvelles licences (une obligation en Belgique) tout en respectant l’équilibre économique, le pluralisme et la diversité du paysage radiophonique francophone. La RTBF réalise des tests en DAB + depuis 2011. "Ces derniers sont concluants, assure Francis Goffin. La technologie est mature, les infrastructures sont prêtes."

L’enjeu, dès lors, n’est plus technique; il est financier. Afin de ne pas déstabiliser l’auditeur et permettre une transition en douceur, il est notamment prévu de procéder à une double diffusion des radios en FM et en DAB + pendant 6 à 10 ans. C’est ce qu’on appelle le "simulcast", qui entraîne évidemment un surcoût. Les radios publiques et privées prévoient donc de financer les frais d’exploitation de la diffusion en DAB + pendant la période de simulcast (2,5 millions d’euros par an), les frais d’exploitation des nouvelles chaînes (trois nouvelles chaînes thématiques pour la RTBF) et la campagne de promotion multimédia vers le grand public (13 millions d’euros par an).

En contrepartie, elles demandent aux pouvoirs publics de financer la plateforme commune des radios pour la coordination marketing (500 000 euros par an) ainsi que les investissements pour déployer le DAB + sur tout le territoire via un subside d’investissement (12 millions d’euros). Une demande adressée au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) il y a déjà deux ans.

La RTBF a bon espoir pour 2017

"Nous avions bon espoir d’obtenir un accord pour les 100 ans de la radio, en 2014, indique Francis Goffin. Mais nous étions en fin de législature et cela n’a finalement pas été possible. Le dossier est à présent entre les mains du ministre des Médias en FWB, Jean-Claude Marcourt (PS)." Ce dernier assure par ailleurs que son cabinet planche sur la question. La RTBF, RTL et le groupe NRJ/Nostalgie espèrent toutefois une réponse d’ici la fin de l’année 2015, pour mettre en place le réseau en 2016 et émettre dès janvier 2017 (année de renégociation des paquets de licences d’émission en FM).

Le DAB + existe aux USA, en Asie, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Suisse. Dans les cantons helvétiques, la fin de la FM est par ailleurs prévue pour 2020, 2024 au plus tard. En Flandre, le réseau Norkring (propriétaire des pylônes émetteurs de la VRT) vient par ailleurs de lancer 6 radios flamandes en DAB +.