Après les excuses du Monde à propos de son dessin sur l'inceste, le dessinateur démissionne: "La liberté ne se négocie pas"

Une vive polémique en réaction à l'affaire Alain Finkielkraut qui avait évoqué l'histoire Olivier Duhamel il y a quelques jours.

Après les excuses du Monde à propos de son dessin sur l'inceste, le dessinateur démissionne: "La liberté ne se négocie pas"
©Twitter/Le Monde
G.J.

Ce mardi 19 janvier, le Monde décidait de publier un dessin dans sa newsletter matinale. Une pratique courante pour le journal. Sauf qu'à présent la polémique enfle. La caricature est signée par Xavier Gorce et l'on y voit deux pingouins discuter ensemble: "Si j'ai été abusée par le demi-frère adoptif de la compagne de mon père transgenre devenu ma mère, est-ce un inceste ?"

Après les excuses du Monde à propos de son dessin sur l'inceste, le dessinateur démissionne: "La liberté ne se négocie pas"
©Le Monde

Fortement critiquée sur les réseaux sociaux, notamment par le député Aurélien Taché, le rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité Nicolas Cadène et la journaliste militante Rokhaya Diallo, cette caricature est jugée incestueuse. Face à l'ampleur de la polémique, le Monde a choisi de s'excuser via la directrice de la rédaction Caroline Monnot. "Le Monde' tient à s'excuser de cette erreur", indique le communiqué publié sur le site internet. "Ce dessin peut en effet être lu comme une relativisation de la gravité des faits d’inceste, en des termes déplacés vis-à-vis des victimes et des personnes transgenres. Le Monde tient à s’excuser de cette erreur auprès des lectrices et lecteurs qui ont pu en être choqués."

Une communication qui n'a pas manqué de faire bondir le dessinateur Xavier Gorce. Ce mercredi, le collaborateur du Monde depuis 18 ans a décidé de démissionner. Comme il l'a annoncé sur Twitter: "J’annonce que je décide immédiatement de cesser de travailler pour le Monde. Décision personnelle, unilatérale et définitive. La liberté ne se négocie pas. Mes dessins continueront. D’autres annonces à suivre."


A propos de son illustration, il avait également expliqué que "le dessin questionne la notion d’inceste". Avant d'ajouter: "Quel degré de parentalité pour la qualification ? Dans les familles recomposées selon plusieurs schémas, la question de l'inceste est-elle liée à l'hérédité ? La victime en a-t-elle quelque chose à faire ? Aucun mépris. Fin".

Pour Le Point, Xavier Gorce, qui travaille également pour ce journal, a été plus loin dans son raisonnement. "C'est une ironie sur les propos d'Alain Finkielkraut qui s'interrogeait sur le fait de savoir ce qu'était l'inceste, comme si cela pouvait amoindrir la faute morale. Je rappelle, à travers ce dessin, que si les structures familiales contemporaines peuvent, certes, brouiller la notion d'inceste, les violences sexuelles et la pédocriminalité restent indiscutablement un crime. C'est un contresens total que d'imaginer que mon dessin serait une quelconque légitimation de ces crimes…"

Le dessinateur avoue n'avoir aucun regret à propos de cette caricature. "Je ne regrette jamais, sauf lorsque j'ai l'impression de me tromper. Et là, ça n'est pas le cas. J'ai l'impression que ce dessin est clair et sans ambiguïté."

Depuis plusieurs jours, un nouveau mouvement a vu le jour. Des centaines de personnes témoignent sur Twitter de l'inceste dont elles ont été victimes après la révélation de l'affaire Olivier Duhamel. Le nom de cette nouvelle action? #Metooinceste en référence au mouvement mondial #Metoo. Pour rappel, dans son livre La Familia Grande, Camille Kouchner accusait son beau-père, le politologue Olivier Duhamel, d'inceste sur son frère jumeau qui avait alors 14 ans.