Juliette Goudot et Camille De Rijck, deux approches de la culture en radio

Goudot De Ryck
©Bortels / De Tessièrs
Aurélie Moreau et Lola Lemaigre

Journaliste et historienne, Juliette Goudot chronique le cinéma dès 9h sur La Première.

A travers ses chroniques (lire ci-dessous), Juliette Goudot livre de véritables autopsies du 7 e art. Grâce à une approche très personnelle, la jeune femme soumet aux auditeurs des analyses pointues, souvent brillantes. Le ton est juste; le terme, choisi; la critique, argumentée, rigoureuse. " Quand Jérôme Colin m’a demandé de rejoindre son émission, ‘Entrez sans frapper’, Hugues Dayez avait déjà une place importante, peut-être monolithique , indique Juliette Goudot. L’idée, c’était de faire un face-à-face à travers un débat. "

Souvent, leur "avis" diverge mais "pas toujours", poursuit la journaliste. "C’est une question de sensibilité, de goût. Ce duo est plaisant car il n’y a pas d’agressivité. Hugues manie bien l’humour noir. Moi, je ne suis pas spécialement grande gueule mais je ne lâche rien sur les cinéastes que je veux défendre. Xavier Dolan, par exemple, reste une pomme de discorde. Il y a aussi un certain cinéma français que Hugues trouve ‘poseur’ alors que je trouve l’esthétique intéressante."

Des valeurs européennes

Historienne de formation, Juliette Goudot inscrit habilement le cinéma dans son "environnement" politique, social, artistique, philosophique, intellectuel. "Les films se regardent dans un contexte. Ils nous regardent aussi et posent des questions. Ce sont des témoins d’époques. On n’est donc pas seulement spectateurs. Je trouve ça gratuit de les analyser sans rappeler d’où ils viennent. ‘Moi, Daniel Blake’ n’est peut-être pas le plus grand Ken Loach mais, aujourd’hui, ça l’est parce que parler de la paupérisation des salariés européens, c’est important et il faut continuer à le dire. Le cinéma, ce n’est pas que du divertissement."

Sa cinéphilie, reconnaît la chroniqueuse, est "relative". "Je n’ai pas fait d’études de cinéma mais j’ai abordé le 7e art de manière transversale." Fascinée, très tôt, par les icônes des années 50 (Vivien Leigh, Rita Hayworth) et la Nouvelle Vague ("un cinéma libre"), Juliette Goudot subit son premier choc cinématographique avec "Breaking the Waves" (Lars Von Trier). Elle avait 18 ans. "J’ai eu l’impression d’éclore, de devenir adulte. Je n’avais jamais vu ça. C’était une force de provocation et en même temps d’empathie. Ça m’a submergée. C’est pour ça que j’aime autant le cinéma, il vous fait voir le monde autrement."

Hitchcock, Kubrick, Lynch… Juliette Goudot affectionne les "obsessionnels". Elle défend aussi "les valeurs" du cinéma européen : les Dardenne, Ken Loach et "les émergents" comme Maïwenn Le Besco et Emmanuel Bercot qui "posent des vraies questions". "L’Europe a une manière particulière de financer les films : il y a beaucoup de coproductions et donc pas mal d’émulsions et de coopérations intellectuelles et créatives entre les cinéastes. Ça permet une spontanéité qui n’existe pas nécessairement dans le cinéma américain et ça offre une plus grande place pour des personnalités, des acteurs moins enfermés dans des archétypes."

Juliette Goudot
©Christophe Bortels


Touchée par les jeux des comédiennes belges Emilie Dequenne et Veerle Baetens, elle est particulièrement "sensible" au parcours de Catherine Deneuve. "A 70 ans, elle continue d’inspirer les jeunes cinéastes, brise les codes de la séduction et de la féminité."

L’écriture ? "Ma vocation !"

Dans son premier roman, "La traversée de Tanger" (Aden Editions, 2014), Juliette Goudot observe une écriture intime et sensorielle. "Ce n’est pas narcissique. Il s’agit de se servir de soi comme un outil de connaissance des sensations, de l’amour, des sentiments, du couple, de la solitude, des mots qui manquent, des mots qu’on ne peut pas dire, pas forcément de mots de l’inconscient mais du non-dit."

Intéressée par les rapports hommes/femmes, ces "moments de rencontre" et de "non-rencontre", Juliette Goudot évoque un "truc qui vient du corps". "J’ai eu la chance de rencontrer un grand poète tunisien, penseur de l’islam aujourd’hui décédé. Il s’agit de Abdelwahab Meddeb. Il m’a enseigné que le corps était aussi un sismographe."

La bio express de Juliette Goudot

Chroniqueuse sur La Première, Juliette Goudot commente les sorties ciné, tous les mercredis aux côtés de Hugues Dayez ("Entrez sans frapper", 9h). Journaliste pour "Moustique", "Gaël" et "Jour de relâche, le mag" (La Trois), elle a également participé à l’aventure "50°Nord" (magazine culturel disparu des grilles d’Arte Belgique fin 2015). Née en 1978 à Paris, Juliette Goudot intègre les classes préparatoires littéraires khâgne/hypokhâgne avant de rédiger une thèse sur l’Histoire du théâtre au XIXe siècle, à Nanterre. Professeur certifiée de l’Education nationale française, elle a préparé son agrégation d’histoire à la Sorbonne. Elle enseigne pendant un an mais "bascule rapidement dans les médias", dit-elle, à travers un stage pour la chaîne "Histoire". Elle réalise un documentaire consacré à Jacques de Saint Phalle (groupe de chasse Normandie-Niemen), avant de rejoindre la Belgique, il y a 7 ans. Auteur de "La traversée de Tanger", elle a également participé à l’écriture de "La peur" de Damien Odoul.

