Huit personnages en lutte dans une société danoise morcelée

Quand revient le calme / Arte, jeudi à 20h55

Huit personnages en lutte dans une société danoise morcelée
©D.R.

Il est des destins qui ne semblent en rien liés. Jusqu’à ce qu’un événement tragique les rattrape, ensemble. Au mauvais endroit, au mauvais moment. À Copenhague, les personnages du drame qui va suivre auraient sans doute pu vivre sans jamais se croiser si un attentat dans un restaurant ne les avait frappés. Tous évoluent dans des milieux socio-culturels éloignés, offrant au passage un panorama métissé de la société danoise contemporaine.

Le récit subtil des créateurs de la série danoise Quand revient le calme (Nar stovet har lagt sig en VO), Dorte W. Hogh et Ida Maria Rydén, consiste d’abord à égrener les quelques jours qui précèdent l’attentat. On découvre, par touches impressionnistes, le quotidien, les états d’âme et les fragilités de huit personnes. Morten (Jacob Lohmann, vu dans The Rain et Dos au mur), un plombier, se prépare à fêter son douzième anniversaire de mariage avec Camilla, une enseignante. Une célébration assombrie par les soucis que rencontre leur fils Albert, qui multiplie les comportements à risque.

Cuistot, ministre ou coiffeur

De son côté, le chef cuisinier Nikolaj (Peter Christoffersen, The Bridge) affronte la gestion plus que douteuse de son patron. Elisabeth (Karen-Lise Mynster), une ministre de la Justice proche de la soixantaine, se bat, à l’approche des élections, pour faire voter une loi plus favorable aux demandeurs d’asile. Jamal (Arian Kashef), un jeune coiffeur malmené par son frère aîné, désespère de décrocher son permis de conduire. Cloîtré dans un établissement pour personnes âgées, Holger (Henning Jensen, The Killing) ne supporte plus la condition à laquelle le réduit son sort. Et lorsque Louise emmène sa fille de dix ans, Marie, faire un don de vêtements près d’un centre d’accueil pour réfugiés, cette dernière découvre un sac rempli de munitions.

Cette série chorale en dix épisodes de 52 minutes parvient à nous attacher à ces trajectoires de vie, entrecoupées de flashs qui annoncent que le pire est à venir, que certains ne s’en tireront pas, que d’autres vivront avec le poids de l’absence, ou survivront, marqués à jamais. Sans que l’on sache d’emblée quel sort leur sera réservé, la tension monte par à-coups, de plus en plus palpable, totalement maîtrisée par les réalisateurs Milad Alami, Iram Haq et Jeanette Nordahl. L’intérêt réside par ailleurs dans la toile de fond que dessinent les auteurs, dans les fractures d’une Europe qui se délite, gangrenée par la xénophobie, la violence, la précarité, et le désespoir d’une jeunesse aux abois. Une société où chacun essaie de se faire une place, et de tracer son chemin, si chaotique fut-il. Car Quand revient le calme nous parle aussi de résilience.