"La Consolation": une adolescence livrée au désir des hommes

Fiction Adapté du livre de Flavie Flament, un récit digne et poignant. France 3, 20h55.

Lou GABLE Flavie FLAMENT
Lou GABLE Flavie FLAMENT ©GUYON Nathalie
KT

Adapté du livre de Flavie Flament, un récit digne et poignant. A voir sur France 3 ce mardi soir, à 20h55.

Fascinée par le show-business, le strass et les paillettes, Gigi, la maman de Flavie, rêve d’un destin hors du commun pour sa fille. Elle est donc extrêmement flattée lorsque celle-ci est remarquée et choisie par un photographe célèbre. Elle y voit le moyen de s’extirper de son existence morne et sans éclat et de conquérir "le tout-Paris". Sous couvert de libération sexuelle et de liberté artistique, l’adolescente est poussée à se montrer de plus en plus conciliante par une mère qui lui enjoint d’accepter de faire "quelques sacrifices pour le bien de tous".

Dans ce rôle d’une cruauté sans borne, Léa Drucker s’impose en "mère maquerelle" insatiable, obsédée par le gain. Face à elle, la jeune Lou Gable (Flavie) est d’une justesse confondante, perdant peu à peu pied dans ce monde d’adultes plein de tourments, de pièges et de faux-semblants.

Libérer la parole des femmes

Depuis plusieurs semaines, le voile d’impunité s’est enfin déchiré autour des agissements de certains "puissants" pensant que le droit de cuissage n’a pas été relégué dans les oubliettes de l’Histoire.

Sous couvert de sélection ou de casting, certains producteurs (Harvey Weinstein, Gilbert Rozon), photographes (Terry Richardson) ou animateurs pensaient avoir tous les droits et pouvoir imposer unilatéralement leur loi à leurs partenaires ou employées féminines.

Comme si, pour être choisies, les actrices, modèles ou collaboratrices devaient forcément accepter de subir toutes les avanies.

Fascination, quête artistique et rêves de célébrité ont justifié bien des outrages et des dérapages à travers les âges comme le rappelle avec beaucoup de tact et de justesse La Consolation**, fiction tirée du témoignage de l’animatrice Flavie Flament.

Dans son livre paru aux éditions Jean-Claude Lattès, elle retrace son enfance bafouée par un homme qui jouissait d’une incroyable aura et dont le génie créateur était unanimement salué : David Hamilton (campé par Phillip Schurer). Celui dont les portraits de jeunes filles en fleur ont orné tant de chambres adolescentes n’était pas seulement un esthète mais aussi un prédateur, grand amateur de chair fraîche.

Une fiction et un débat

Sur le thème délicat des agressions sexuelles sur mineurs, Magaly Richard-Serrano réussit une fiction sans pathos, ni lourdeur, sans voyeurisme surtout. Une prouesse saluée du prix du meilleur téléfilm lors du Festival de la fiction TV de La Rochelle en septembre dernier.

Ce récit âpre et douloureux illustre le combat de son auteure pour l’allongement du délai de prescription (de 20 à 30 ans) après la majorité des plaignants, en matière de viols sur mineurs.

A l’instar de Flavie Flament (campée par Emilie Duquenne à l’âge adulte), de nombreuses victimes occultent durant des décennies les violences dont elles ont été l’objet. Ces thématiques seront au cœur du débat proposé dans la foulée (22h25) sur France 3.


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