Camille De Rijck, le classique à portée de main

Le producteur et animateur de Musiq’3 est en studio tous les matins à 8h35. 

Camille De Rijck est l’un de ces journalistes radio qui ne s’arrêtent jamais, si ce n’est pour accorder une interview parmi les micros de Musiq’3 entre deux émissions. Le spécialiste de l’opéra, très vite à sa place à la RTBF, nous raconte les origines de sa passion et les richesses de son travail dans lequel il vulgarise la culture avec les mots justes, les siens.

Vos débuts dans le journalisme musical étaient avec "Forumopera" ?

Oui, j’ai lancé Forumopera.com en 1999; j’avais 19 ans. C’était simplement pour répondre à une demande que j’avais de jeune ado qui aimait l’opéra et qui avait simplement envie de partager sa passion avec d’autres personnes.

Comment s’est passée votre arrivée sur Musiq’3 ?

J’ai toujours été passionné par l’outil radio, j’en consomme massivement. On avait un partenariat entre Musiq’3 et Forumopera. Après avoir participé à une "Table ronde" animée par Patrick Leterme et un grand direct à La Monnaie, le directeur de l’époque m’a demandé de venir animer la soirée opéra qui était le dimanche soir.

Vous réalisez cinq chroniques par semaine et vous écrivez beaucoup. Que préférez-vous comme exercice ?

J’adore le direct, c’est probablement ce que j’aime le plus. On est bourré d’adrénaline quand il faut assumer. Humainement, l’exercice du direct lors du Concours Reine Elisabeth vaut la peine d’être vécu aussi. J’adore l’écriture également. On est maître de son temps et il faut écrire quelque chose qui soit à la fois littéraire, accessible, compréhensible mais par rapport auquel on peut avoir une petite ambition aussi.

Vous êtes totalement libre dans les choix de sujets et d’invités pour vos émissions ?

Oui, j’ai une liberté éditoriale totale avec une hiérarchie sur Musiq’3 qui me fait vraiment confiance. Dans mon émission de midi, je rencontre un artiste tous les jours. C’est une chance incroyable d’avoir chaque jour quelqu’un qu’on admire face à soi. Je suis nourri par l’autre en permanence.

Camille De Ryck
©Johanna De Tessières


Vous êtes-vous formé à la musique ?

Non, je n’ai pas du tout étudié la musique. Ce qui me donne dans ce métier une posture assez agréable du mélomane. Je suis quelqu’un qui, très jeune, s’est mis à écouter compulsivement de la musique sans avoir jamais eu même le désir d’en faire, ce qui est quand même étonnant, et qui se nourrit de musique quotidiennement sans jamais avoir été musicien.

Vous sortez un livre d’entretiens en avril 2017. Qu’en est-il exactement ?

Deux livres pour être exact. Les éditions de la Philharmonie de Paris ont proposé au chef d’orchestre français Christophe Rousset de faire un livre d’entretiens et il m’a proposé de le faire avec lui. Pour un journaliste belge, être contacté par un grand chef a été inattendu. C’est un livre qui parle de musique, un peu de lui et qui met en perspectives toutes les formes artistiques des XVII et XVIIIe siècles. Le deuxième livre est pour les 70 ans d’un grand chef belge qui s’appelle Philippe Herreweghe. Cela me passionne de donner une traduction écrite à la parole.

Comment se dessine votre année 2017 ?

Jusqu’au mois de juin a priori on continue avec la grille actuelle. Ce qui sera très existant cette année, c’est l’apparition du Concours Reine Elisabeth de violoncelle. Il n’y a aucun autre concours qui est suivi par un peuple entier, on est pris d’affinité pour les candidats. Cette année, je ferai le direct en plateau et la finale en radio.

La bio express de Camille De Rijck

Depuis 2012 , Camille De Rijck est producteur et animateur pour Musiq’3, la chaîne classique de la RTBF. Chaque jour, il anime "Demandez le programme" (12h), émission durant laquelle il rencontre un artiste. Chaque matin, dans "Le moment musical" (8h35), il examine l’actualité musicale d’un regard décalé. Le dimanche, on le retrouve dans l’émission culte "La table d’écoute" (16h), sorte de tribune de critiques. Sur La Première, il est chroniqueur dans l’émission "Soir Première" et livre, chaque jeudi, "La semaine de Camille De Rijck" (8h25) dans la matinale info.

Parcours . Après avoir suivi un enseignement néerlandophone à Bruxelles, il tombe sous le charme de l’opéra par hasard et en devient spécialiste à force d’en écouter " compulsivement ", dit-il. En 1999, il fonde "Forumopera" dont il est aujourd’hui le directeur de la publication. A côté de tout cela, Camille De Rijck est aussi producteur exécutif des enregistrements de La Monnaie.

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