La télévision augmente sa réalité à Biarritz

Karin Tshidimba
La télévision augmente sa réalité à Biarritz

Mardi, Biarritz ouvrira ses yeux et tous ses écrans à la création audiovisuelle.

Le Fipa (Festival international des programmes audiovisuels), attendu à Biarritz du 24 au 29 janvier, a un statut de dénicheur de talents et surtout de lanceur d’alerte et de débats. Il fête cette année sa 30e édition et en profite une fois encore pour élargir son champ d’investigation. Les nouveaux entrants de cette édition 2017 sont le Chili et le Kenya. Une diversité toujours bienvenue.

Nouveaux langages, mutations technologiques et création mondiale sont ses trois principaux axes de développement et en font l’un des festivals audiovisuels les plus riches et novateurs en termes de contenus.

Formes hybrides

Hologrammes, expérience immersive, vision et réalité augmentées, fictions à 360° : autant de formes contemporaines qui hybrident, de façon interactive et ludique, l’expérience audiovisuelle, au fil de l’évolution des technologies. Vidéo, web et transmédia seront donc au cœur des discussions et des ateliers proposés afin d’explorer ces nouveaux usages. Même si l’audace et l’innovation ne résident pas uniquement dans la forme.

Les premières impressions sont attendues mardi soir à l’issue de la projection de "Tantale" qui proposera au public de prendre les commandes du film par le biais de son smartphone. Cette fiction interactive, réalisée par Gilles Porte, est inscrite en compétition dans la section SmartFipa.

Pour fêter ses 30 ans, le Fipa a choisi de partager l’affiche avec le Canada, un vaste territoire toujours ouvert aux expérimentations ‰ de mettre en place des collaborations internationales. Reflétant ainsi deux des préoccupations majeures de nombreux producteurs et diffuseurs aujourd’hui.

Les soubresauts de la planète

Un an après les houleux débats autour du documentaire "Salafistes" de Fançois Margolin et Lemine Ould Salem, quelles questions et réflexions s’imposeront à la sortie des salles ?

Difficile à prédire mais on s’intéressera certainement à "Tahqiq fel djenna" ( Enquête au paradis ) le dernier film de Merzak Allouache qui se penche sur le monde de la presse en Algérie. Il y a suivi Nedjma, jeune journaliste algérienne qui mène une enquête sur le paradis que présentent - pour les besoins de leur propagande extrémiste et leurs appels au djihad -, des prédicateurs salafistes du Maghreb et du Moyen-Orient à travers des vidéos circulant sur Internet.

Cette année encore, 130 films issus de 70 contrées sont présentés en compétition et hors compétition au Fipa, tous genres confondus : documentaires, fictions, séries et grands reportages. Autant d’œuvres qui, selon les dires du président Didier Decoin, s’attacheront à "tracer et traquer le reflet de l’humanité telle que la restitue la télévision".

Il y sera beaucoup question de politique, de la montée des populismes, de tensions avec la Russie et de la problématique des réfugiés. Mais pas seulement…

Les Belges, aussi, seront en piste

Deux séries (la flamande "Callboys" de Jan Eelen et la francophone "Zone blanche" de Thierry Poiraud et Julien Despaux, coproduite par France 2) et 4 documentaires belges sont en lice.

Il s’agit de "Rien n’est pardonné" de Vincent Coen et Guillaume Vandenberghe, documentaire qui retrace le parcours de Zineb El Razhoui, militante et journaliste à "Charlie Hebdo", grande invitée de lalibre.be samedi 21 janvier.

Mais aussi de "Inkotanyi" de Christophe Cotteret, qui revient sur les fondements de la tragédie rwandaise, de "Burning out" de Jérôme Lemaire (enquête sur le stress dans un grand hôpital parisien) et de "L’eau sacrée" d’Olivier Jourdain qui explore les traditions et connaissances rwandaises en matière de sexualité féminine. 


Raconte-moi des histoires

Fictions et invités

En compétition. Illustré ci-contre, "Manon 20 ans" revient sur le parcours houleux de cette ancienne ado placée dans l’équivalent français de nos IPPJ. Il y a quatre ans, la série, réalisée à la manière du documentaire par Jean-Xavier de Lestrade ("Un coupable idéal"), avait raflé de nombreux prix et marqué les esprits avant de connaître un joli succès sous d’autres latitudes. "National Treasure" de Marc Munden évoque le vaste scandale provoqué par des accusations d’abus sexuels proférées à l’encontre d’une personnalité publique, et "Guyane" de Kim Chapiron, Philippe Triboit et Fabien Nurry, série signée Canal +, s’intéresse à la fièvre aurifère.

Rencontres. Parmi les invités à suivre : Leila Slimani, prix Goncourt 2016, dont le roman "Une chanson douce" pourrait aisément faire l’objet d’une adaptation en télévision, et Guillaume Gallienne qui accompagne sa fiction "Oblomov", du nom de cet aristocrate de Saint-Pétersbourg désargenté et nostalgique, perpétuellement vautré sur son divan. Fiction présentée dans la catégorie "musique et spectacle". Tous les deux proposeront une masterclass jeudi 26 à Biarritz. La rencontre, de 15h et 16h30, entre Didier Decoin et Leïla Slimani s’annonce pleine de promesses. Ils y parleront des affres de la création sur un ton complice puisque le président du Fipa vient de publier chez Stock "Le bureau des jardins et des étangs", son dernier roman. Guillaume Gallienne prendra le relais à 17h pour évoquer son métier d’acteur.