L’artisanat, source de divertissement

QUI PRENDRA LA SUITE ? 2 et 3/4
©© Aurelien FAIDY/FRANCE 3
Virginie Roussel, à Paris

Qui prendra la suite ? Le nouveau format de France 3, redonne à l’artisanat ses lettres de noblesse. Dès ce vendredi, à 20 h 55.

Fremantle, qui produit notamment "L’Amour est dans le pré", a proposé à France 3 "un feuilleton du réel mettant en scène six artisans à la recherche de la perle rare". In fine, ce format présenté par Eglantine Eméyé propose une vision plutôt vivante et dynamique de l’artisanat. Du moins, si l’on en juge par le premier volet de cette série en quatre parties. Six artisans sont à la recherche d’un apprenti, d’un partenaire ou d’un repreneur : Pierre, 51 ans, maître artisan ébéniste, en Occitanie; Charlotte, 30 ans, productrice de salers, en Auvergne; Jean-Yves, artisan confiseur de 52 ans, dans les Hauts-de-France; Dominique, 52 ans, potière en Normandie; Emmanuelle, 36 ans, maître verrier, Paris. Sur les trois apprentis sélectionnés, chaque artisan n’en retiendra qu’un. Sauf Julian Cuvilliez, 33 ans, qui s’est spécialisé dans l’archéo-luthérie, une discipline qui consiste à reconstituer des instruments disparus, issus du Moyen Age, voire de l’Antiquité. Julian Cuvilliez n’a pas de job à offrir. Il est trop jeune pour partir à la retraite. Il cherche juste à transmettre le geste. Dès le départ, il a été clair : pas de notion de compétition mais "le partage à l’état pur". Pour lui, France 3 a créé un format un peu à part qui laisse la part belle à la chaîne du savoir qu’il partage avec sa compagne.

Voie de garage, voie d’excellence

"Le discours en France, et c’est vraiment triste, c’est que l’artisanat est considéré comme une voie de garage, disons-le. Alors que c’est une voie de l’excellence", dénonce Julian Cuvilliez. A la façon d’un compagnon, alors qu’il n’avait pas encore 18 ans, le jeune homme est allé chercher le savoir-faire auprès de différents maîtres dont la discipline était incontournable pour pratiquer son métier correctement. Au cours de son tour de France, il a appris chez les maîtres ébénistes, forgerons, ferronniers, bûcherons… Sur le registre scientifique et en musicologie, il a étudié l’organologie pour comprendre l’histoire des instruments. Puis, il a réalisé un mémoire sur la lyre gauloise qui est l’instrument le plus ancien retrouvé sur le territoire de Bretagne depuis 2000 ans. "En 2014, avec l’aide du Pôle de recherche, d’interprétation et d’archéologie expérimentale, nous avons finalisé un premier cycle de recherche qui a permis de réintroduire la lyre dans les écoles de musique en Bretagne. C’est notre grande fierté !, s’enflamme Julian Cuvilliez. Sa principale fonction, c’est d’être le support de la mémoire des peuples dans une culture qui ne pratique pas l’écrit. Seule l’oralité prime. C’est un outil mnémotechnique qui permet de retenir la généalogie des rois, les exploits des héros et de chanter la gloire des dieux."

Sur la jeune génération rencontrée au cours de cette expérience télévisuelle, ce jeune papa aura retenu ceci : "Ils sont d’une maturité incroyable. Ils ont compris la différence entre un travail et un métier. Ils ne veulent pas travailler. Ils veulent œuvrer. Ils sont beaux !" Julian Cuvilliez a également créé un groupe de musique, AR BARD. Son premier album "Aremorica - des Hommes, des Rois et des Dieux" sort le 15 décembre. Son premier single "Luskellerez" sorti en septembre 2017 - dont le joli clip est visible sur Youtube - est une bien belle ballade entre sonorités ancestrales de la lyre gauloise et mélopées rock. Une invitation à l’art autant qu’à l’artisanat, deux notions que l’artisan se refuse à distinguer.