Le cynisme des lobbys pétroliers

Le lobby climatosceptique
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Savez-vous que les pétroliers ont dépensé beaucoup d’argent pour semer le doute sur le dérèglement climatique, auprès des médias, des universités, alors même que leurs études réalisées en interne prévoyaient le réchauffement de la planète et ses conséquences catastrophiques ?

C’était il y a 40 ans. Et dans le même temps, ces lobbys pétroliers finançaient des organisations afin de mettre en doute la science du climat. Menée principalement aux États-Unis, cette enquête danoise d’utilité publique dénonce le cynisme des pétroliers et leur responsabilité dans les catastrophes climatiques actuelles.

Rappel des faits. En 1988, l’universitaire et chercheur James E. Hansen alerte le Sénat américain sur le lien entre l’effet de serre et le changement climatique. Il y a 33 ans, les responsables politiques étaient alors déterminés à agir pour réduire les émissions de CO2. Mais les compagnies pétrolières, craignant de ne plus vendre autant de barils, ont financé via des think tanks américains des pseudo-experts chargés de semer le doute sur ce qui faisait l’objet d’un consensus scientifique.

Ils ont ainsi orienté des médias en recrutant et en formant des scientifiques pour faire douter l’opinion publique sur la réalité du dérèglement climatique. Cette méthode ressemble fort à celle des géants du tabac. Certains lobbyistes américains qui ont travaillé pour le compte des cigarettiers travaillent aujourd’hui pour les lobbys pétroliers. Naomi Oreskes, professeure à Harvard, raconte les menaces du lobby climatosceptique.

Le réalisateur Mads Ellesoe donne la parole à ces experts payés pour discréditer les scientifiques. Parmi eux, le repenti Jerry Taylor explique sa méthode pour l'emporter sur les plateaux de télévisions : "Face à un mauvais communicant, même les arguments les plus bidons finissent par l'emporter". Myron Ebell, lui, a été promu conseiller climat de Donald Trump.

Mené comme une série criminelle, son documentaire démontre avec intelligence les liens opaques entre les groupes pétroliers et les think tanks. Il souligne les conflits d’intérêts qui minent les grandes universités américaines, financées en partie par des fonds privés venant de ces mêmes compagnies. Surtout, il nous montre comment cette désinformation a masqué une réalité connue depuis deux générations. Enfin, il interroge sur la manière avec laquelle les pétroliers vont assumer leurs actes.

Le lobby climatosceptique /Arte, 22h25