Fait rare chez Europe 1: les salariés décident de se mettre en grève jusqu'à lundi

Fait rare chez Europe 1: les salariés ont décidé vendredi de se mettre en grève pour protester contre la mise à pied d'un journaliste, sanction qui cristallise le malaise grandissant au sein de la station entre plan de départs et prochain rapprochement avec la chaîne d'informations CNews.

placeholder
© AFP
AFP

"Les salariés d'Europe 1 réunis en assemblée générale ce vendredi après-midi 18 juin ont décidé le principe d'une grève immédiate", ont annoncé l'intersyndicale CGT, CFTC, FO, SNJ d'Europe 1 et le bureau de la Société des rédacteurs (SDR) dans un courrier interne qu'a pu consulter l'AFP.

Ce mouvement de grève, voté à la quasi-unanimité (84 votes favorables sur 95 au total), "vise à obtenir de la direction d'Europe 1 l'annulation de la procédure disciplinaire engagée" contre un journaliste de la rédaction, "dernière illustration en date d'un management autoritaire et inadapté à l'oeuvre à Europe 1", expliquent les grévistes.

A l'origine de cette sanction: les propos "véhéments" mais pas "insultants" tenus par le journaliste à l'encontre d'une employée des ressources humaines lors d'une assemblée générale mercredi. Il l'a surprise "en train d'enregistrer les propos", la soupçonnant de vouloir les transmettre à la direction, a rapporté Olivier Samain, délégué syndical SNJ.

Malgré la mobilisation en interne, la procédure disciplinaire a été maintenue, la direction invoquant ses comportements antérieurs, selon une source interrogée par l'AFP.

"C'est une journée tristement historique pour Europe 1" où pour la première fois l'ensemble de la station se met grève, a déclaré à l'AFP Jean-Gabriel Bourgeois, président de la SDR.

"On espère que la direction va nous entendre et nous recevoir pour régler les choses le plus rapidement possible", a-t-il ajouté.

La suite donnée au mouvement sera décidée lors d'une nouvelle assemblée générale le 21 juin.

- Tension crescendo -

La tension est montée crescendo au sein d'Europe 1 dès avril, avec d'abord l'annonce d'un projet de rupture conventionnelle collective visant à supprimer une quarantaine de postes au sein de la radio qui peine depuis plusieurs années à faire remonter ses audiences.

Un nouveau coup de pression est survenu mi-mai lorsque la direction a annoncé aux salariés vouloir renforcer ses liens avec la chaîne d'info CNews, avec qui la radio partage le même actionnaire principal, Vincent Bolloré, qui contrôle Vivendi et sa filiale Canal+.

Depuis des mois les salariés de la station craignaient de voir Europe 1 passer sous le contrôle du milliardaire, en raison non seulement de la ligne éditoriale jugée très à droite de CNews, mais aussi des méthodes de management en vigueur à Canal+, où des journalistes en désaccord avec la direction ont été poussés vers la sortie ou licenciés.

Le traditionnel "mercato" des médias au mois de juin a pris une tournure plus amère chez Europe 1: non-reconduction de la journaliste Pascale Clarke, vivement opposée à une reprise de la radio par Vincent Bolloré, et d'Anne Roumanoff; départ de Julian Bugier et celui pressenti de Matthieu Belliard qui pourrait être remplacé à la matinale par Dimitri Pavlenko, intervenant de "Face à l'info" aux côtés d'Eric Zemmour sur CNews, selon Le Parisien.

- "Partir pour se sauver" -

"En trois semaines, la situation s'est dégradée d'un coup, c'est comme si l'entreprise avait vraiment changé de main, il y a une accélération dans la violence sociale", confie à l'AFP une journaliste de la radio qui a souhaité conserver l'anonymat.

"Depuis quelques temps, c'est voir des gens sortir du bureau du directeur de la rédaction en pleurant, des gens qui ne sont pas bien, excédés, dans la colère ou dans la tristesse de voir cette entreprise sombrer comme ça".

Rédaction "déprimée", "totalement abattue", témoignent les salariés intérrogés par l'AFP. Conséquence : les demandes pour faire partie du plan de départ sont nombreuses.

"C'est pas courage fuyons, c'est +il faut partir pour se sauver+", estime une autre source auprès de l'AFP. Ce qu'a fait vendredi l'humoriste Christine Berrou, annonçant sur Twitter sa démission, après avoir refusé de retirer une allusion à Eric Zemmour dans sa chronique du week-end.