Willem, maître de la provocation, range ses crayons

Bernhard Willem Holtrop (dit Willem) met un terme cette semaine à 40 ans de dessins en noir et blanc pour “Libération”.

Willem, maître de la provocation, range ses crayons
©AFP

Un dessin de presse, ça doit se comprendre en deux secondes”, dit Willem. Le caricaturiste néerlandais, qui met un terme cette semaine à 40 ans de dessins en noir et blanc pour Libération, est un maître de la provocation et de la satire corrosive. Cultivé et polyglotte – il parle néerlandais, français, allemand, anglais et norvégien –, cet anar flegmatique tire sa révérence à 80 ans, cédant la place à la dessinatrice Coco, 38 ans.

Antimilitariste convaincu, anticlérical, le graphiste au style épuré continuera à collaborer pour Charlie Hebdo et à croquer l’absurde et l’abject pour, dit-il, “tuer la connerie”.

Né le 2 avril 1941 à Ermelo, petite ville des Pays-Bas à 70 km à l’est d’Amsterdam, Bernhard Willem Holtrop fait partie dans les années 60 du mouvement anarcho-artistico-écologique néerlandais Provo. Il dessine contre la censure et fonde un journal satirique, saisi après un dessin représentant la reine Juliana en prostituée.

Son antimilitarisme lui vient de son père, un médecin de campagne résistant, interné dans un camp et sauvé de justesse par les soldats canadiens.

Il débarque en France en 1968, dans un Paris en pleine ébullition, et se lie avec Topor et Siné.

Willem travaille pour L’Enragé puis Hara-Kiri. À partir de 1981, il publie une puce quotidienne dans Libération, où il donne libre cours à son regard acéré sur le monde, croquant la politique et le sexe dans une imagerie parfois violente.

Il rejoint aussi, parallèlement, l’équipe de Charlie Hebdo nouvelle formule lancée en 1992.

Retiré depuis une dizaine d’années sur l’île de Groix, au large de Lorient, où il vit avec son épouse norvégienne Medi, il ne participe pas aux conférences de rédaction. C’est ce qui le sauve, le 7 janvier 2015, de l’attentat islamiste au siège de Charlie Hebdo. Il est dans le train pour Paris quand il apprend la terrible nouvelle.

Pudique et timide, l’homme aux cheveux dégarnis en bataille et à la grande carcasse voûtée évoque peu l’horreur qui a coûté la vie à ses camarades. “Les fanatiques, je n’aime pas trop. Les gens qui ont leur religion et n’en parlent pas, c’est bien”, lâche-t-il.