11 septembre: portrait d’une Amérique résiliente

Les enfants du 11 septembre, un documentaire à découvrir sur Arte, ce mardi à 20h50.

Nick, lors du tournage du deuxième épisode documentaire de Liz Mermin.
©© Arrow Pictures

"J'imagine toujours le pire. Au ciné, je repère les issues de secours". Nick, 20 ans, fait partie des 105 enfants mis au monde peu de temps après les attentats du 11 septembre 2001 à New York. Comme ces autres orphelins, il a grandi sans avoir jamais connu son père, qui travaillait ce jour-là au 90e étage d'une des tours jumelles du World Trade Center. Mais il donne la sensation d'avoir pu s'épanouir malgré tout dans la lumière de cet homme disparu, dont la mémoire est toujours vivace dans l'esprit de sa mère et de ceux qui l'ont connu. On le voit entre autres évoquer, à 9 ans, les noms des disparus dans une cérémonie, prenant peu à peu conscience de la tragédie qui a marqué son pays et le monde. Tandis que dans son salon, trône la bannière étoilée pliée en triangle, non loin de la photo de son père.

Archives privées et deuil national

Nick est l'un des sept jeunes rencontrés par la documentariste Liz Mermin, primée pour ses films First Ladies, Team Qatar ou The Beauty Academy of Kaboul. En entrant dans leur intimité, en mêlant reportages, archives familiales et séquences d'actualité, la réalisatrice fait non seulement œuvre de mémoire, mais elle éclaire l'avenir en allant convoquer cette conscience si particulière qui s'est prématurément ouverte chez ces jeunes. Cette fameuse génération Z, ultra-connectée, dotée d'une capacité d'empathie particulièrement exacerbée, qui s'exprime, notamment, par l'engagement. Nick, par exemple, a pris part à la "Marche pour nos vies", en 2018, pour réclamer un contrôle accru des armes à feu dans le pays suite à la fusillade de Parkland en Floride. Luke, à Fort Worth au Texas, s'apprête, lui, à embrasser une carrière militaire, sur les pas de son père qui a péri suite au crash de l'avion sur le Pentagone lors des attentats de 2001.

Et si ?

Dans la première partie de cette série documentaire en 2 x 56 minutes coproduite avec PBS, Liz Mermin revient avec bienveillance sur le traumatisme à rebours de Nick, Fares, Megan, Luke, Claudia, Ronald et Dina. Tous s'interrogent. What if ? Et si mon père n'était pas retourné là-bas pour sauver des vies ? Et s'il n'avait pas rejoint cette réunion à laquelle il ne devait pas assister ? Ou pris cet avion ? Parfois, la colère les submerge, ou la tristesse, voire le regret. Mais ils parviennent à dépasser ces émotions pour aller de l'avant, imaginer leur avenir, dans un présent marqué par le mouvement Black Lives Matter, le Covid-19 ou encore l'attaque du Capitole. La deuxième partie est davantage tournée vers l'espoir. À travers ces Enfants du 11 septembre, la réalisatrice dessine en creux le portrait d'une Amérique de plus en plus désunie, fragilisée, mais résiliente.