Départ de Xavier Couture, directeur des programmes de France Télévisions, qui n’avait pas "les manettes sur les chaînes"

Xavier Couture n’avait pas "les manettes sur les chaînes"
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C. G., à Paris

Le départ du directeur des programmes de France Télévisions intervient dans un climat "délétère".

Je n’ai pas les manettes sur les chaînes", a reconnu Xavier Couture mardi matin dans "L’instant M" sur France Inter. Interviewé suite à l’annonce de son départ de France Télévisions fin janvier/début février 2018, le directeur délégué en charge de la stratégie et des programmes du groupe a tenu à rectifier au micro de Sonia Devillers : "Je ne suis pas directeur des antennes." Comme évoqué dans la presse et confirmé en interne, l’ancien acolyte chez Orange de la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte n’a pas réussi à imposer sa ligne aux directeurs des chaînes. S’il a "beaucoup produit de recommandations stratégiques" et "donné un certain nombre d’impulsions" sur les futurs programmes, il a reconnu sur France Inter sa frustration de ne pouvoir piloter leur mise en œuvre.

Pas d’amalgame

Quant aux départs successifs de Laetitia Recayte de la direction du développement commercial en avril (volontaire), de David Pujadas du "20 Heures" en mai et du directeur de France 2 Vincent Meslet en octobre 2016 (forcés), Xavier Couture a mis en garde contre tout "amalgame". Et répondu à ceux qui pointeraient une instabilité du management de Delphine Ernotte en saluant, comme la veille sur RTL, "sa connaissance profonde de la télévision". Il n’empêche. Au sein de la maison, les esprits s’échauffent. "Ces histoires de chaises musicales dans les hautes sphères nous agacent et ne règlent pas les problèmes de fond", tempête Serge Cimino, délégué syndical central du Syndicat national des journalistes (SNJ) à France Télévisions. "Les salariés ont besoin de stabilité, et que ce soit ces changements nombreux ou la déstabilisation extérieure avec les réformes imaginées par le pouvoir, tout cela inquiète beaucoup à Paris, en régions et en Outre-Mer", confie-t-il. Le départ de Xavier Couture intervient à un moment clé pour France Télévisions qui, à l’instar de Radio France, France Médias Monde et l’Ina, doit d’ici au 15 novembre proposer des pistes de réformes des médias publics, sous la pression du gouvernement.

"Management brutal"

Sous couvert d’anonymat, un salarié de France Télévisions va plus loin : "Il y a un malaise depuis longtemps à France Télévisions et Delphine Ernotte dirige cette boîte comme s’il s’agissait de n’importe quelle autre entreprise". Il dénonce un "management brutal" qui cherche à "mettre au pas les rédactions de France 3 et France 2 avec des méthodes de voyous, sur fond de harcèlement moral, depuis qu’il est question, depuis 2010, de fusionner ces rédactions qui ont deux cultures d’entreprise différentes. L’ambiance du coup est délétère. Et l’Etat, pendant ce temps, diminue notre périmètre d’année en année". Frédéric Taddéi, dont l’émission culturelle "Ce soir (ou jamais !)" a été arrêtée par Delphine Ernotte après dix ans d’existence, n’avait pas non plus mâché ses mots dans "Le Monde" ce week-end : " Delphine Ernotte ne connaît rien à la télé et est en train de casser France Télévisions. Xavier Couture, qui travaille à ses côtés, est atterré." 

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