Un Hollywood so white

Karin Tshidimba
Spike Lee
Spike Lee

"Do the right film" interroge la place du cinéma noir engagé. Be 1, 21h.

Huit ans après l’élection du premier président noir des Etats-Unis, le cinéma s’est-il réveillé comme l’espérait Lee Daniels au moment de gagner le premier prix au Sundance Festival, le jour même de l’investiture de Barack Obama ? Si la réponse mérite d’être nuancée, la balance semble pencher bien plus du côté du "non" que du "oui".

Du côté du cinéma indépendant (Ava DuVernay & Cie) et du cinéma commercial (Tyler Perry), les choses semblent bouger lentement, mais à Hollywood, fief incontesté du cinéma américain, la situation reste largement inchangée. "En 2014, sur les 163 premiers films du box-office de l’année, 87 % étaient réalisés par des Blancs, 92 % écrits par des Blancs et 87 % avaient un acteur blanc en tête d’affiche", rappelle Didier Allouche, l’auteur du documentaire de ce soir.

Un déséquilibre qui a explosé à la face du monde en janvier 2016 avec la controverse "Oscar so white" soulignant que pas un seul acteur, pas une seule actrice et pas un seul réalisateur "de couleur" n’avait été nommé aux Oscars au cours des deux dernières années… A la consternation du monde s’ajoutait la honte de nombre d’acteurs blancs, dont Matt Damon, gêné de monter sur scène en pareille circonstance.

Au temps des pionniers

En remontant le fil de l’histoire du cinématographe, Didier Allouche trouve pourtant de fiers précurseurs aux Spike Lee et autres Nate Parker qui portent haut la flamme créatrice de la communauté noire aux Etats-Unis. A commencer par Oscar Micheaux (et ses 44 films) qui se mit au travail dès 1895. Ou Charles Burnett dont le film "Killer of Sheep", réalisé en 1977, dut attendre 2008 pour sortir en salle et voir son néo-réalisme poétique et social reconnu au-delà d’un discret cercle d’initiés. Ces deux voix fortes et originales de la communauté noire furent rejointes par un visage enfin reconnu par tous : celui de Sidney Poitier, premier Afro-Américain à recevoir l’Oscar du meilleur acteur en 1964 pour "Le Lys des champs".

Hollywood, forteresse imprenable ?

Cette solitude de l’acteur (ou du réalisateur) noir est au cœur du film "Dear white people" dans lequel Justin Simien retrace sa propre expérience dans une école de cinéma à la population si blanche. La volonté de retourner les stéréotypes et de dénoncer le racisme larvé est également au cœur du film "The birth of a Nation" de Nate Parker qui reprend le titre choisi par D.W. Griffith en 1915, lorsqu’il posa le premier jalon du cinéma US avec son film profondément raciste.

Recueillant les propos de créateurs tels Spike Lee, Justin Simien ou Ava DuVernay, Do the right film H H offre un éclairage saisissant sur une situation qui semble figée. "Il est plus facile pour un Noir de devenir président des Etats-Unis que de devenir président d’un studio à Hollywood", assène Spike Lee, au moment de recevoir son Oscar d’honneur.

Après huit ans de présidence Obama, alors que les difficultés persistantes de la communauté noire ont été abordées frontalement par ces cinéastes, les progrès enregistrés aux Etats-Unis semblent plus symboliques que réels. C’est le constat des nombreux intervenants interrogés par Didier Allouche, qui dresse un éclairant bilan des années Obama sur le plan du cinéma.

Si le propos n’est pas toujours suffisamment nuancé ou étayé, lorsqu’il s’agit d’évoquer les premiers temps du cinéma, le constat, lui, est juste et sans appel. Nécessaire.